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FAUT QU’ON PARLE: le nouveau gouvernement français est un bras d’honneur aux femmes

Kathleen Wuyard


C’est l’histoire d’un remaniement ministériel dont on ne sait pas au fond s’il appartient à la Ve ou à la IIIe République. Parce qu’en 2020, alors même qu’Emmanuel Macron a déclaré faire de l’égalité des sexes la cause de son quinquennat, nommer Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti, pardonnez notre français mais ça fait (très) mal à la chatte.


Pourquoi tant de vulgarité de haine? Après tout, Éric Dupond-Moretti, le ténor du barreau dont le seul en scène se joue à guichets fermés au théâtre, la star des pénalistes et le pénaliste des stars, à la fois homme de loi et showman, n’a-t-il pas la carrure parfaite pour endosser le costume de ministre de la Justice? Sur papier, si. Il serait même presque surqualifié. Si on fait abstraction de ses positions personnelles, du moins, ces dernières étant en contradiction totale avec la promesse faite par Emmanuel Macron en juillet 2017 de faire de l’égalité femmes-hommes sa « grande cause ». « C’est notre société entière qui est malade du sexisme », déclare à l’époque le chef de l’État français. Pas de chance, Eric Dupond-Moretti présente tous les symptômes de cette maladie. Le féminisme? « Une véritable hystérisation », pour le pénaliste, qui n’avait pas caché son opposition au mouvement #MeToo. En novembre 2018, alors que la loi contre les violences sexistes et sexuelles élevait au rang d’infraction l’outrage sexiste, l’avocat ne cachait pas son incrédulité sur le plateau de RMC.

Que l’État inflige une infraction, je crois que c’est 90 euros pour avoir sifflé, là aussi, on déconne complètement (…) il y a une très vieille dame que j’adore qui m’a dit ‘moi je regrette de ne plus être sifflée’ ».



Si mamy le dit, hein, c’est que c’est vrai. Quelle femme, après tout, ne rentre pas d’une balade où elle ne s’est pris aucun sifflement ou quolibet, en se disant « merde alors, le vide »? La question, elle est vite répondue, comme dirait l’autre, et entre temps, Eric Dupond-Moretti, lui, est désormais ministre de la Justice. « Ohlala les bonnes femmes, toujours à pinailler, il est bourru, certes, mais c’est pas si pire ». D’accord. Mais élire un homme visé par une enquête pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance au poste de ministre de l’Intérieur, alors?

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Laissez-nous vous présenter Gérald Darmanin, fraîchement annoncé à ce poste. Alors ministre de l’Action et des Comptes Publics, l’élu originaire de Valenciennes est accusé des faits en 2018 par une plaignante qui saisit un juge d’instruction, et accuse Gérald Darmanin d’avoir conditionné son aide dans un dossier à l’octroi de faveurs sexuelles. Des faits qui remonteraient à 2009 et se seraient soldés par un rapport sexuel non consenti entre l’accusé et la victime. Une autre accusatrice, originaire de Tourcoing, l’avait pour sa part accusé de l’avoir obligée à des relations sexuelles contre l’obtention d’un logement et d’un emploi en 2015. Deux affaires classées respectivement sans-suite et faisant l’objet d’un non-lieu dont la première plaignante a fait appel, obtenant la réouverture de l’enquête le 9 juin dernier. Ce qui n’a pas empêché Gérald Darmanin d’accéder dans la foulée au poste prisé de ministre de l’Intérieur.

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Selon 20Minutes.fr, un membre de l’entourage du président Macron aurait souligné que Gérald Darmanin « incarne l’ordre républicain, une priorité du gouvernement » et se serait réjoui que la plainte pour viol dont il fait l’objet n’ait pas « fait obstacle à sa promotion ». Sur Twitter, l’édile fraîchement promu a pour sa part partagé son  » Grand honneur, pour le petit-fils d’immigré que je suis, d’être nommé Ministre de l’Intérieur de notre beau pays ». Beau pays, vraiment? Pour les hommes blancs d’un certain âge, peut-être. Mais pour les femmes et cette égalité des sexes qu’on leur promet en vain, on repassera.

« Créer le Ministère de la Culture du viol »


Parce qu’il vaut mieux en rire jaune qu’en pleurer de rage, ou du moins que l’un n’empêche pas l’autre, sur les réseaux sociaux, les memes soulignant l’absurde de la situation se sont multipliés depuis l’annonce du remaniement ministériel. La toujours percutante journaliste Fiona Schmidt, très engagée pour la cause des femmes, s’est ainsi servie d’une image de Bob l’éponge pour exposer mieux qu’avec mille mots à quel point la nomination de ces nouveaux ministres est un camouflet. La doctorante féministe Ilana Weizman n’a pas hésité à aller plus loin et à souligner que finalement, il manquait peut-être un nouveau ministère au gouvernement.



 

De son côté, l’illustratrice Emma a offert son point de vue en dessins, soulignant au passage que « l »intérêt d’être d’extrême gauche c’est qu’on n’attend jamais rien d’un gouvernement ». Une série déjà partagée plus de 1 200 fois, et ayant suscité de nombreux commentaires, de « ces nominations sont absolument scandaleuses. C’est à vomir! » à « je ne décolère pas depuis l’annonce de ce gouvernement » en passant par « merci, j’ai l’impression qu’avec ce gouvernement, notre cher président nous a clairement dit d’aller nous faire foutre ».



Illustrations réalisées par Emma, tous droits réservés. 


« Toutes hystériques »? Oui, mais non, car en 2020, qui plus est dans une république considérée comme un des flambeaux de la démocratie, répéter sans cesse qu’il faut dissocier l’homme public du privé et amener aux plus hautes sphères (qu’elles soient du pouvoir ou de la culture, coucou Polanski si tu nous lis) des hommes au mieux sexistes, au pire accusés de viol voire même parfois condamnés pour ces mêmes faits, c’est cracher au visage de toutes les femmes. Celles qui ont été harcelées ou violées, à qui on renvoie que ce n’est pas si grave, au fond, et puis toutes les autres, aussi, victimes d’un patriarcat qui n’a de cesse de leur manquer de respect.

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Envisagée selon L’Obs comme potentielle numéro deux de ce gouvernement remanié, Ségolène Royal aurait été jugée trop « disruptive » et « difficile à gérer ». La faute a ses ambitions pas si secrètes de briguer la présidence en 2022, l’ambition féminine étant donc un frein, contrairement aux accusations de viol. « Nous sommes la nation des droits de l’Homme » chantait Saez au moment de la montée historique du FN en 2002. Droits de l’Homme ou droits de l’homme? Il semblerait que le gouvernement remanié apporte la réponse, avec un joli bras d’honneur pour les femmes au passage. Ben alors Emmanuel, et ta grande cause? Tu avais dit que « la France ne doit plus être un de ces pays où les femmes ont peur » et tu avais promis aussi un « meilleur accompagnement des victimes », tu te rappelles? Peut-être que tu t’es dit « du passé, faisons table rase », qui sait…



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