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© Getty Images

TÉMOIGNAGE: elles ont choisi un métier d’art et d’artisanat

La rédaction

Tendance ou pas: travailler avec vos mains sera toujours une fierté. Trois jeunes femmes ambitieuses ont suivi leur passion et se sont plongées dans le monde merveilleux de l’art et de l’artisanat.

Julie tisse des couvertures, des coussins et des trousses de toilette


« Un métier à tisser coûte cher, mais on peut en trouver en seconde main. En plus d’être moins cher, ils sont souvent plus beaux. Ce genre de machine peut très bien avoir une seconde vie. Elle ne s’abîme pas trop avec le temps et a d’ailleurs souvent déjà toute une vie derrière elle. Et savoir que d’autres personnes ont déjà créé des pièces dessus est fascinant. J’ai acheté mon premier métier à tisser à la tante d’un ami. Elle l’avait dans son grenier et l’avait ­rénové pour décorer son salon. Mais comme c’est un ­objet qui a la taille d’un piano, elle a voulu le revendre.

À cette époque, j’étudiais le design textile et j’ai saisi cette opportunité. Après avoir goûté à toutes les techniques de textiles, j’ai su que le tissage serait mon truc.

J’ai ­transformé mon ancienne chambre en mini studio et je me suis beaucoup entraînée. Le tissage me calme. Mes amis font du yoga pour se détendre, moi, je passe des heures derrière mon métier à tisser.


Si vous vous ennuyez vite, vous ne devriez pas vous lancer, car le tissage est diamétralement opposé à la course effrénée dans ­laquelle nous vivons aujourd’hui. Mon perfectionnisme et ma persévérance m’aident à être douée dans ce que je fais: vous devez faire passer environ six cents fils à la main dans un petit trou un par un. La mise en place d’un métier à tisser peut facilement prendre une journée entière. Le tissage est laborieux, un fil de haute qualité n’est pas bon marché, donc votre produit final est très cher. C’est ­pourquoi j’ai décidé de fabriquer des petites trousses de toilette, en plus des couvertures, pour que tout le monde ait l’occasion de pouvoir m’acheter une pièce. Je ne pense pas que je pourrai vivre du tissage, en faire un business plan réaliste n’est pas facile. Pour que cela soit réalisable, je combine ces heures avec un emploi de directeur ­artistique dans une agence de relations publiques. Je me donne pour mission de redorer un peu l’image du tissage. À travers mes motifs et l’utilisation de différentes couleurs, je veux prouver qu’une pièce tissée peut avoir un look très moderne et jeune. »

Esther fabrique des meubles minimalistes en acier


« J’ai étudié pendant sept ans avant de réaliser ce que je voulais vraiment faire. J’ai d’abord suivi des cours sur le travail social et culturel, puis je suis passée au design d’intérieur. Au cours de mes études en design, j’ai décidé que je voulais faire quelque chose de mes mains et je me suis inscrite sur un coup de tête à une formation en cours du soir en soudure qui dure cinq ans. L’acier me semblait être un matériau très intéressant et cela m’a intriguée de pouvoir fabriquer moi-même de grands objets et même des meubles. J’étais la seule fille de la classe et –maintenant que j’en ai fait mon travail à temps partiel – je suis toujours la seule femme soudeuse que je connaisse. Pas ­étonnant, car le soudage est très technique et ­physiquement exigeant. Une balustrade extérieure de 7 mètres, par exemple, est très lourde et ­compliquée à réaliser. Quand j’étais en classe, je ­demandais parfois un coup de main aux garçons, mais maintenant, je suis seule.

J’ai transformé le garage de mes parents en atelier. Dès que j’ai eu cet espace à moi, je me suis promenée jour et nuit en bleu de ­travail, j’étais noire de la tête aux pieds, et j’ai vite ­réalisé mes propres créations. Mon ­premier meuble était un fauteuil à bascule en acier avec une assise en cuir.


Le fait d’avoir suivi des études de design intérieur me permet d’offrir quelque chose d’unique. Selon mes clients, on reconnaît immédiatement mon style: il est très minimaliste, fin et féminin. Aujourd’hui, je ne pense plus que le soudage soit un travail d’homme: il faut de la force, mais il faut aussi être capable de ­travailler avec une précision incroyable. Ce que je trouve le plus dur dans ce métier, c’est d’être toujours seule. Je passe souvent des heures à souder dans ce garage, mais je dois aussi faire des croquis et des ­dessins, je dois m’occuper de mes médias sociaux et de mon site Web, je dois maintenir le contact avec les clients, m’occuper de mon administration et des finances… Il y a beaucoup à faire quand vous avez votre propre affaire. Quand les gens me demandent de faire quelque chose, je dis toujours oui, même si c’est quelque chose que je n’ai jamais fait auparavant. Cela implique beaucoup de stress, mais je suis toujours fière de mes produits finis. »

Charlotte a ouvert son propre atelier de céramique


« Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai commencé à ­travailler comme consultante en stratégie pour une ­multinationale. Quelques années plus tard, j’ai totalement changé de vie en me plongeant à 100 % dans la ­céramique. Ce changement de carrière est venu suite à une maladie. À l’âge de 22 ans, on m’a diagnostiqué une forme chronique de cancer des ganglions lymphatiques. J’étais en traitement, mais je savais que le cancer pourrait revenir dans les dix prochaines années. En effet, quatre ans plus tard, il était de retour. J’ai alors immédiatement opté pour une greffe de cellules souches. C’était un risque, mais je ne voulais plus vivre avec l’idée d’être malade et quand j’ai appris que ma sœur était compatible avec moi, j’ai décidé de sauter le pas. Je n’ai jamais vraiment eu peur, ce n’est pas dans ma nature. Lorsque nous avons ­déménagé à Londres pendant mon traitement pour ­l’emploi de mon mari, j’avais la possibilité de continuer à travailler à temps partiel de là-bas. Mais au lieu de cela, je me suis inscrite dans un atelier de céramique londonien en plein essor à l’époque. Avec l’aide de ma tante, j’avais déjà fabriqué des pots pendant mon congé de maladie et je sentais que je ne pourrais pas abandonner cette ­nouvelle passion de sitôt.

Quand je vivais à Londres, j’allais à l’atelier presque tous les jours, pour y travailler la ­céramique du matin au soir. J’ai vite appris et maîtrisé les ficelles du métier. Quand j’étais à l’atelier, je perdais la ­notion du temps, tant je m’y sentais bien.


Cette passion était même thérapeutique et m’a aidée dans ma ­convalescence. Après deux ans et demi de pratique, j’ai combiné la vente de mes céramiques artisanales avec l’enseignement en atelier. J’avais besoin d’un revenu ­supplémentaire pour faire face à la vie londonienne. De retour en Belgique, j’ai décidé d’ouvrir mon propre atelier que j’ai baptisé « Studio Sukoon ». Un mot hindi qui ­signifie « tranquillité d’esprit » car c’est exactement ce que cette activité m’apporte. Je trouve une grande partie de mon inspiration dans mes voyages. Au Maroc, par exemple, j’ai visité le village de poterie traditionnel de Safi. Leur fonctionnement est en contraste frappant avec notre manière occidentale de travailler. En Islande, j’ai rempli des pots de sable noir volcanique, que j’utilise maintenant pour traiter mes émaux. J’espère visiter le Japon un jour, je trouve leurs céramiques incroyablement inspirantes. Si pures et équilibrées. J’adorerais partir un mois là-bas pour faire un stage avec un céramiste local. Ça doit être une expérience incroyable. »

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