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UN JOUR, UNE VIE: « À 50 ans, je découvre que je suis HP et ma vie prend un nouveau tournant »

Manon de Meersman


Il y a quatre ans, Carine, 54 ans, a appris qu’elle est HP E, soit Haut Potentiel Émotionnel. Cela désigne une intelligence émotionnelle différente de la moyenne, avec de nombreuses caractéristiques, tantôt déroutantes, tantôt fascinantes. Carine nous explique ce jour où sa vie a basculé. Ce jour qu’elle n’oubliera jamais. Ce jour qui l’a transformée.


« J’ai découvert mon Haut Potentiel Émotionnel à travers une personne qui m’est très très proche: ma fille, nous raconte Carine. Cette personne était dans une période « compliquée » de sa vie et nous parlions régulièrement de ses ressentis et ses questionnements. Ce jour-là, je m’en souviens très bien… C’était il y a 4 ans… Nous étions sur la terrasse, en fin d’année scolaire. Elle me fait part de ses troubles du sommeil, me dit qu’elle pense tout le temps, que ça ne s’arrête jamais, même la nuit… Moi, je fonctionne ainsi depuis toujours, alors ma réponse est on ne peut plus simple : « Tu n’es pas la seule, hein, c’est tout le monde !» Elle, elle insiste et me dit que non, que dans son entourage, il y en a qui n’ont pas ce genre de « problème ». Moi, je suis perplexe… Je me dis que c’est parce que ces personnes s’intéressent à moins de choses… Quel raccourci ! Plus tard dans la soirée, elle réaborde le sujet et me dit qu’elle en a parlé avec des potes, des étudiants brillants, et qu’ils ne pensent pas tous de la même façon qu’elle : elle, elle a l’impression que ses pensées vont dans tous les sens, qu’il y en a une qui donne naissance à une autre et puis encore à une autre et puis encore et encore… Sans le savoir, elle décrit la pensée en arborescence (terme que je ne connais pas encore à ce moment-là !) et moi, je me tais… Je me retrouve dans ce mode de fonctionnement et je découvre, à 50 ans, qu’il existe peut -être un autre mode de pensée que celui que je connais et que je croyais commun à tous… »



Les prémices d’un long travail


« Cette conversation me turlupine et, quelques jours plus tard, je décide de m’adresser à « google est mon ami », explique Carine. Je tape : penser tout le temps… Et là, je tombe sur une intervention de Christel Petitcollin… Il y est question de pensée en arborescence, de normopensant, de HP… Et je me sens terriblement concernée par la notion de surefficience. Je commande son livre et le dévore… C’est comme si un voile se déchirait : je prends conscience de mon mode de pensée et tout ce qui va avec : perfectionnisme, créativité, rapidité d’assimilation, souci du détail, empathie +++, etc. Je comprends pourquoi j’ai parfois l’impression d’avoir un le cerveau comme les tableaux mécaniques d’affichage dans les aéroports ou les gares : quand les lettres tournent avec rapidité avant de se fixer sur une information… J’ai toujours été fascinée par le cerveau… Et ça m’a amenée à consulter à plusieurs reprises, pas tant par besoin thérapeutique que par envie de comprendre la pensée… »

A cette époque, Carine consulte et demande à sa psy si les travaux de Petitcollin sont fiables. « Elle me répond qu’ils constituent une bonne première approche de la surefficience… Alors, je me risque à parler du mode de fonctionnement de ma fille. Je n’ose pas encore parler de moi… Mais de fil en aiguille, je comprends « que je fonctionne pareil » et, quelques séances plus tard, après de nombreuses lectures, de multiples échanges, je comprends que je suis probablement HP. Pour être honnête, ce n’était pas la première fois qu’on me parlait de cette notion. Quelques années auparavant, cela m’avait déjà été évoqué, mais cela m’avait fait sourire, m’amenant même à douter de la personne que j’avais en face de moi…

J’en étais toujours à l’image stéréotypée de mon enfance : un surdoué, c’est un espèce de savant fou … Ce n’était donc pas pour moi… Comme quoi, il y a un temps pour tout : il faut être prêt à entendre et ce n’est pas par ce qu’on n’ entend pas que les choses n’existent pas… Mais on ne peut y croire qu’après avoir cheminé… »

Appréhender un nouveau mode de fonctionne


Pour Carine, cette découverte a été un véritable soulagement. Comme si toute son existence prenait une nouvelle couleur. « Je me suis toujours sentie « différente » sans savoir pourquoi, avec l’impression d’ « être un poisson qui devait marcher sur du sable », confie Carine. Mon décalage avec les autres, notamment ma capacité à anticiper, à envisager une multitude de scénarios, à amener des solutions alors que mon entourage n’a pas encore perçu la possibilité d’un problème, ma facilité à emmagasiner des infos et leur rapidité de traitement ; tout cela, j’en ai pris pleinement conscience quand le mot HP a été prononcé.

