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Témoignage: le petit ami d’Anouk est décédé le dernier jour de leurs vacances

En principe, rien ne fait tant rêver que des vacances en amoureux, à l’autre bout du monde. Anouk et Greg sont partis en sac à dos à travers le Guatemala et le Salvador. Un voyage dont ils avaient tant rêvé, qui s’est transformé en un coup de destin cauchemardesque.

“Le 9 août 2018. Ce jour-là, nous aurions dû ­revenir, Greg et moi, de nos fabuleuses ­vacances au Guatemala et au Salvador. Nous ­devions reprendre l’avion le matin. Un taxi, que nous avions réservé à l’avance, est venu nous ­chercher à l’hôtel en plein milieu de la nuit. ­Destination : l’aéroport de El Salvador. Greg m’a ­demandé s’il devait s’asseoir à côté du conducteur, pour garder un œil sur le trajet. Je lui ai répondu que non. Nous avions passé tout le voyage collés l’un à l’autre et je voulais que nos vacances se terminent ­aussi ainsi. Nous avons donc pris place à l’arrière du taxi, lui à gauche, moi à droite, et nous avons attaché nos ­ceintures de sécurité. Le taxi s’est éloigné de notre ­dernière destination de vacances… Un moment, nous nous sommes retrouvés sur une route où les voitures pouvaient rouler à environ 70 km/h et le chauffeur de taxi a augmenté le volume de la radio. Coïncidence : c’était Bella de Wolfine qui passait… notre chanson des vacances ! J’ai demandé à Greg s’il pouvait enregistrer le morceau pour notre vidéo souvenir et quand il a ­voulu sortir son téléphone portable de sa poche, la ­voiture a fait un virage beaucoup trop ­brusque.

Il avait disparu

Il y a eu une détonation assourdissante et comme un flash. Soudain, j’ai eu l’impression d’être sur une montagne russe de laquelle nous pouvions nous envoler à tout moment. Le taxi a tourné sur lui-même et a fait un ­virage à 180 degrés sur la route. Quand le véhicule s’est immobilisé, j’ai réalisé que nous venions d’avoir un accident. J’ai vite vérifié que personne n’était ­blessé… Personnellement, j’étais capable de penser et de bouger, donc malgré les ­circonstances j’allais bien. J’ai entendu gémir ­bruyamment le chauffeur de taxi : son front avait heurté violemment le volant. Il semblait avoir très mal, mais il était toujours en vie. Lui et moi avions survécu à ­l’accident, donc pour moi, il ne pouvait en être ­autrement pour Greg, qui devait aussi avoir, au pire du pire, quelques ecchymoses. Mais à côté des ­gémissements du conducteur j’ai également entendu un autre bruit. C’était comme un réservoir qui se vidait.

Quand j’ai regardé Greg, j’ai vu qu’il était ­penché et que du sang coulait de sa tête. Bien qu’il ­faisait très sombre, j’ai immédiatement su qu’il était mort. Je l’ai ­ressenti dans chaque fibre de mon corps. Greg était quelqu’un de très énergique. Il aimait la vie, la croquait à pleines dents. L’énergie qu’il dégageait en ­permanence, et qui était si contagieuse, avait disparu.

Mi novio está muerto

Au moment où j’ai réalisé qu’il était mort, j’ai ­commencé à crier jusqu’à m’époumoner. Il est ­impossible d’expliquer ce que j’ai éprouvé à ce ­moment-là. J’ai donné un dernier baiser à Greg sur le cou, je lui ai dit que je l’aimais et qu’il était la ­meilleure chose qui me soit jamais arrivée. Après, je suis passée en mode survie, comme poussée par l’adrénaline qui traversait mon corps. Je devais me ­sauver. J’ai détaché ma ceinture de sécurité et je suis sortie du taxi. Dès que j’ai pris la route, j’ai recommencé à crier. Après presque un mois passé en Amérique centrale, j’avais ­appris quelques mots d’espagnol et j’ai crié : “Mi novio está muerto y nos dirigimos al aeropuerto !” Et puis, quelque chose s’est produit qui m’a donné l’impression que j’étais en train de rêver… J’ai vu une infirmière, juste devant moi. Je me suis dit que c’était un horrible cauchemar. Jusqu’à ce que je regarde derrière moi et que je voie une voiture rouge. C’était le taxi dans lequel j’étais montée avec Greg il y a moins de quinze ­minutes. C’était la réalité… J’ai tenté d’expliquer aussi bien que possible ce qui s’était passé. Que mon petit ami était mort, et qu’il y avait encore quelqu’un dans la voiture que nous ­devions sauver. L’infirmière m’a pris sous son bras et m’a emmenée sur le bord de la route.

Quand je me suis assise, j’ai eu la sensation que ma vie était finie. Je ne voulais pas croire que Greg se trouvait sans vie dans cette voiture alors que j’étais vivante. Quelques ­secondes plus tard, l’infirmière est arrivée avec un ­fauteuil roulant. Il s’est avéré plus tard que l’accident s’était produit à moins d’une centaine de mètres d’un petit hôpital local.

