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TÉMOIGNAGE: Valentine, 25 ans, est championne de tennis malgré son amputation du pied

Amputée du pied suite à un cancer, Valentine, 25 ans, peut poursuivre ses exploits sportifs grâce à une prothèse très perfectionnée.

2016. Des douleurs très fortes au talon entraînant une difficulté à marcher amènent Valentine à consulter un médecin. Il lui diagnostique une entorse et on lui pose un plâtre. Mais les symptômes reviennent à plusieurs reprises. Deux à trois jours de mal que suivent à chaque fois plusieurs mois de retour à la normale. Jusqu’à ce qu’un an plus tard, tombe le diagnostic, tout sauf bénin. Celui d’un cancer très avancé. À 21 ans seulement, c’est le choc. Mais il n’y a pas le temps de songer à ses études d’assistante sociale en cours, pas plus qu’au tennis, sport qu’elle pratique depuis l’âge de 4 ans, et qui a conduit Valentine en sélection nationale. Il faut entamer la chimiothérapie au plus vite. En même temps que la tumeur, il faudra aussi retirer l’os du talon.

Je me rappelle de maman, demandant si on va pouvoir sauver mon pied. Et le chirurgien lui répondant qu’on va d’abord tenter de sauver ma vie.

La chimio durera 12 mois, au rythme de 3 à 8 jours de traitement et d’hospitalisation toutes les trois semaines. Une thérapie très lourde et invasive, qui épuise le corps de la jeune femme et cause des hémorragies et des évanouissements, la contraignant à des séjours supplémentaires à l’hôpital. « Dès que le cancer a été découvert, je me suis engouffrée dans ce combat et seule comptait la perspective de me battre. J’ai eu la chance d’être très bien entourée et soutenue par le personnel soignant, incroyablement empathique. Mais ça n’en restait pas moins très angoissant et j’avais un terrible sentiment d’injustice. Les dernières chimiothérapies ont été extrêmement difficiles et j’ai voulu tout arrêter, tant la souffrance était forte. Mon corps était à bout et mon esprit aussi. »

Un choix impensable

Heureusement le cancer régresse jusqu’à la rémission. On greffe à Valentine un talon artificiel. Mais un an et demi après cette intervention, elle développe une grave infection. C’est le retour à l’hôpital et un choix impensable posé par le spécialiste.

Soit on ampute le pied, l’option la plus raisonnable. Soit on tente encore une opération, mais celle-ci n’a que 5 % de chances de réussite. Tu as 24 h pour décider »,

raconte la jeune femme. « J’ai accepté l’amputation. » Il lui faut se reconstruire, au propre comme au figuré. Rompre avec les projets et les plans d’avenir pour en créer de nouveaux. Réapprendre le quotidien. L’image de soi aussi. « Il m’a fallu du temps pour me remettre. Perdre un membre, si jeune, c’était inconcevable pour moi. Je n’acceptais pas de regarder ma jambe. Il était hors de question que je voie cette cicatrice. Je me suis dit que c’en était fini du sport. Que je serais en fauteuil roulant. » Elle entame la revalidation, une nouvelle fois accueillie et accompagnée par une équipe de soignants impliqués et prévenants. Mais trouver le courage d’aller de l’avant, sans objectif ni perspective, est difficile.

Alors, l’ergothérapeute de Valentine lui présente un ancien patient, lui aussi amputé. Il lui raconte la course, le ski, le tennis, la natation. Une passion pour le sport qu’il continue à vivre pleinement malgré la perte de son membre et grâce à l’association Leg’s Go, une asbl coachant, entraînant et fournissant des prothèses aux personnes moins-valides et souffrant de handicap. « J’ai compris que ma vie ne s’arrêtait pas à l’amputation. Que j’avais la possibilité de réaliser mille choses, jusque-là impensables pour moi. Ça m’a reboostée et m’a donné envie de me lancer de nouveaux défis. Ça m’a rendu l’espoir. »

Le prix de la liberté

Un déclic qui permet à Valentine de déplacer des montagnes. Amputée du pied en décembre, elle reprend le sport dès le mois de juin suivant. Et participe à un triathlon avec Leg’s Go en juillet. Dans la foulée, elle renoue aussi avec sa passion du tennis. Un retour sur les courts rendu possible grâce à la prothèse sportive payée intégralement par l’association. Une prothèse classique coûte en effet 10.000 euros. Sa version sportive atteint, elle, les 20.000 euros et n’est pas remboursée par la mutuelle. « La prothèse classique est un coup de pouce pour la vie quotidienne. Elle me permet d’aller travailler, de me déplacer en toute autonomie et n’implique aucune douleur tant qu’elle est bien réglée et que je ne suis pas blessée. Sans elle, je perds complètement ma mobilité. C’est le retour aux béquilles et à la dépendance aux autres. Mais la prothèse sportive, elle, c’est la liberté. Après la chimiothérapie et mes traitements il était impossible de reprendre le sport, mon pied étant trop abîmé pour me permettre de courir. Je me suis battue pendant un an pour retrouver mes capacités, via de la kinésithérapie, mais elles ne sont jamais revenues. Je pouvais au mieux faire quelques mètres sans béquille, mais marcher était devenu un exploit tant c’était douloureux.

La prothèse m’a permis une grande autonomie et je m’estime beaucoup mieux avec elle qu’avec un pied diminué ».

Aujourd’hui, Valentine pratique la course deux fois par semaine et du vélo quand elle a le temps. Et bien sûr le tennis, deux à trois fois par semaine. Elle a même donné des stages pour enfants cet été et se prépare aux interclubs nationaux. « Il n’y a pas de catégorie handisport au tennis. J’affronte des valides sur le terrain. Et je teste par ailleurs une nouvelle prothèse pour améliorer mes performances à la course. Je sais que la recherche scientifique fera encore des progrès permettant aux moins valides d’aller toujours plus de l’avant, tout comme je continuerai d’avancer. Cette bataille contre la maladie m’a fait perdre énormément d’insouciance, mais elle m’a aussi forgé un caractère fort. Et m’a appris à savourer la vie autrement. Je garde confiance en l’avenir et profite de chaque moment. Être défaitiste, ce n’est définitivement pas pour moi. »

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