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D’où vient la jalousie en amour et comment parvenir à travailler dessus?

Manon de Meersman


La jalousie est un sentiment désagréable à bien des égards. Il s’agit d’une émotion incontrôlable sur laquelle il est bien difficile de porter un regard objectif lorsqu’elle s’empare de notre être. Mais d’où vient-elle? Comment expliquer que chacun d’entre nous ne la côtoie pas quotidiennement? Comment travailler dessus? Kathleen Lambert, psychologue spécialisée dans les relations affectives et sexuelles, nous éclaire sur le sujet grâce à ses connaissances dans le domaine.


La jalousie se définit comme un mélange de peur, de colère et de tristesse à l’idée qu’un·e rival·e nous enlève ce que l’on ne veut pas perdre. « On la confond souvent avec l’envie, qui concerne plutôt le ressentiment éprouvé envers une personne qui possède ce que l’on voudrait avoir, nuance Kathleen Lambert. Vous pouvez ressentir de la jalousie envers une sœur brillante lorsque vous redoutez que sa réussite éclipse l’amour et l’admiration de vos parents, et vous pouvez aussi l’envier pour ses facilités ou ses facultés intellectuelles. Vous pouvez ressentir de la jalousie envers la nouvelle stagiaire de bureau de votre compagnon, même si vous ne trouvez rien à lui envier. Tout comme vous pouvez envier la carrière d’un concurrent sans ressentir aucune jalousie. » La jalousie nous concerne toutes et tous à un moment donné dans notre vie, parfois le temps d’une période, parfois plus longtemps. Il s’agit d’un sentiment inné et universel.

D’où vient la jalousie?


« Dans sa théorie de l’évolution, Darwin explique que la Nature sélectionne les individus qui s’adaptent le mieux à l’environnement dans lequel ils vivent, ceux qui développent notamment les meilleures capacités à survivre, à se reproduire et à protéger leur descendance, explique Kathleen Lambert. Ces aptitudes leur permettent d’inscrire et de répandre leur patrimoine génétique bien plus massivement que leur congénères. Par exemple, dans cette perspective évolutionniste, le cerveau des hommes et des femmes aurait été câblé pour réagir à des formes d’infidélité différentes. À l’âge des cavernes, une femme disposait d’un gros avantage compétitif lorsqu’elle plaçait la fidélité affective de son partenaire au centre de ses préoccupations. Car madame Cro-Magnon avait besoin que son cher et tendre se tienne exclusivement à ses côtés, pendant de longues années, pour l’aider à nourrir et à protéger sa progéniture. Monsieur Cro-Magnon, quant à lui, trouvait un intérêt évolutif tout particulier à se concentrer sur la fidélité sexuelle de sa partenaire. Car son exclusivité sexuelle était le seul moyen de garantir que la famille à laquelle il se vouait corps et âme portait bien ses propres gènes. Bref, nous sommes les dignes descendants de ceux qui ont été les plus vigilants et les plus enclins à se défendre contre l’infidélité, sur des centaines de milliers de générations.

La jalousie fait partie d’un héritage de caractéristiques adaptatives qui s’est généralisé à toute l’espèce humaine »,


poursuit Kathleen Lambert. Cependant, l’expression de notre jalousie est loin d’être la simple résultante de nos prédispositions biologiques. « Notre fonctionnement est beaucoup plus complexe que cela, explique-t-elle. Pour comprendre ce qui éveille et intensifie la jalousie en tout un chacun, nous devons également prendre en compte l’incroyable plasticité de notre circuit cérébral. Des facteurs développementaux et sociocognitifs interviennent ainsi depuis notre naissance pour produire d’énormes différences interindividuelles. Autrement dit, notre culture, nos modèles éducatifs, notre personnalité et nos expériences personnelles influencent notre manière de vivre la jalousie de manière ultra déterminante. La perception d’un tiers comme un rival menaçant, qu’il le soit réellement ou non, n’est finalement qu’une construction de notre cerveau basée sur les empreintes de notre passé et notre manière de les appréhender. Cette interprétation évolue tout au long de notre vie en introduisant de la nuance dans notre rapport à la jalousie.

