Gen F

En rejoignant la communauté, vous recevez un accès exclusif à tous nos articles, pourrez partager votre témoignage et…
© Getty

Et si au final, le pervers narcissique, c’était moi?

Manon de Meersman

Nous sommes nombreux·ses à avoir déjà rencontré au cours de notre vie un·e pervers·e narcissique, ces personnes capables de nous emprisonner dans leurs griffes, jusqu’à prendre le contrôle de notre vie et nous enfermer dans une relation toxique, voire complètement destructrice. Mais si cette personne, manquant cruellement d’empathie et misant sur la manipulation, c’était nous?


Selon Isabelle Nazare-Aga, auteure de « Les Manipulateurs sont parmi nous », les pervers·e·s narcissiques représentent 2 à 3% de la population. Ils·elles ont beau représenter un faible pourcentage, ils·elles ont malgré tout le don de causer énormément de tort à leurs victimes. Rencontrer l’un·e d’eux·elles, c’est plonger dans une expérience destructrice, qui retourne valeurs et confiance en soi. Sadisme, culpabilité, mensonge, dévalorisation, besoin de plaire… Ces personnes pourtant si séduisantes de prime abord, vous rongent de l’intérieur, mentalement et physiquement. Si elles sont au premier regard sympathiques, attentionnées, rigolotes, une fois qu’on les approche et qu’on se laisse tomber dans leurs filets, c’est la spirale infernale qui commence.

Mais avez-vous déjà retourné la situation dans l’autre sens? Et si la personne qui manipulait, qui aimait séduire, qui se plaçait en position de victime, qui éprouvait de la jalousie, qui suscitait le malaise, qui influençait l’autre… C’était vous? Un·e pervers·e narcissique est-il·elle capable de se reconnaître en tant que tel·le? Parvient-il·elle à se retrouver dans ces traits négatifs, détachés de tout affect? Nous avons demandé à Christine Calonne, psychologue et psychothérapeute, de nous éclairer sur cet angle, à la fois intrigant et inconfortable.

Les pervers·e·s narcissiques, un trouble de la personnalité?


Le sujet des pervers narcissiques, Christine Calonne connaît. Dans son ouvrage « Les pervers narcissiques ; récits et témoignages », elle part de sa pratique clinique pour livrer des témoignages de ses patients, victimes et pervers narcissiques. Elle y décrit la perversion narcissique selon un modèle bio-psycho-social. Elle y démontre la transmission transgénérationnelle de la perversion narcissique, sous forme d’un trouble de la personnalité qui prend naissance dans un climat familial de type sectaire. « L’emprise s’y manifeste par l’interdit d’autonomie, la réduction de l’autre à l’état d’objet, des techniques de persuasion coercitive, un lavage de cerveau, un harcèlement moral au quotidien, des violences permanentes et diffuses ».

C’est dans ce cadre que Christine Calonne nous explique qu’un·e pervers narcissique ne se pose que très rarement la question de savoir s’il·elle possède les traits d’une telle personnalité. « Cette question, un pervers narcissique ne se la pose que s’il perd tout pouvoir sur l’autre, explique-t-elle. Il est rare qu’il en arrive là, mais cela peut arriver, notamment si sa proie a fui et ne fait pas marche arrière. Dans ce cas, le pervers narcissique peut être déstabilisé, se remettre en question et demander de l’aide. Il peut alors s’interroger. »

Quelles questions se poser?


Christine Calonne nous énumère une série de questions qu’il fait bon de se poser pour comprendre si nous pouvons nous attribuer les traits d’un·e pervers·e narcissique. Dans ce cadre, nous vous invitons à prendre le temps de lire attentivement les lignes suivantes et à y consacrer une attention particulière, en abordant chaque mot avec soin.

« Est-ce que j’attribue l’entière responsabilité des problèmes à l’autre ? Aurais-je l’habitude de vouloir avoir raison ? Est-ce que j’ai l’habitude de faire souffrir pour ne pas sentir ma souffrance, mes conflits intérieurs, mes émotions et mes besoins profonds?, questionne-t-elle.

