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© Female victim of rape or violence. Kidnapping and rape concept. Kidnapper or robber tied young girl, force to have sex. ; Shutterstock ID 1101331796; Purchase Order: -

Un modèle, la Scandinavie? Certainement pas la culture du viol du Danemark

Kathleen Wuyard

Entre les livres faisant l’apologie du hygge et les articles louant l’égalité des sexes et la qualité de vie qui règne en Scandinavie, difficile de ne pas se dire que nos voisins nordiques ont tout compris. Sauf qu’ils ne sont évidemment pas parfaits, ainsi qu’un rapport d’Amnesty International sur la culture du viol au Danemark le rappelle.


Et pourtant, en 2017, l’Institut européen pour l’égalité des genres n’avait pas hésité à mettre le Danemark en tête des pays qui respectent les droits des femmes, le pays se classant en deuxième position du classement derrière la Suède. Un classement qui n’avait pas causé de véritable surprise puisque les pays scandinaves sont connus dans le monde entier pour le respect de leurs citoyens, quel que soit leur sexe, ce qui les classe également fréquemment en tête des pays où il fait bon vivre. Sauf que selon un rapport qui vient d’être diffusé par Amnesty International, tout ne serait pas rose pour les femmes au Danemark. Notamment parce que la loi du pays se base sur une définition rétrograde du viol, qui ne prend pas en compte la notion de consentement, mais bien sur la violence physique.

Impunité inacceptable


Si l’on se base sur les chiffres de 2017, année où l’Institut européen a applaudi l’égalité des sexes danoise, il y a eu 890 viols reportés à la police, dont 535 seulement ont été traduits en justice, et plus préoccupant encore, seulement 94 des accusés ont été jugés coupables de viol. Quand on sait que les statistiques établissent que la proportion de fausses allégations de viol n’est que d’environ 2%, on est en droit de se demander pourquoi près de 18% des accusés de viol sont repartis en liberté de leur procès. La réponse, selon Amnesty International? Une culture du viol très présente au Danemark. Forgé outre-Atlantique, ce concept sociologique qualifie un ensemble de comportements partagés au sein d’une société qui minimisent, voire encouragent le viol. Et qui n’incitent pas les victimes à tenter d’obtenir justice: si seulement 890 plaintes pour viols ont été enregistrées en 2017, selon les chiffres recueillis par le gouvernement danois, ce ne sont pas moins de 5100 femmes qui auraient été victimes de (tentatives de) viol en 2017, tandis qu’une étude indépendante a estimé qu’elles seraient en réalité 24 000. Selon le Secrétaire international d’Amnesty International, Kumi Naidoo, cela ne fait aucun doute: « la réputation du Danemark comme étant un modèle d’égalité des genres cache en réalité une tendance insidieuse à blâmer les victimes d’abus sexuels ».

Malgré l’image du Danemark comme étant une terre d’égalité entre les sexes, la réalité pour les femmes est fondamentalement différente, avec des niveaux incroyablement élevés d’impunité pour les auteurs de violence sexuelle, et des lois absolument archaïques qui ne sont pas à la hauteur des standards internationaux »


Car, ainsi que le rappelle avec justesse Kumi Naidoo, « dès qu’il y a un rapport sans consentement, il s’agit d’un viol ». L’évidence même, sauf que visiblement, les Danois n’ont pas reçu le mémo.

L’absence de reconnaissance de cette vérité fondamentale dans la loi danoise laisse les femmes victimes de violences sexuelles face à une société qui a tendance à retourner le blâme sur elles, ce qui renforce l’impunité ancrée dans la société danoise »


Et Amnesty International de citer le cas de Kristine, une journaliste de 39 ans qui a tenté à 4 reprises de porter plainte pour viol auprès de la police. Et ce, alors même que lors de sa deuxième visite au poste, elle a été emmenée en cellule, où l’officier en charge lui a expliqué qu’elle risquait la prison si elle mentait. Carrément pas hygge, et même, complètement abject. Si le gouvernement danois a récemment réuni un panel chargé de se pencher sur le sujet, Amnesty International souligne qu’il faut aller plus loin, et changer la loi. Notamment parce que quand une victime de viol est paralysée par la peur, et incapable de se débattre, cela ne veut certainement pas dire qu’elle consent pour autant.

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