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FAUT QU’ON PARLE: des agressions homophobes à Bruxelles

©Lou van Egmond

Parce qu’il y en a marre de se taire, Lou van Egmond, victime d’une violente agression lesbophobe à Bruxelles il y a quelques jours, a décidé de partager ce qui lui est arrivé sur les réseaux sociaux. Un récit glaçant, qui prouve que l’homophobie arpente toujours les rues de la capitale et qui rappelle combien la lutte LGBTQI+ est importante.

Le témoignage de Lou fait le tour de la Toile depuis plusieurs jours. Et pour cause: il relate une violente agression homophobe dont la jeune femme a été victime. Révoltant. Écoeurant. Incompréhensible. “Ce vendredi 1:30 (04/09/2020) dans la nuit, après une embrassade avec une amie, à porte de Namur. Nos chemins se séparent. Nous sommes en vélo. Elle part de son côté, et je pars du mien. Prenant la direction de Hôtel de Monnaie pour rentrer chez moi, je sens une présence d’une voiture noire habitée par deux voyageurs, écrit la jeune femme. 

Au niveau de Louise, la voiture roule à ma hauteur, les vitres se baissent. Je ne comprends pas tout ce qu’ils disent mais en sort un : “Sale lesbienne”, répondant alors un: “bande d’homophobes de merde foutez-moi la paix”, 

continue-t-elle. “De là la voiture s’arrête brusquement, me faisant chuter, les deux hommes sortent, me donnent des coups de pieds, dans le visage, dans l’épaule, la hanche. Ça ne dure pas très longtemps car une dame à vélo arrive avec ses phares et cris sur les deux hommes. Me laissant une ouverture je prends mon vélo et pars en courant. Sous le choc. Effrayée de cette rage que les deux hommes avaient pour moi”. Lou se met alors à courir pour se réfugier chez une amie. “Résultat des courses, incapacité de travail pendant une semaine. Le visage défiguré, le bras droit en écharpe, une petite commotion cérébrale, une phobie de Bruxelles la nuit”, explique-t-elle.

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Se taire? Jamais!

Pour Lou, il est impossible de se taire face à de tels actes et une telle violence. “Je suis une femme pansexuelle, qui m’assume depuis maintenant 8 ans, je n’ai pas peur de ce que je suis, de qui j’aime. Mais visiblement encore en 2020 je devrais me taire! Je suis Lou, fière de mon identité et malgré ma gueule cassée, mon bras en écharpe et ma phobie de Bruxelles la nuit, je continuerai de sortir en jupe, de faire du vélo la nuit, de parler trop fort, de boire à des heures « dangereuses » , d’embrasser des filles et d’être fière.

Ne nous taisons plus. Éduquez vos garçons!”.

conclut Lou sous son post Facebook. Suite à son témoignage, la police de Bruxelles-Ixelles a décidé de proactivement prendre contact avec Lou pour lui proposer de porter plainte et ce, afin d’ouvrir une enquête, comme le rapporte Olivier Slosse, le porte-parole de la zone de police de Bruxelles-Ixelles.

Un pourcentage d’agressions homophobes qui fait mal

La jeune femme n’est pas la seule à avoir été victime d’homophobie à Bruxelles, mais l’une des rares à avoir osé en parler aussi ouvertement sur les réseaux sociaux, images à l’appui. Fin juillet, deux garçons et deux filles affirmaient également avoir été victimes d’une agression raciste et homophobe. L’une des victimes avait d’ailleurs également fait le choix de publier les faits sur son compte Facebook. Les quatre jeunes se baladaient lorsque deux personnes leur ont balancé que les deux jeunes hommes avaient l’air homosexuels et que ceux-ci ne sont pas les bienvenues dans leur quartier. “Ma copine et moi nous sommes faites lapider, on nous a jeté des pierres, ils ont voulu nous frapper, ils nous ont blessées, insultées de tous les noms, menacées. Ils nous ont suivi avec des vélos et ont continué à lancer des pierres sur la voiture”, rapportait l’une des jeunes fille dans son témoignage. L’an dernier, l’un des transformistes du Cabaret Mademoiselle situé au coeur de Bruxelles, a également subi une agression violente: “un de nos performeurs a quitté le cabaret pour rentrer chez lui ( …) au bout de la rue, il s’est fait agresser par 6 personnes qui ont d’abord voulu lui voler son sac à dos, il lui ont jeté une bouteille au visage, heureusement il a réussi à s’échapper et se réfugier…”, confiait Florien Poullet, le fondateur du cabaret Mademoiselle, à nos collègues de BX1.

