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© AHMAD SAHEL ARMAN/AFP via Getty Images

En Afghanistan, une à deux femmes se suicident chaque jour depuis l’arrivée des Talibans

Ana Michelot
Ana Michelot Journaliste

En août 2021, les Talibans reprennent la ville de Kaboul et exercent à nouveau le pouvoir dans tout le pays. Face aux nombreuses lois qui interdisent désormais aux femmes d’exercer leur métier ou d’accéder à l’éducation en Afghanistan, certaines commettent l’irréparable.

Les femmes sont la cible principale des nouvelles lois instaurées par les Talibans en Afghanistan. Un décret oblige désormais les citoyennes à porter le voile intégral en public, la loi leur interdit d’occuper des postes à responsabilité, ce qui veut dire qu’une femme ne peut plus être à la tête d’une entreprise, ni en posséder une. Des milliers d’Afghanes se retrouvent donc dans l’impossibilité d’exercer leur métier, les plus jeunes, elles, sont privées d’un accès à l’éducation. Plongées dans le désespoir, un grand nombre d’entre elles décident de s’ôter la vie.

Les droits des femmes bafoués

À Genève au début de ce mois de juillet, le forum des droits des Nations Unies s’est réuni avec les Etats membres autour d’un débat urgent sur la situation de l’Afghanistan. La cheffe des droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet a condamné les restrictions imposées aux femmes sur leur manière de s’habiller, leur accès aux services de base, ainsi que le chômage massif qui les frappe dans le pays. En effet, elle explique que les entreprises détenues et gérées par des femmes ont été fermées. « 1,2 million de filles n’ont plus accès à l’enseignement secondaire conformément à une décision des autorités », ajoute-t-elle.

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L’exclusion progressive de la société

« Les autorités de facto que j’ai rencontrées lors de ma visite en mars de cette année ont déclaré qu’elles honoreraient leurs obligations en matière de droits humains dans la mesure où [elles] seraient conformes à la charia. Pourtant, malgré ces assurances, nous assistons à l’exclusion progressive des femmes et des filles de la sphère publique et à leur oppression institutionnalisée et systématique », a-t-elle déclaré au forum. De son côté, Fawzi Koofi, l’ancienne vice-présidente du Parlement afghan, déplore le trafic d’êtres humains dont sont victimes les femmes : « Le fait que des filles aussi jeunes que neuf ans soient vendues, non seulement à cause de la pression économique, mais à cause du fait qu’il n’y a aucun espoir pour elles, pour leur famille, ce n’est pas normal. »

« Chaque jour, il y a au moins une ou deux femmes qui se suicident face à l’absence d’opportunités, à la pression qu’elles subissent et à une santé mentale mise à mal. »

Fawzia Koofi

Ancienne vice-présidente du Parlement afghan

Elle poursuit : « Les talibans n’ont évidemment pas tenu leurs promesses de ce qu’ils nous disaient pendant les négociations, en termes de respect des droits islamiques pour les femmes. En fait, ce qu’ils font est en contradiction avec l’Islam. Notre belle religion commence par la lecture. Mais aujourd’hui, sous le nom de la même religion, ils privent 55 % de la société d’aller à l’école. » Face à la gravité de ce constat, l’ONU a mis en place un projet de résolution sur la situation des femmes et filles en Afghanistan. Ce dernier est en cours de négociation au Conseil des droits de l’Homme.

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