L’infirmière m’a ­accompagnée dans une pièce. J’ai vu ses mains, elles étaient couvertes de sang. Le sang de Greg… Quand j’ai repris mes esprits, j’ai téléphoné à nos proches. C’était très ­intense de dire à nos parents par téléphone que Greg était mort et que j’étais encore en vie. C’est une chose horrible à annoncer, car vous savez qu’à ce ­moment précis, leur monde s’effondrera aussi…Mais je n’avais pas le choix. Peu de temps après, notre chauffeur de taxi a été emmené sur une civière, et j’ai vu passer une autre personne en fauteuil roulant. Un homme est alors arrivé à l’hôpital et je l’ai reconnu : c’était Bamba, un moniteur de surf d’El Tunco, qui s’est avéré être le cousin de notre chauffeur. J’étais soulagée de le voir, car il parlait anglais et m’a dit que la police était en route. Il a suggéré que je fasse une ­déclaration et a ­souligné que je devais intenter une ­action en justice, sans quoi le conducteur de la voiture qui nous avait heurtés serait libéré. C’était l’homme qui était arrivé en fauteuil roulant et qui, selon Bamba, était complètement ivre. À ce moment-là, j’ai failli m’évanouir. Je n’avais tout de même pas perdu Greg à cause d’un imbécile bourré ? Finalement, Bamba m’a emmenée dehors et a fait office d’interprète pour ma déclaration.

Beaucoup d’affaires à régler

Des amis de Bamba m’ont ensuite déposée à leur ­auberge à El Tunco. C’était très étrange de revenir dans le village que nous avions quitté quelques heures plus tôt, Greg et moi. Nous y avions emmagasiné tant de beaux souvenirs… Entre-temps, le consul avait pris des disposition pour que je puisse dormir chez une dame la première nuit. J’ai essayé de me reposer un peu, mais chaque fois que je me réveillais, je n’arrêtais pas de penser que Greg n’était plus là. J’avais tellement ­envie d’être auprès de lui… Moins d’un jour plus tard, un cousin de Greg est arrivé au Salvador. Le lendemain, mon père et ma sœur aussi. Cela peut ­sembler étrange compte tenu de la situation, mais le fait qu’ils soient là m’a rendue heureuse. J’étais si contente de pouvoir leur montrer ce beau pays afin qu’ils puissent voir de leurs propres yeux où Greg et moi avions vécu les ­meilleurs moments de notre vie. Dans les jours qui ont suivi, j’ai dû organiser beaucoup de choses. Dans un carnet, ma sœur a écrit tout ce que je lui dictais, comme les choses que Greg aimait, les phrases qu’il ­disait tout le temps, et la façon dont j’imaginais ses ­funérailles. Greg et moi étions ­ensemble depuis 7 ans et avions vécu des semaines si intenses ensemble, que je pouvais tout décrire ­exactement. À un moment, il a aussi fallu confirmer l’identité de Greg. C’est son cousin qui a assumé cette tâche, car la dernière image que j’avais de Greg dans la voiture avait été trop ­éprouvante pour moi.

Avant de quitter le Salvador, je suis retournée sur les lieux de l’accident. Avec mon père et ma sœur, j’ai aménagé une sorte de coin commémoratif, avec le nom de Greg et la date de sa mort, une photo, des fleurs et une carte qui lui était adressée.

Puis vint le moment où nous avions fait tout ce que nous pouvions faire. Il était temps de rentrer chez nous… mais je n’en avais aucune envie, car ­rentrer à la maison signifiait qu’il faudrait se ­confronter à la réalité. J’allais retourner dans la maison que nous avions achetée ensemble et où j’avais vécu avec lui pendant un an et demi… Quand j’ai passé la porte de la maison, je me suis mise à ­hurler de panique. J’ai couru dans notre chambre, et j’ai retrouvé des cheveux de Greg sur son oreiller. Je ­voulais juste qu’il rentre à la maison. Il aurait dû ­rentrer avec moi… Greg semblait immortel. Il n’était quasi jamais malade, et disait ­parfois qu’il vivrait au moins jusqu’à 90 ans, car tous ses grands-parents avaient atteint cet âge béni. Et ­soudain, l’homme que j’espérais épouser un jour
et avec qui je voulais avoir des enfants était parti. Tous nos rêves et nos projets ont disparu du jour au lendemain.

Voyager pour lui

Aujourd’hui, cela fait presque deux ans que cet ­accident est arrivé. Et Greg me manque encore chaque jour. Ce qui me manque le plus, ce sont les petites choses qui nous caractérisaient en tant que couple et que nous seuls connaissions comme notre habitude
de nous brosser les dents ensemble au bord de la ­baignoire ou le fait que chaque fois que j’achetais une nouvelle paire de chaussures, il se mettait à chanter New Shoes de Paolo Nutini. Je repense à mes moments avec Greg avec un grand sourire, et en même temps c’est très étrange de vivre des choses sans lui et de ­fabriquer de nouveaux souvenirs. Mon processus de deuil est fait de hauts et de bas. C’est un travail très difficile… Je suis heureuse de pouvoir dire que je suis toujours la même Anouk que quand Greg était encore en vie. Mais j’expérimente la vie d’une manière plus consciente et intense désormais. Depuis sa mort, je me rends encore plus compte que tout peut disparaître soudainement et que la vie ne peut jamais être ­planifiée. J’ai déjà voyagé plusieurs fois depuis sa mort. Je suis certaine qu’il n’aurait pas voulu que ma vie ­s’arrête après sa mort.

Je continue à voyager pour lui et pour moi. À chaque fois que je pars, j’emmène un peu des cendres de Greg avec moi pour en disperser. Je ­sélectionne les plus beaux endroits et j’écris toujours un carnet de voyage pour lui. Je l’ai déjà fait en ­Autriche, en Espagne, en Colombie, au Maroc et à Malte. De cette manière, il peut visiter de magnifiques endroits du monde… avec moi.

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