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Procès Weinstein: le témoignage d’Annabella Sciorra et la culture du viol

Actress Annabella Sciorra, center, exits the court room during a break at state supreme court in New York, U.S., on Thursday, Jan. 23, 2020. Harvey Weinstein launched a campaign of increasingly menacing behavior toward "Sopranos" star Annabella Sciorra, starting with a series of creepy gifts delivered to her home and ending with her rape one winter night in the early 1990s, she told a rapt courtroom in Manhattan on Thursday. Photographer: Peter Foley/Bloomberg via Getty Images

L’actrice américaine Annabella Sciorra, connue pour son rôle dans la série Les Sopranos, a témoigné jeudi dernier au procès de Harvey Weinstein. Un témoignage crucial qui fait froid dans le dos et qui reflète très clairement la culture du viol. On s’explique.

Jeudi 23 janvier, l’actrice de la série « Les Soprano », a raconté en détail ce qui s’était passé avec l’ex-producteur Harvey Weinstein. Elle a expliqué tout depuis leur première rencontre à Los Angeles au début des années 1990 à l’hiver 1993, où elle affirme avoir été violée par ce dernier. Elle a raconté, non pas sans émotions, comment l’homme s’était d’abord montré attentionné avec elle avant de le menacer de l’attaquer en justice si elle n’acceptait pas un rôle. Quant à l’agression supposée, elle est survenue après un dîner à Manhattan avec d’autres personnes: le producteur lui propose de la ramener chez elle avec son chauffeur. Après avoir été déposée, elle se met en chemise de nuit et se prépare à aller dormir. C’est là qu’elle entend frapper à sa pote : le producteur rentre de force, malgré ses cris et ses débattements. Elle a ajouté ne pas se souvenir de ce qui s’est passé par la suite, mais s’être réveillée allongée sur le plancher. L’actrice a alors sombré dans la dépression, s’est mise à boire et à se blesser volontairement en se mutilant.

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« Je me disais que je n’aurais pas dû ouvrir la porte »

Et de déclarer, lors du procès :

« Je voulais faire comme si cela n’était jamais arrivé. Je croyais que (Harvey Weinstein) était quelqu’un de gentil, qu’il était normal. J’étais troublée. Je me disais que je n’aurais pas dû ouvrir la porte.

À l’époque, je croyais que le viol était quelque chose qui se commettait dans des ruelles sombres… Par quelqu’un qu’on ne connaît pas

a-t-elle ajouté, devant un Harvey Weinstein, tête baissée pendant tout l’interrogatoire. Rappelons ici que le producteur de 67 ans risque la perpétuité s’il est condamné à l’issue de ce procès, censé se terminer le 6 mars.

En finir avec la culture du viol

Mais revenons sur les déclarations de l’actrice : ces croyances font partie de la culture du viol et elles participent au déni des victimes face à leur viol. Car bien souvent, les victimes pensent que l’agresseur est toujours un inconnu dangereux, qui va les agresser dans un parking sous-terrain ou une ruelle sombre. Or, 91 % des victimes de viol connaissent en réalité leur violeur. Mais ce sont ce genre de croyances qui vont empêcher la victime de comprendre qu’elle est victime d’un acte grave et que le seul coupable est le violeur. Quand l’actrice dit « Je me disais que je n’aurais pas dû ouvrir la porte », on comprend aussi toute la manipulation psychologique qui se joue lorsqu’on est victime d’un viol. « Je n’aurai pas du boire trop à cette soirée », « Je n’aurais pas dû énerver mon copain », « Je n’aurais pas dû être là-bas, à ce moment-là », « Je n’aurais pas dû porter cette robe », « Je n’aurais pas dû rigoler à ses blagues »… Autant de phrases qui tournent en boucle dans la tête des victimes de viol, et qui légitiment à leurs yeux le comportement de leur bourreau, les privant de voir la réalité : elles ont été victime d’un viol. Résultat : des années passent parfois avant que la victime ne réalise ce qui s’est vraiment passé, ce qui est souvent néfaste pour sa santé psychologique. Espérons que le procès Weinstein serve d’exemple, permette de changer les mentalités et d’en finir avec cette culture du viol.

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