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L’autosabotage, cet ennemi venu de l’intérieur qu’on vainc en se reprogrammant

Kathleen Wuyard


Vous tombez toujours sur le même type de personnes néfastes, vous avez tendance à répéter des situations désagréables... Et si, plutôt que de la malchance, il s’agissait d’autosabotage? Ce processus mental inconscient et insidieux peut parfois faire de vous votre pire ennemi.e, mais heureusement, il est possible de s’en défaire.


Emma, 30 ans, a beau être sexologue, cela ne veut pas dire que ses propres problèmes de coeur sont plus faciles à gérer. Surtout avec le poids de l’autosabotage, qui pèse lourd sur ses relations, et dont elle aura pris conscience après deux ans de relation avec celui qu’elle considère comme « le bon ».

Alors que nous traversions une petite crise, qui a priori n’avait rien de dramatique, j’ai décidé de rompre pour des raisons qui n’en sont pas vraiment. C’est ma maman qui m’a mis la puce à l’oreille en me disant qu’à chaque fois que je commençais à être heureuse, je remettais tout en question, au point de tout foutre en l’air ».


Par le biais de comportements que la jeune femme qualifie elle-même d’insensés, par exemple « provoquer des disputes, flirter avec d’autres mecs sans jamais aller trop loin, trouver un point sensible et s’y accrocher de toutes mes forces comme raison évidente de rupture. Dans mes relations précédentes, il a été jusqu’à l’infidélité prolongée. Mais je trouvais ça moins grave, parce que je savais que si on me rejetait, si on rompait avec moi, je me relèverais sans problème ». Mais ça, c’était avant.



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Quand l’autosabotage rend folle


« Cette fois, je pense avoir trouvé « ma personne » et le gâchis serait beaucoup trop grand » raconte encore Emma, qui se désole de ce que ‘le sabotage est insidieux, inconscient, et peut carrément donner l’impression de devenir folle ». Logique, quand l’ennemi contre lequel on lutte vient de l’intérieur, et opère parfois de manière si discrète qu’on ne comprend pas ce qui est en train de se passer. Ainsi que l’explique Marilyn Merlo, psychologue liégeoise spécialisée en psychologie féminine, l’autosabotage consiste à programmer son échec soi-même, « inconsciemment, parce que si c’était un processus conscient, personne ne le ferait. Tout se passe au niveau du subconscient et naît des croyances limitantes, soit des programmes mentaux, des pensées répétées style « t’es nulle, tu ne vaux rien », et là où c’est pernicieux, c’est qu’une pensée comme ça, plus elle est répétée, plus elle s’ancre dans notre subconscient, et ça devient alors des automatismes ». Mais comment les reconnaître, s’ils sont automatiques, ancrés et inconscients?

Quand il y a récurrence, la répétition d’un comportement dont sait qu’il ne nous rend pas heureux et qu’on répète quand même et donc on subit toujours les mêmes conséquences, par exemple une femme qui dit « je tombe toujours sur le même genre d’hommes et je suis malheureuse ». L’erreur humaine existe bien sûr, et cela peut arriver d’avoir de la malchance ou de n’avoir pas bien réfléchi, mais quand il y a une répétition de situations qui se ressemblent à chaque fois, là il y a de fortes chances pour que ce soit de l’autosabotage, une programmation mentale qui vous conduit à réaliser toujours le même scénario ».


C’est en consultant une psy et en fouillant dans les tréfonds de sa pensée qu’Emma est ainsi parvenue à remonter le fil de ces phrases profondément ancrées en elle, à l’origine de toutes ses tentatives d’autosabotage.  » J’ai tendance à me répéter « Je ne le mérite pas », « Il est trop bien pour moi ». Dans mon couple, il a pris une énorme place parce que pour la première fois, je me suis mise avec une personne avec qui je suis vraiment bien et qui fait des projets sur le très long terme. Ça m’a fait tellement peur inconsciemment que j’aurais pu tout briser en quelques secondes ».

Young woman looking up while hanging from rope amidst blue buildings against white background

Un jour, je voulais tout, l’autre jour, je voulais rompre. Après plusieurs séances, j’en ai enfin compris la cause. En raison d’un père absent et violent, je n’ai jamais connu l’amour sincère d’un homme dans ma petite enfance. J’ai inculqué à mon subconscient que l’amour devait être douloureux, explosif et instable. Du coup, quand un homme gentil qui m’aime sincèrement me montre qu’une autre forme d’amour est possible, je panique et je cherche des portes de sortie » Emma.


Un fonctionnement logique, certes, mais pas inéluctable. « D’abord il faut en avoir marre » commence Marilyn Merlo. « Tant que la personne n’en a pas marre des récurrences, le changement est impossible, et il faut parfois beaucoup de temps à en arriver là parce que certaines personnes vont peut-être avoir un bénéfice caché à rester dans cette situation de souffrance. Après la prise de conscience, il faut prendre le temps de décortiquer toutes les programmations, le fait historique de la personne de sa conception jusqu’à aujourd’hui, on revient sur son modèle éducatif, les personnes de son entourage... et on fait le diagnostic des croyances/modèles/programmations construites ». Pour Emma, cela a impliqué de réaliser que face à l’inconnu, soit un amour sain et serein dans son cas, elle sortait de sa zone de confort. « Ça paraît idiot mais le sabotage peut être perfide. Il m’a provoqué des angoisses et des douleurs dans le ventre quasiment H24. Aujourd’hui, chaque jour est un combat pour lâcher prise, me laisser aimer et vivre sereinement cet amour que je mérite ». Et de partager cette phrase qu’elle se répète chaque jour comme un mantra: « ça me fait peur mais je le mérite ». Et vous aussi.



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