Quelles idées, quels messages, quelles convictions entretenez-vous au sujet de la fidélité ? Dans quelles expériences votre représentation des choses a-t-elle pris ses racines ? Quel est le récit que vous répétez sur votre vie, sur votre partenaire, sur les relations en général ? Votre jalousie est indissociable des histoires que vous vous racontez. »




Kathleen Lambert illustre cette notion d’histoires à travers sa patiente Lucie*. Cette dernière lui a raconté les aveux de son compagnon au lendemain d’une fête entre amis apparemment trop arrosée. Ce matin-là, il lui avait expliqué, la gorge serrée et la voix à peine audible, qu’il avait échangé un baiser avec une inconnue rencontrée pendant la soirée. Un éclair de lucidité s’est emparé de lui à la seconde qui a suivi ce dérapage. Il a quitté les lieux ses jambes à son cou, il est rentré au domicile conjugal et il a passé la nuit à ruminer cette erreur. Il attendait le réveil de Lucie, comme un condamné dans le couloir de la mort, en se demandant comment elle pourrait un jour lui pardonner l’impardonnable. « Lucie me confiait qu’elle avait trouvé cette scène plutôt mignonne, explique Kathleen Lambert en citant les propos de sa patiente: ‘Il était inconsolable. Certes, imaginer cette proximité physique avec une autre fille n’est jamais une projection agréable, mais je sais qu’il est fou amoureux de moi. Sa réaction de fuite et ses aveux sincères me le confirment. J’aurais peut-être même préféré ne pas être mise au courant, pour éviter la survenue d’un tas de scénarios d’adultères dans mon esprit. On pourrait me trouver naïve, mais je lui fais confiance. Je ne vois pas pourquoi en faire tout un plat… Nous aimons tous plaire, nous sommes tous soumis à des tentations. Dans l’absolu, un bisou sur la bouche reste assez anodin à mes yeux. Il a tourné les talons juste à temps.’

« À sa place, auriez-vous condamné votre partenaire plus sévèrement? questionne Kathleen Lambert. En déduisez-vous que Lucie est une femme insensible aux menaces d’infidélité ? C’est mal la connaître. Lucie explique que, paradoxalement, elle devenue verte de jalousie le soir de son anniversaire surprise. Elle avait éprouvé une grande détresse en apprenant que son compagnon et sa meilleure amie avaient œuvré ensemble en secret pendant plusieurs semaines pour organiser cette soirée. Elle se sentait trahie à un point tel qu’elle n’a jamais pu se résoudre à profiter de la fête. Par la suite, cet épisode avait même hanté ses nuits à plusieurs reprises.

Sans doute voyait-elle leur complicité d’un très mauvais œil parce qu’il donnait un écho particulier à l’explosion du mariage de ses parents. Son père est parti lorsqu’elle avait 7 ans pour reconstruire sa vie avec sa maitresse qui n’était autre que … la meilleure amie de sa maman. Elle n’a jamais revu son père après son départ. »

La jalousie, un sentiment empreint d’inconfort


Pour Kathleen Lambert, la jalousie révèle avant tout un manque de confiance en soi et/ou un manque de confiance en l’autre. « Lorsque nous laissons nos pulsions prendre le dessus, nous obtiendrons probablement un résultat à l’opposé de ce que nous espérons pour notre relation. En effet, la jalousie se vit dans l’angoisse et dans le contrôle, précise-t-elle. Fort heureusement, la jalousie ne se traduit pas toujours de manière malsaine. Tout dépend de notre manière d’y réagir.

Demandez-vous : que signifie ma jalousie ? Quelle autre réaction serait plus susceptible de nourrir des sentiments positifs et amoureux à mon égard ? Quelle autre stratégie serait plus efficace pour vivre l’amour et/ou l’amitié sans étouffer l’autre ? Quelle autre posture pourrait m’offrir une meilleure estime et confiance en moi ? »,


questionne-t-elle. « En thérapie, Maxime* évoquait la manière dont il avait réussi à s’extirper d’une pente glissante à l’occasion d’une sortie avec Chloé*, illustre Kathleen Lambert. Lors d’une balade estivale en centre-ville, les tourtereaux avaient repéré une table libre en terrasse. Maxime avait alors proposé à sa chérie de s’y installer, le temps qu’il s’occupe de retirer de l’argent. Il ne fallut pas attendre très longtemps pour que le serveur approche et se mette à taquiner Chloé. Il engageait la conversation avec elle, il la faisait rire. Au loin, Maxime guettait nerveusement cette altercation. ‘Je sentais mon cœur s’affoler. Mes mains tremblaient. J’avais l’impression qu’ils flirtaient, juste sous mes yeux.‘ A priori, la seule envie lui venait à l’esprit était de bondir sur la table en poussant des cris, et de s’enfuir avec Chloé en sac à patate sur son épaule. La situation était mal engagée … Mais il est parvenu à envisager les choses autrement. ‘Je pouvais plonger dans une humeur infecte et rejoindre Chloé en lui adressant une longue liste de reproches, ou je pouvais me ressaisir et revenir vers eux la tête haute. Je me sens fier de tenir à mon bras cette fille sublime qui attise la convoitise. Si elle m’accompagne, c’est parce qu’elle se sent bien avec moi. J’ai choisi de saluer ce garçon avec élégance, et de profiter de cet instant en amoureux comme nous l’avions prévu. En réalité, j’avais toute son attention. Nous avons passé une super journée.’

Vous pouvez toujours dompter votre esprit pour l’entrainer dans une trajectoire qui vous grandit. À vous de choisir, vous avez les cartes en main. »


Comment travailler sur la jalousie?


