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Témoignage: « Je suis devenue accro à la coke »

Justine Rossius
Une toute petite ligne. Juste pour essayer. Puis, plus jamais. C'est ce que pensait Marie, mais sans même s'en rendre compte, elle est devenue complètement dépendante à la coke.

"J'ai grandi au sein d'un foyer chaleureux, avec ma petite sœur et mon grand frère. Mon père et ma mère avaient fait de hautes études et exerçaient tous les deux une profession libérale. Nous n'avons jamais manqué de rien à la maison, au contraire. En primaire, j'avais quelques difficultés, mais en humanités, mes parents m'ont laissé bifurquer vers l'enseignement artistique, où je me sentais bien plus à ma place. Vers 15 ans, j'ai commencé à fumer des cigarettes, mais je n'ai jamais été attirée par les joints ou d'autres drogues. Après mes humanités, je suis allée vivre en kot où, avec mes nouvelles amies, nous formions une véritable bande. Nous sortions, voyagions et passions énormément de temps ensemble.

 

Parfaitement sous contrôle

Un jour, mes amies m'ont avoué qu'elles prenaient de la cocaïne quand on sortait. J'étais sous le choc. Je n'avais jamais rien remarqué! J'étais toujours la seule à être morte bourrée quand on faisait la fête. Je ne comprenais pas pourquoi les autres n'étaient jamais dans le même état. Jusqu'à ce qu'elles m'expliquent que si elles restaient sobres, c'était grâce à une petite ligne de coke.

Vu que je savais bien que j'avais tendance à vite tomber dépendante, j'ai préféré ne pas essayer. Mais mes amies me soutenaient qu'elles gardaient parfaitement le contrôle de leur consommation, qui était sporadique.

Je me suis laissé convaincre… Après une ou deux lignes de coke, je ne sentais rien. Auraient-elles raison? De peur d'être rejetée du groupe, je me suis laissé entraîner dans leur histoire de cocaïne. Et les effets ne se sont pas fait attendre. La cocaïne me donnait plein d'énergie, je devenais un véritable moulin à paroles et je suis surtout devenue égocentrique.

 

Un gramme, deux grammes…

Au début, je ne prenais de la cocaïne qu'une fois par mois, et je partageais un gramme avec une amie.

Un gramme, ça coûte environ 50 euros, on en payait chacune la moitié. Mes parents me donnaient de l'argent de poche et j'avais un job d'étudiante, l'argent n'était donc pas un problème.

Avant même que je ne le réalise, j'achetais un gramme pour moi toute seule, et très vite ensuite, deux ou trois grammes, rien que pour moi. En moins de temps qu'il faut pour le dire, j'étais accro. Lorsque je suis sortie avec un dealer, j'ai complètement perdu le contrôle. Je me suis laissé manipuler mentalement et physiquement et, très rapidement, je suis tombée en dépression, ce qui faisait que j'avais encore plus besoin de cocaïne pour pouvoir rester debout.

Je me suis éloignée de mes amis. Ils ne consommaient pas autant que moi et ne me comprenaient plus du tout. J'ai donc cherché de nouveaux copains, de mauvais copains.

A partir de ce moment-là, tout est allé de mal en pis. Je maigrissais à vue d'œil et je me tapais gueule de bois sur gueule de bois quand je sortais trois soirs d'affilée. A mes parents et ma famille, j'ai feint une dépression.

 

Manger ou acheter de la coke?

C'est lorsque j'ai quitté mon ex que mes parents ont appris que j'avais pris de la coke. Mais il a fallu encore un an avant qu'ils ne réalisent à quel point j'étais loin. J'arrivais toujours à minimiser mes problèmes. Mon père ayant aussi parfois souffert de sentiments dépressifs, mes parents ont mis longtemps à comprendre ma situation.

J'ai vraiment touché le fond lorsque j'en suis arrivée à devoir choisir entre acheter à manger ou dépenser mes derniers centimes dans la cocaïne.

J'étais devenue complètement parano, je barricadais mes fenêtres par crainte des voyeurs ou des cambrioleurs et j'étais à bout de nerfs lorsque mon stock de drogue diminuait. A cette époque, je consommais alors 3 grammes de coke par jour. J'allais mendier de l'argent auprès de ma grand-mère. Je n'ai jamais eu l'apparence d'une junkie. Grâce au maquillage, je pouvais masquer les plus gros dégâts de la drogue. Il n'y avait que ma perte de poids et ma chute de cheveux que j'avais bien du mal à cacher.

 

Le fond du trou

Je foirais mes études. Et je perdais mes jobs les uns après les autres car je ne me présentais plus aux rendez-vous lorsque j'étais pétée. L'argent venait à manquer et mes parents commençaient à se poser de plus en plus de questions. Pendant huit mois, j'ai connu l'enfer, mais je continuais à nier que j'étais accro à la cocaïne. Jusqu'au soir où, sous l'effet de la drogue et en larmes, j'ai appelé ma sœur et lui ai tout déballé. La semaine suivante, elle et ma mère se trouvaient devant ma porte. Pour me ramener à la maison et chercher ensemble une solution à mon problème.  

Maman a suggéré d'aller me faire soigner dans une clinique privée d'Addiction Solutions. La proposition de la dernière chance, je n'en étais que trop consciente. Je l'ai donc acceptée avec beaucoup de reconnaissance.

Dix jours plus tard, j'étais dans un avion, direction l'Afrique du Sud et un centre privé de désintoxication, au Cap. Je suis montée dans l'avion avec la ferme intention de faire de mon mieux pour rendre heureux les gens autour de moi et retrouver la confiance de mes parents. Mais pour moi, ça n'était pas une véritable cure de désintoxication. En moi-même, je décomptais les jours jusqu'à ma prochaine ligne.

 

Clean depuis un an

Je me sentais comme une enfant lorsque je suis arrivée complètement désemparée à destination. Mais immédiatement, j'ai été entourée des soins les plus chaleureux et ça m'a donné le déclic. J'étais au Cap parce que j'avais besoin d'aide, et cette aide, je devais la saisir à deux mains. J'ai suivi une thérapie intense pendant un mois. Jour après jour, ma vie retrouvait peu à peu de sens. Avec des hauts et des bas, je me suis progressivement libérée de ma dépendance à la cocaïne.

Aujourd'hui, cela fait un an que je suis clean, et avec la bénédiction de mes parents, je me suis définitivement installée en Afrique du Sud.

Je vis avec un Sud-Africain, et je suis une formation dans une école d'Esthétique, dans l'espoir de pouvoir travailler ici comme esthéticienne. Ma peur de replonger est encore grande. Pourtant, j'ai retrouvé confiance en l'avenir et je n'ai jamais été aussi heureuse qu'aujourd'hui."

 

 

Texte: Jill De Bont. Adaptation: Stéphanie Ciardiello. Coordination: Claire Debongnie.

 

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