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Les agressions homophobes au sein de la capitale ne datent pas d’hier. L’an dernier, Unia, l’Institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination, a rapporté qu’il n’y avait jamais eu autant de plaintes pour agressions homophobes. En 2019, elle évoquait une augmentation de ce genre de plainte de 38%. À l’heure actuelle, ce pourcentage fait mal. Pourquoi? Parce que chaque jour, la communauté LGBTQI+ et ceux qui la soutiennent se battent pour assurer leurs droits. Parce qu’aimer une femme quand on est une femme, aimer un homme quand on est un homme, se sentir homme lorsqu’on est une femme, se sentir femme lorsqu’on est un homme, ne se retrouver dans aucune orientation, ne pas vouloir emprunter une identité, aimer les deux sexes… Tout ça ne devrait en aucun cas être l’objet de discriminations, encore moins dans une société qui met en place des actions pour lutter contre.

Combien de fois dans la rue, alors que je marchais avec ma copine, main dans la main, on n’a pas eu droit à des remarques? À des regards? À des messes basses? Pourquoi, au juste? Parce qu’on est deux femmes, qu’on s’aime et qu’on le montre, comme un couple hétérosexuel le ferait”,

confie Marion, victime à plusieurs reprises de remarques déplacées à Bruxelles, alors qu’elle se promenait dans la ville avec sa petite amie. “Ça peut aller du: ‘Eh les filles, si vous cherchez quelqu’un pour compléter, je suis là’, au ‘Deux aussi belles filles comme vous ensemble, c’est du gâchis’ ou encore ‘Vous feriez mieux de pas traîner tard la nuit dans les rues vous deux'”, explique Marion.

L’homophobie, un acte puni par la loi

Des remarques inadmissibles, qui marquent une homophobie ordinaire. Pourtant, juste à titre d’information, l’homophobie est condamnée par la loi. “Le citoyen belge est protégé contre les discriminations au niveau des Communautés et des Régions, ainsi qu’au niveau fédéral, européen et international”, rappelle Unia. La discrimination basée sur l’orientation sexuelle peut prendre différentes formes:

  • Discrimination (in)directe: “L’orientation sexuelle est un des critères protégés par la loi antidiscrimination. Il est donc interdit de traiter quelqu’un différemment à cause de son orientation sexuelle, à moins qu’une justification fondée puisse être donnée. Dans la pratique, ce n’est presque jamais le cas”, déclare Unia;
  • L’intimidation ou le harcèlement: “Etre harcelé-e, intimidé-e ou visé-e à cause de ton orientation sexuelle est une forme de discrimination. La loi antidiscrimination protège également les travailleurs contre la violence, le harcèlement et les comportements indésirables au travail”;
  • L’incitation à discriminer: “Il est interdit de demander à quelqu’un de discriminer une personne ou un groupe à cause de leur orientation sexuelle. Tant la personne ou l’organisation qui incite à discriminer que celle qui discrimine dans les faits ont une part de responsabilité”;
  • Les délits homophobes: “Il est possible que l’agresseur ait plusieurs motifs, mais comme la haine ou l’aversion envers l’orientation sexuelle (supposée) de la victime est l’un d’eux, il s’agit d’un délit homophobe”.

L’homophobie est inacceptable et n’a pas sa place au sein d’une société qui se veut ouverte d’esprit. Comment peut-on discriminer quelqu’un pour ce qu’il est? Comment l’homosexualité d’une personne peut affecter quelqu’un que ça ne concerne en aucun cas? Pourquoi deux personnes ne peuvent-elles juste pas s’aimer en toute simplicité? Pourquoi certaines mentalités sont-elles encore trop étroites? Comment, en 2020, peut-on encore tout simplement parler d’homophobie, d’agressions homophobes, de violences LGBTphobes? Pourquoi ne pas laisser à chacun le loisir de vivre sa vie sans que qui que ce soit ait quelque chose à redire?

Il y en a marre de ces propos homophobes, de ces actes homophobes, de ces regards homophobes, de ces gestes homophobes, de ces expressions homophobes. L’homophobie n’a pas sa place en 2020 et elle ne l’aura jamais, car elle est injustifiée. LOVE IS LOVE, un point c’est tout!”

Comme Lou, il est temps d’apprendre à ne plus se taire. Il est temps de dénoncer tout haut la violence et la haine dont certains peuvent témoigner à l’égard de la communauté LGBTQI+. Et si c’était déjà le cas, il faut désormais le crier, le hurler, le faire entendre haut et fort, encore et encore, pour que cela cesse, pour que cela soit pris au sérieux, pour que cela soit condamné.

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