Mieux me connaître, c’est aussi désormais m’autoriser à davantage m’écouter : oser être dans mon petit univers, sans me sentir obligée d’être là où on m’attend – même si ce n’est pas facile, parce qu’il y a toujours la question « est-ce qu’on va m’apprécier, m’aimer ? » et que je sais que je manque de confiance en moi… »,


poursuit Carine pour qui, paradoxalement, cette « étiquette » a aussi aidé dans ses relations.  « Ma psy m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup parlé : « votre cerveau fonctionne comme une Ferrari, il peut aller aussi vite… Alors, il faut apprendre à le piloter… Vous êtes déjà à la ligne d’arrivée alors que certains sont seulement sur le départ ! » Cette façon de m’expliquer les choses m’a fait comprendre que dans la circulation, il y a des véhicules moins rapides, et que je dois apprendre à respecter leur vitesse, tout simplement. Du coup, je suis devenue plus indulgente (enfin, je crois), plus conciliante, sans aucune condescendance pour autant, parce que j’ai aussi acquis la conviction qu’il n’y a pas un mode de fonctionnement supérieur à l’autre… Ceci dit, cela me demande encore un vrai effort, car « chassez le naturel, il revient au galop » et je bouillonne parfois, démarrant au quart de tour… Et le regrettant ensuite… Alors je m’en veux, tout aussi démesurément que je m’étais emportée ! »

Tirer le meilleur de soi


Carine parle très peu de sa particularité aux autres. Par pudeur, mais aussi par peur qu’on ne la croie pas. « Pourtant, quand je me suis confiée à quelques amis très proches, ce que je croyais être « mon secret d’état » était une évidence pour eux, confie Carine. Et leur étonnement, ça a été que je doute de moi…Surefficient, HP, surdoué, etc. autant de termes que l’on rencontre lorsqu’on s’intéresse au domaine, mais peu importe l’étiquette, ce qui est important, c’est ce qu’il y a dessous… Connaître « la mécanique », c’est pour moi essentiel, savoir « comment ça fonctionne », les avantages , mais aussi les inconvénients…

Le travail que je fais aujourd’hui : découvrir ce qui me correspond sous l’étiquette, afin de transformer en force ce que j’ai souvent considéré comme « handicapant » »,


explique Carine. « Rien n’est laissé au hasard et ma rigueur mène souvent au succès, à la grande fierté de tous ! Par exemple, je décèle aujourd’hui ma facilité à envisager 1001 scénarios, qui m’amène parfois à envisager le pire, ce qui me fait peur, mais me permet aussi de désamorcer rapidement des situations délicates, en créant un climat de confiance…Je découvre aussi les faiblesses, comme le syndrome de l’imposteur, qui semble avoir élu domicile en moi. »

Et si ce jour n’était jamais arrivé?


« Parfois, j’aurais aimé découvrir cela plus tôt… Cela m’aurait évité de me torturer trop souvent l’esprit, de ne pas oser mettre mes limites, parce je croyais être trop exigeante, de croire que j’étais « trop trop trop » et mettre, du coup, mes besoins en sourdine, pour convenir aux autres, explique Carine. J’aurais aimé aussi le connaître pour mon rôle de maman, cela m’aurait permis de mieux « armer » mon enfant… Le « connais- toi toi-même » de Socrate a toujours eu une résonance particulière en moi, et je crois que c’est une chance de savoir jeune si on est HP ou surefficient , peu importe l’appellation, car cela permet de se protéger des fragilités qui accompagnent le mode de fonctionnement et qui peuvent mener à de grandes souffrances, comme le fait d’attirer des personnes toxiques, par exemple. Depuis quelque temps, je m’intéresse aussi à l’hypersensibilité, car de nombreuses caractéristiques me correspondent. Une conférence de Claire Stride, lors des Apie conf de l’hypersensibilité, qui alliait haut potentiel et hypersensibiilté m’a tout particulièrement interpellée… »



Pour Carine, commencer à s’intéresser à son mode de penser l’a aussi amenée aussi à s’interroger sur toute une série de thématiques connexes. « C’est un peu comme un énorme écheveau sur lequel on tire un fil et puis, ce premier fil en fait apparaître un nouveau, et puis encore un nouveau… Et cela me passionne !

Mais, pour moi, il est important de ne pas rester « seule » et de pouvoir en parler avec un professionnel, qui connaît cet univers, qui peut m’aider à relativiser certains aspects, m’en expliquer d’autres »,


explique Carine. « Lire sur le sujet, c’est aussi intéressant, surtout quand l’auteur livre son témoignage. Pour ma part, j’aime particulièrement le blog et le livre de Mel Poinas, Suivez le zèbre. »

Carine explique qu’elle a également pensé à se faire dépister, mais qu’elle a renoncé. « Tout simplement parce que ce n’est pas l’étiquette qui fait la personne, mais ses mots et ses actes… J’ai envie que la découverte de moi-même me permette de me sentir en phase avec mes valeurs, m’amène à être plus sereine, à avoir confiance dans mes ressentis, « mes feelings », comme je les appelle… Et cela, ça ne peut venir que de moi ! J’apprends à faire des choses pour moi, pour me ressourcer : me promener en forêt, entendre le crissement des feuilles sous mes pieds, sentir l’odeur du bois, j’adore ! J’aime aussi me poser et bricoler des cadeaux personnalisés pour mes filleuls… Ou m’affaler devant une série que j’écoute dans une langue étrangère, pour le plaisir de la mélodie. Et puis, ces derniers temps, toute seule, dans mon bureau, je mets des disques, des 45 tours et je danse et j’ai à nouveau 15 ans.

Et souvent, en tant que prof, je me dis que si mes élèves et mes collègues me voyaient… Ils seraient bien étonnés de découvrir la personne que je suis vraiment, derrière ma façade de prof’ sérieux et exigeant… »


confie Carine. « J’ai parfois l’impression d’avoir une double personnalité : celle que je montre et celle que je suis vraiment… mais que seuls « mes proches de cœur » connaissent. Et, aujourd’hui, cela me convient! »

Crédits photo: Getty Images




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