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Flair Book Club: « Les yeux rouges », le roman de Myriam Leroy sur le harcèlement en ligne

Avec « Les yeux rouges », Myriam Leroy signe un second roman dur, parfois éprouvant à lire, parce que très réaliste. Elle y explique et dénonce le harcèlement virtuel dont elle a été victime. Un témoignage nécessaire.

Le résumé

Une journaliste reçoit un message sur Facebook : des louanges au sujet de son travail de la part d’un inconnu. Très vite, les messages s’accompagnent de sous-entendus sexuels *émoji petit démon*, et puis d’invitation à se rencontrer autour d’un verre *émoji champagne*. La journaliste, d’abord un peu flattée par certains compliments, répond poliment aux messages de ce Denis. Mais elle commence ensuite à refuser ses invitations. C’est alors que, petit à petit, les insultes s’immiscent dans la conversation. Vexé, l’homme se met à rédiger des posts et articles diffamatoires sur la journaliste. Les likes et commentaires allant dans son sens affluent. La critique est facile lorsque dissimulée derrière un écran et affublée d’émojis. Elle est cinglante et va loin, appelant carrément la jeune femme à se suicider. Au fur et à mesure que ce harcèlement en ligne se met en place, la  journaliste se voit contrainte de bloquer son bourreau des réseaux sociaux, de changer de numéro de téléphone. De porter plainte aussi. Ses potes lui disent qu’elle exagère, son mec qu’elle devient un peu lourde à se la jouer drama queen. Le procureur comprend, mais ne peut agir. Petit à petit, l’angoisse monte en elle, l’amenant à avoir « Les yeux rouges ».

Pourquoi on a aimé

Plus qu’un roman, ce livre est avant tout un témoignage. Myriam Leroy, journaliste belge de 37 ans, s’est largement inspirée de son vécu. En 2013, elle se lâche sur Dieudonné dans une chronique, enclenchant une pléthore de commentaires infâmes sur sa personne. Des insultes qui s’accompagnent rapidement de menaces à caractère sexuel, moyen le plus simple et simpliste de s’en prendre à une femme. Percutée par cette histoire, qui l’a elle-même forcée à déserter les réseaux et à vivre un temps sous protection policière, Myriam Leroy a voulu rendre compte du cyber-harcèlement, qui touche énormément de journalistes. Selon une enquête publiée en 2018 par la Fédération Internationale des Journalistes, 64 % des journalistes seraient cyber-harcelées dans le monde.

Le livre nous a happées dès la première page : on reconnaît avec horreur toute la violence des commentaires racistes ou sexistes sur les réseaux sociaux. Les dérives qui découlent de ces nouveaux moyens de communication. Derrière un écran, l’humain semble complètement oublier son humanité et ne plus avoir aucune limite, et aucun respect pour son prochain. Pire : derrière un écran, toute personne menant une vie insignifiante peut se prendre pour dieu tout-puissant, se gargarisant d’un semblant de pouvoir et d’influence. On se prend d’empathie pour la narratrice qui nous partage son angoisse et son désœuvrement et on est interpellées par la question de la prétendue responsabilité des femmes en cas de harcèlement. « Il n’y a pas de fumée sans feu » disent certains, là où les femmes se sentent inconsciemment obligées de répondre poliment aux harceleurs par peur des représailles. On s’interroge aussi sur les limites d’un système judiciaire qui peine à apporter des réponses appropriées en cas cas de cyber-harcèlement. Un roman-témoignage bouleversant, flippant et interpellant.

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