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Témoignage: « La première fois que j’ai refait l’amour après avoir été violée »

Barbara Wesoly
Peggy, 27 ans, a été violée il y a presque trois ans. Il lui a fallut énormément de courage et de persévérance pour parvenir à dépasser le traumatisme et faire confiance à nouveau. Elle a refait l’amour un an et demi plus tard.


 

« J’ai toujours aimé faire l’amour. Je suis même plutôt précoce puisque j’ai été dépucelée à 15 ans. Ça reste un beau souvenir, encore aujourd’hui. J’ai eu plusieurs partenaires et ça s’est à chaque fois bien passé. J’ai aussi connu des coups d’un soir. Sur le plan sexuel, c’est sûr, je ne suis pas vraiment quelqu’un de prude. Un soir, je suis sortie avec des copines. On est allées dans un bar avant d’aller danser. J’avais peut-être un peu trop bu, je flirtais avec un garçon. Soudain, je me suis rendu compte que toutes mes amies étaient déjà rentrées chez elles. Est-ce qu’elles me l’avaient dit? Je ne m’en souvenais plus, tout tournait dans ma tête.

Prise au piège


Celui avec qui je flirtais m’a demandé s’il devait me ramener à la maison. Je lui ai fait clairement comprendre que j’acceptais uniquement pour le trajet. Certes, il était gentil, dansait plutôt bien, mais je ne voulais pas aller plus loin. Il m’a répondu qu’il n’y avait aucun problème. Lorsqu’on est sortis, j’ai senti que j’avais vraiment trop bu et je n’avais qu’une envie: retrouver mon lit. Mon chauffeur envisageait les choses différemment. Il faisait des détours et n’arrêtait pas de me parler. J’ai commencé à stresser. Quand, un peu en colère, je lui ai demandé de me déposer chez moi, il a arrêté la voiture. J’ai regardé autour de moi et je n’ai pas reconnu où on était. Il a posé sa main sur mon visage, a essayé de m’embrasser. J’ai ouvert ma portière et j’ai tenté de m’enfuir. J’ai réussi à sortir après m’être débattue, mais il m’a rattrapée. Il m’a jetée au sol et m’a violée. J’ai pleuré, je l’ai supplié d’arrêter, mais ça n’a servi à rien.

 

Effacer ce moment


Quand il a terminé, il m’a laissée là, sur le sol. Il a juste pris ma carte d’identité dans mon sac. ‘Si jamais tu penses à prévenir la police, je sais où tu habites. Dis un seul mot et je débarque’ m’a-t-il lancé. Je ne sais pas comment je suis rentrée chez moi, mais dès que j’y suis arrivée, j’ai pris une douche. Je savais que c’était la dernière chose à faire car ça éliminait toute preue. Mais je me sentais si sale, paniquée. J’étais persuadée que personne ne devait le savoir. Je n’irais jamais porter plainte.

 

Comme si rien n’était arrivé


Pendant un an, j’ai refusé d’affronter la réalité. Aux yeux de mes proches, je restais la même Peggy, la fille toujours joyeuse. Mais au fond de moi, j’étais brisée. Chaque nuit, je faisais des cauchemars de viol. Je vivais dans la peur de voir réapparaître mon agresseur. J’ai déménagé – alors que j’adorais vivre dans mon petit appartement – et j’ai essayé de reprendre ma vie en main. Ça avait l’air de fonctionner, en tout cas je parvenais à sauver les apparences. Le seul problème, c’était les hommes. Quand l’un d’eux me regardait en souriant, je paniquais. J’avais alors des flashbacks de mon viol. Faire l’amour? Je n’y pensais pas une seconde. Ma libido, qui était en pleine forme avant, avait été enterrée avec ce viol.

 

Briser le silence


Je ne pouvais plus m’imaginer comment était le sexe avant cet évènement. J’étais passée en mode survie. Mais après un an, j’ai craqué. Au boulot, j’ai fondu en larmes à cause d’une remarque de mes collègues concernant une erreur dans un de mes dossiers. Je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer. La peur, la tristesse… tout ressortait. Mon boss a immédiatement remarqué qu’il s’agissait de quelque chose de grave et il m’a même ramenée chez moi. Une fois devant ma porte, il m’a donné le numéro d’une de ses amies qui était psychologue. Je suis rentrée, j’ai appelé cette psy et heureusement, j’ai pu aller la voir une heure plus tard. C’est là que j’ai raconté mon histoire pour la première fois. Ça m’a fait tellement de bien… Je pouvais enfin exprimer ce que j’avais porté sur mes épaules pendant tout ce temps. Enfin, quelqu’un me disait que ce n’était pas de ma faute. Je suis sortie rouge comme une tomate tellement j’avais pleuré, mais avec le cœur dix mille fois plus léger qu’avant.

Dépasser l’angoisse


Je suis toujours en thérapie et ça va de mieux en mieux.Je n’ai pas encore porté plainte, même si ma psychologue insiste pour que je le fasse. Je pense que je ne suis pas encore prête pour ça. Je me rends bien compte que les chances que le coupable soit attrapé et jugé sont très minces… puisque j’ai tout de suite ‘nettoyé’ toutes les preuves en prenant une douche. Par la suite, j’ai rencontré Pierre. C’était lors d’une fête chez des amis et on a discuté. Je pensais qu’il avait déjà une copine, donc je me sentais ‘en sécurité’, sinon, je n’aurais jamais commencé à lui parler. C’est seulement à la fin de la conversation que j’ai compris qu’il était célibataire et que je l’intéressais. Honnêtement, je le trouvais très chouette. Mais j’avais toujours ce blocage: les hommes étaient devenus un terrain dangereux pour moi.

 

Revivre pas à pas


Pierre a dû faire beaucoup d’efforts pour gagner ma confiance. On a parlé pendant trois mois sans même s’embrasser. Jusqu’à ce qu’il me demande si j’étais réellement amoureuse de lui ou pas. Il voulait savoir, parce que lui, il était tombé amoureux de moi. J’ai réalisé que je devais être honnête avec lui et je lui ai raconté ce qui s’était passé un an et demi plus tôt. Il a tout de suite réagi de manière très compréhensive, chaleureuse et adorable. Il m’a embrassée, avec douceur. ‘Je t’attendrai jusqu’à ce que tu sois prête’ m’a-t-il dit. Il a tenu parole. Il a attendu plus de six mois pour moi. J’étais folle amoureuse de lui, mais quand sa main descendait sur mon corps lorsqu’on s’embrassait, je paniquais. Et il s’arrêtait immédiatement, à chaque fois. On ne se connaissait pas depuis longtemps et pourtant, il avait déjà tant fait pour moi. Je culpabilisais beaucoup, mais quand il m’embrassait, il chassait mes craintes et ce sentiment de culpabilité.

 

Faire l’amour pour guérir


Finalement, il y a deux mois, nous avons fait l’amour pour la première fois. Ça a été difficile. Plein d’émotions. Angoissant. Mais aussi très beau. Car Pierre était si doux, si amoureux, si patient. Il a réussi à en faire une expérience merveilleuse. Je pense même que ces ébats ont aidé à guérir la blessure que le viol avait ouverte… »

 

Si vous pensez avoir été victime d’un viol, parlez-en. Trop de coupables sont protégés simplement par la culpabilité des victimes. Vous trouverez des ressources pour vous aider sur ce site.

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