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© Capture d'écran - TED

VIDÉO: une victime monte sur scène avec son violeur

Laurane Wattecamps
Lors d'une conférence, une victime de viol et son agresseur ont partagé leur histoire face à un public ébahi. Devant cette vidéo, on ne peut être que figé, stupéfait, étonné. Et pourtant, elle gagnerait à être partagée en masse pour informer. 

L'inimaginable est sous nos yeux. Une jeune femme victime de viol se tient debout, à côté de son agresseur. Ensemble, ils racontent leur histoire, le viol, pendant 19 minutes. 

 

Au début, tout allait bien

Thordis Elva et Tom Stranger étaient amoureux. C'était en 1996, Thordis avait 16 ans, Tom 19 ans.  Et puis, un soir, leur amour est parti en fumée. Tom viola sa petite amie. Et puis, plus rien. Il a disparu. 

 

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Lors d'une conférence du TED, une association qui donne la parole à ceux qui ont une histoire à partager, Thordis et Tom ont raconté leurs échanges de lettres, leurs conversations et puis finalement, comment ils ont fini par écrire un livre ensemble. 

 

Tom prend la parole le premier. Il raconte son Erasmus en Islande, lui l'Australien qui adore le froid. Il rencontre sa future copine et vit une belle histoire d'amour. Thordis prend alors la parole.

 

J'avais 16 ans et j'étais amoureuse pour la première fois.

 

La jeune femme raconte cette soirée où elle avait trop bu et à quel point elle était reconnaissante que son amoureux la raccompagne chez elle. Elle poursuit:

 

"La gratitude que je ressens à son égard se transforme bientôt en horreur, alors qu'il commence à enlever mes vêtements et à se mettre sur moi. Ma tête est claire, mais mon corps est trop faible pour se débattre et la douleur m'aveugle. Je crois que je suis coupée en deux. Pour ne pas devenir folle, je compte silencieusement les secondes sur mon réveil. Et depuis cette nuit, je sais qu'il y a 7200 secondes dans deux heures."

 

"Ce viol n'avait rien à voir avec l'idée que je m'en faisais, continue la jeune femme. Tom n'était pas un forcené, il était mon petit ami. Ça ne s'est pas passé dans une allée crasseuse, mais sur mon lit. (…) Avant que je comprenne qu'il s'agissait d'un viol, il avait terminé son programme d'échange."

 

Identifier le viol

Thordis nous met face à une réalité écrasante. Elle portait une jupe, sentait l'alcool, représentait à elle seule tout ce que l'imaginaire collectif appelle des "causes". Et puis la vérité apparaît. "Cela m'a pris des années pour réaliser que la seule chose qui aurait pu empêcher que je sois violée cette nuit, n'était pas ma jupe, ni mon sourire, ni ma confiance. Il était le seul qui aurait pu arrêter tout cela." 

 

C'est là que Tom prend le relais. Il passe aux aveux et raconte sa version des faits. Un moment difficile mais nécessaire pour Thordis, la victime.

 

"Je n'avais que de vagues souvenirs de ce qu'il s'était passé le jour suivant: les effets de la gueule de bois et une petite ombre que j'essayais d'étouffer. (…) C'est important de dire que je n'avais pas idée de ce que j'avais fait. Le mot 'viol' ne trouvait pas écho en moi et je ne me culpabilisais pas avec les souvenirs de la nuit d'avant. Ce n'était pas tant un refus conscient, c'était plus comme une impossibilité de regarder la réalité. Mes actions étaient la preuve que je refusais toute reconnaissance de l'immense traumatisme infligé à Thordis. Pour être honnête, j'ai répudié l'acte en entier dans les jours qui ont suivi, ainsi même que sa date exacte. J'ai désavoué la vérité en me convainquant que c'était du sexe et pas un viol. Et c'est un mensonge qui me ronge jusqu'à la moelle."

 

Des leçons à retenir

Cet incroyable tentative de réconciliation a mené à l'écriture d'un livre. Thordis et Tom ne parlent pas ici de pardon. Il n'est pas question d'apitoiement ou de haine. Le duo veut avant tout que les criminels soient humanisés, que la culture du viol change. Thordis explique: "comment pouvons-nous comprendre ce qui produit de la violence dans nos sociétés si nous refusons de reconnaître l'humanité de ceux qui la commettent?". Elle conclut alors en insistant sur le fait que le viol ne devrait plus être un problème féminin. 

 

Imaginez toutes les souffrances que nous pourrions atténuer si nous osions affronter le problème ensemble.

 

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