Est-ce que je change de sujet pour ne pas me remettre en question ? Suis-je dans la recherche de toute-puissance, animé·e par la revendication de la force, de la dureté et de l’invulnérabilité ? Est-ce que mon questionnement se limite à la façon dont je vais arriver à séduire, manipuler, envahir, dominer, exploiter et détruire ma proie ? Est-ce que je passe ma vie à calculer des stratégies de prédation, d’endoctrinement ? »,


poursuit-elle. Christine Calonne nous pousse ensuite dans nos retranchements en nous demandant également si nous instrumentalisons l’autre pour arriver à nos fins et ce, sans empathie, ni culpabilité, ni remords. Si nous sommes prêts à détruire ceux qui nous résistent ou qui nous font de l’ombre? « Suis-je capable de harceler moralement ma cible par une atteinte répétée à son estime de soi ? Suis-je habitué·e à exercer de la violence psychologique, comme le dénigrement, la culpabilisation, l’humiliation, la critique non constructive, la moquerie, le cynisme, le chantage, la menace, l’isolement de l’autre ? ».

Flirter entre la séduction et la manipulation


Christine Calonne attire également notre attention sur le côté séducteur du·de la pervers·e narcissique en centrant également une série de questions à ce propos. « Est-ce que je me considère persuasif, séducteur et charmeur ? Puis-je flatter et afficher mes attributs de pouvoir pour intimider et dominer ? Suis-je habile à souffler le chaud et le froid, à exercer un double jeu, à faire usage de messages paradoxaux, de mensonges répétés ? ».

Est-ce que j’éprouve de l’envie pour les qualités humaines de ma proie ? Suis-je obsédé par le paraître ?Suis-je égocentrique ? Suis-je doué·e pour présenter une image parfaite en public, destructrice en privé. Est-ce que j’excelle dans la victimisation pour inverser les rôles et prendre des témoins à charge contre ma proie ? »


poursuit-elle. Christine Calonne nous invite également à regarder de plus près notre gestion de la communication et notre sens l’empathie. « Suis-je incapable de dialoguer et habitué à créer le conflit, les rapports de force ? Suis-je dans un contrôle permanent de moi et des autres ? Suis-je incapable de m’excuser ? Ai-je une jouissance à voir l’autre souffrir et une incapacité à supporter son bien-être ? Suis-je capable de percevoir jusqu’où je peux aller pour préserver l’emprise sur ma proie ? ».

Et si je ne suis pas un·e pervers·e narcissique, suis-je une personne toxique malgré tout?


« Si je ne réponds pas positivement à ces questions, suis-je une personne toxique ou non ? », nous demande alors Christine Calonne, tout en enchaînant sur une nouvelle fournée de questions, chacune plus interpellante que l’autre. « Suis-je habituellement critique, négatif·ve ? Ou bien, suis-je habitué·e à me plaindre sans rechercher d’aide véritable ? Ai-je un comportement habituellement agressif, cynique, méprisant pour dominer et humilier ?

Est-ce que j’exerce de la violence psychologique de façon répétée ? Ai-je du mal à me remettre en question ? Suis-je égocentrique et sans empathie ? Suis-je doué·e pour manipuler ? Suis-je incapable de dialoguer ? »,


interroge-t-elle. Enfin, Christine Calonne nous donne 5 dernières questions axées sur notre besoin d’attention et notre véritable soi intérieur. « Ai-je continuellement le désir d’accaparer l’attention, d’être admiré·e ? Est-ce que j’évite mes sentiments, mes émotions et mes conflits intérieurs ? Suis-je impulsif·ve ? Dans ce cas, suis-je capable de m’excuser ? », conclut-elle.

Un·e pervers·e narcissique peut-il changer?


Selon Christine Calonne, un·e pervers·e narcissique ne peut malheureusement pas changer, pour la simple et bonne raison qu’il·elle ne se remet jamais en question. « De ce fait, il ne peut y avoir de changement possible. Un véritable manipulateur va sans cesse rejeter la faute sur les autres. Même avec beaucoup d’amour, rien n’y fait, s’il ne veut pas changer, il ne changera pas. Cependant, certains comportements du pervers narcissique peuvent être « recadrés ». S’il est en manque de proies, il se retrouve seul face à lui-même, dans ce cas, il va avoir accès à sa souffrance, avoir conscience de son véritable mal-être intérieur, de qui il est réellement et s’effondrer. Là, il y a moyen de l’aider, s’il fait la démarche d’aller voir un psychothérapeute. En revanche, l’entourage ne doit pas penser qu’il peut faire quelque chose, ce n’est pas possible », confiait-elle à nos collègues du magazine Psychologies. « Pour qu’une personne change, il faut pouvoir remplir plusieurs conditions : la première c’est qu’elle soit consciente du problème. La deuxième est qu’elle ait envie ou ressente le besoin de changer. La troisième est qu’elle concrétise ces changements. »

Si certaines réponses aux questions énumérées dans cet article vous interpellent sur votre propre personne, n’hésitez pas à en parler autour de vous et à consulter un·e psychothérapeute. 

 

Lire aussi: 

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Nos Partenaires