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FAUT QU’ON PARLE: peut-on encore écouter Michael Jackson?

SANTA MARIA, CA - DECEMBER 3: Singer Michael Jackson testifies during his civil trial in Santa Maria Superior Court on December 3, 2002 in Santa Maria, California. The artist is being sued for $21 million by his longtime promoter for backing out of two concerts. (Photo by Jim Ruyman-Pool/Getty Images)

Dix ans après sa mort, le Roi de la Pop n’en finit pas de faire parler de lui. Moins pour son talent que pour les accusations d’abus sexuel qui entachent sa réputation, et ont poussé certains à annuler des commémorations prévues à son hommage, tandis que des radios ont fait le voeu de ne plus jouer ses tubes. Peut-on encore écouter Michael Jackson?

Contrairement à ce qui avait été annoncé, Manneken Pis ne revêtira pas son costume de Michael Jackson pour commémorer les dix ans de son décès. Pas plus qu’il n’y a de grandes cérémonies prévues, ni même d’album collector à se mettre sous la dent pour l’occasion. C’est qu’entre sa mort, et aujourd’hui, des accusations sont revenues hanter la mémoire du Roi de la Pop. De son vivant, déjà, il avait été accusé d’abus sexuels et de penchants pédophiles, et avait réglé ces affaires hors tribunal avec des versements plus que généreux à ses accusateurs. Mais aujourd’hui, le cadet des Jackson Five n’est plus là pour se défendre, et un documentaire paru récemment l’a condamné par contumace. Michael Jackson n’aurait pas seulement été un excentrique, coincé pour toujours en enfance dans son Neverland, il aurait aussi été un pédophile, qui n’aurait pas hésité à abuser de ses proies et même, à se « marier » avec l’un d’eux, à peine sorti de l’enfance à l’époque.

Police de la moralité

Dès sa sortie, le documentaire « Leaving Neverland » a fait couler beaucoup d’encre, entre ceux qui y ont vu une confirmation de leurs suspicions, et rangé immédiatement Michael Jackson dans la catégorie de monstre, et les autres, les inconditionnels, pour qui il s’agit d’une tentative honteuse de salir la mémoire de la star. Reste que le résultat, aujourd’hui, est sans appel: on ne peut plus écouter Michael Jackson. Ou du moins, il est devenu impossible de l’écouter tranquillement. Entre ceux que leur conscience travaille, et qui ne peuvent plus fredonner « Billie Jean » sans avoir l’impression de cautionner des actes qu’ils condamnent; et puis les autres, qui parviennent à dissocier l’artiste de sa vie privée mais se heurtent à la police de la moralité s’ils osent le dire, Michael Jackson est devenu radioactif, et qui s’y frotte s’y chauffe drôlement les oreilles. Le refrain est familier? En effet, c’est la même chanson que pour Bertrand Cantat.

Difficile de dissocier

Combien d’anciens fans de Noir Désir ne s’excusent pas anticipativement d’encore apprécier les écouter avant même que quelqu’un ait eu le temps de critiquer leur choix musical? Et combien, en face, leur reprochent vertement d’oser encore écouter « un monstre pareil »? La réciproque est vraie aussi au cinéma, où les inconditionnels de Polanski et Woody Allen se retrouveraient presque accusés de défendre des pédophiles. Mais peut-on vraiment dissocier l’artiste et sa personnalité publique de ce qu’il est dans le privé? Surtout, quand ces fêlures sont une partie inhérente de son personnage, cf Bertrand Cantat, qui a été connu comme un être à vif, sur le fil, bien avant que ses coups ne coûtent la vie à Marie Trintignant. Poser la question, c’est y répondre: oui, pour certaines personnes, c’est possible. Tout comme il est possible pour d’autres d’adorer les animaux, mais de tout de même en retrouver dans leur assiette, en choisissant (in)consciemment d’ignorer toutes les dérives de l’industrie de la viande. Certains y arrivent, d’autres pas, c’est ainsi. Les deux positions ont des arguments qui leurs sont propres, et qui sont recevables. Peut-on écouter Michael Jackson, Bertrand Cantat et les autres? Rien, dans leur œuvre, ne l’interdit. Il appartient donc à chacun.e de décider, face à sa propre responsabilité morale. Et sans, pour autant, moraliser sur le sujet.

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