Pour Kathleen Lambert, la jalousie atteint généralement son paroxysme lorsque la relation est instable ou sans amour. « Typiquement, nous y sommes plus sensibles lorsqu’un des partenaires a entretenu une liaison extra- conjugale. Ou encore, nous sommes plus susceptibles de la ressentir au début d’une relation, lors de la naissance délicate et incertaine des sentiments amoureux.

On cultive une relation de couple comme on cultive un jardin, explique-t-elle. Si nous prenons soin de cet espace régulièrement, nous nous y sentons bien. Si nous laissons cet espace se détériorer, l’ambiance finit par devenir menaçante et difficile à supporter.

Le meilleur bouclier contre la jalousie sévère est donc d’entretenir la qualité de notre relation.
La jalousie a moins de chance de devenir nocive pour votre couple quand la communication est ouverte et sincère, quand on se rend disponible l’un pour l’autre, quand on fait en sorte que l’autre se sente spécial·e et apprécié·e, et quand on respecte nos besoins respectifs »,


poursuit-elle. Une thérapie de couple peut vous offrir les outils nécessaires pour travailler dans ce sens. » En consultation, lorsque Kathleen Lambert travaille sur le sentiment de jalousie avec patient·e·s, pour y aller étape par étape, elle propose son acronyme TIME: Temps mort – Introspection – Mise au point- Elévation.

Temps mort


« Marquer une pause face à une émotion vive est un excellent moyen de reprendre les rênes de votre comportement et d’éviter les réactions regrettables. Avant tout, respirez profondément. Créez un espace de conscience de ce qu’il se passe en vous et autour de vous », conseille Kathleen Lambert.

Introspection


« Analysez la situation plus en profondeur. Identifiez l’origine de votre malaise. Est-il lié directement aux faits ? Ou plutôt au scénario obscur que vous alimentez en interne ? Quelles sont les pensées qui vous parasitent ? Vous sentez-vous humilié·e ? Vous sentez-vous rejeté·e ? Etes-vous inquiet·e de ne pas être à la hauteur ? Quelle projection vous fait souffrir ? Dans quel récit vous trouvez-vous profondément enraciné·e? », questionne Kathleen Lambert.

Vous pouvez éventuellement travailler avec un psychologue à identifier l’histoire que vous vous racontez et à remodeler votre récit personnel pour vous libérer de son emprise douloureuse. « 

Mise au point


« Réglez son compte à l’illusion de contrôle. Faites le choix de la sérénité. Par quel moyen pourriez-vous réellement obtenir la certitude que les limites de l’infidélité ne seront jamais franchies ? Attendez-vous la garantie de ne jamais boire la tasse avant de consentir à vous jeter à l’eau ? La méfiance et la surveillance vous préservent-elles vraiment du risque d’être trompé·e ? Préférez-vous vivre dans la confiance ou dans le tourment ? La confiance n’est-elle pas une preuve de votre force d’esprit ? Pour citer Rachel Botsman, dans sa conférence TED, ‘la confiance est une relation pleine d’assurance avec l’inconnu‘. Lorsqu’on accepte de ne pas pouvoir tout contrôler, on est enfin en mesure de nous affranchir de la jalousie. La confiance repose, par définition, sur l’imprévisible et l’incontrôlable. Elle est un choix dont les clés se trouvent en vous. »

Élévation


« Si vous le voulez, il est possible de transformer votre jalousie en une merveilleuse opportunité, tant pour vous-même que pour votre relation, nous souffle Kathleen Lambert. Elle permet par exemple de :
– Mieux vous connaitre: la jalousie et l’envie n’ont rien à voir avec la personne qui les incarne ; elles parlent de vous, de ce à quoi vous aspirez, de ce qui vous tient à cœur. Au lieu de vous focaliser sur ce qui vous manque pour atteindre vos objectifs, concentrez-vous sur tous vos atouts. Prenez un stylo et une feuille de papier. Dressez une liste de ce qui vous plait en vous, ce dont vous êtes fi·er·ère, ce qui vous rend unique, ce que vous avez à mettre sur la table. Raccordez-vous à votre valeur. S’il/elle partage sa vie avec vous, c’est qu’il/elle vous adore. Ne lui enlevez pas ce plaisir, restez proche de ce qui brille en vous.
– Pimenter votre intimité: il faut bien admettre qu’une petite dose de danger est un carburant érotique puissant. Les chercheurs scientifiques démontrent d’ailleurs que plus on éprouve de sentiments de jalousie envers les amis ou les collègues de notre partenaire, plus on initie les galipettes sous la couette. Pourquoi devriez-vous laisser passer cette tension que vous sentez monter en vous ? Cette énergie s’avère plutôt positive lorsque vous vous en servez pour batifoler ensemble. Amusez-vous…  »

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