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© Getty

J’ai réalisé un test de personnalité et j’ai flippé en découvrant certaines vérités

Manon de Meersman


Lors d’un apéro ensoleillé avec des amis cette semaine, deux d’entre eux ont évoqué s’être prêtés au jeu du test de personnalité 16Personalities, aka une version simplifiée du test MBTI. Késako? Un test si précis qu’il vous offre une description concrète de votre personne sur tous les plans. « Faites-le et après on compare! », balance l’une de mes amies. C’est désormais chose faite et je n’aurais jamais pensé qu’un tel test puisse susciter autant d’interrogations dans ma tête.



Lorsque vous tapez « test de personnalité » dans votre barre de recherche, le test de 16Personalities est le premier résultat à apparaître; un test basé sur le MBTI. Lorsqu’on clique sur le lien, la proposition semble plutôt alléchante: « Obtenez une description concrète et exacte de qui vous êtes et de la raison pour laquelle vous faites les choses de la façon dont vous les faites ». Voilà qui est intéressant... Sais-je vraiment qui je suis? Le test dure 12 minutes. Je suis dans les transports, j’ai justement du temps à tuer avant d’arriver à destination. Allez, c’est parti. Les questions embrassent un large panel de sphères quotidiennes: la bulle sociale, relationnelle, personnelle, émotionnelle, professionnelle... Tout y passe. À la fin du test, les résultats sont clairs: je suis dans la catégorie des Diplomates et je suis Protagoniste.

Tout ce que vous faites à l’instant présent produit des ondulations externes et touche tout le monde. Votre attitude peut faire briller votre coeur ou transmettre de l’anxiété. Votre respiration peut envoyer de l’amour ou embourber la pièce de dépression. Votre regard peut éveiller de la joie. Vos paroles peuvent inspirer la liberté. Chacun de vos actes peut ouvrir le coeur et l’esprit. »

Un test basé sur les « types psychologiques »


Le test MBTI – Myers Briggs Type Indicator – a vu le jour en 1943 avec Katharine Cook Briggs, théoricienne en psychologie, et sa fille, Isabel Briggs Myers, romancière et psychologue américaine. Pour réaliser ce questionnaire psychologique, elles se basent sur les travaux de Carl Jung, ce psychiatre des années 1920 classant les individus en fonction de « types psychologiques ». Grâce à sa série de questions, le MBTI explore 4 dimensions de votre personnalité:

  • L’orientation de l’énergie avec l’extraversion (E) et l’introversion (I)
  • Le recueil d’informations avec la sensation (S) et l’intuition (N)
  • La prise de décision avec la pensée (T) et le sentiment (F)
  • Le mode d’action avec le jugement (J) et la perception (P)


Le test MBTI offre 16 combinaisons possibles depuis ces dimensions, chaque combinaison offrant une explication concise sur qui vous êtes. Seul détail quelque peu utile: le MBTI est possédé aujourd’hui par la Consulting Psychologistes Press, Inc., ce qui fait que son accès n’est pas libre et que si l’on souhaite s’y soumettre dans son entièreté, il faut y aller de sa poche... Et c’est là qu’intervient le test 16Personnalities qui nous offre une approche semblable à celle du MBTI. En effet, il nous offre 4 dimensions dans laquelle on retrouve 4 types de personnalités pour chaque, ce qui donne:

  • Les analystes comprenant l’architecte, le logicien, le commandant et l’innovateur;
  • Les diplomates comprenant l’avocat, le médiateur, le protagoniste et l’inspirateur;
  • Les sentinelles comprenant le logisticien, le défenseur, le directeur et le consul;
  • Les explorateurs comprenant le virtuose, l’aventurier, l’entrepreneur et l’amuseur.


Autant dire que le panel est large et que les chances de s’y retrouver semblent assez grandes, donc.

Un questionnement sur la personne que je suis aujourd’hui


Lorsque je me mets à lire la description de mon profil, je me retrouve dans énormément de points. Et ça me fait flipper. Jusque-là, la seule chose à laquelle j’accordais du crédit pour justifier mes actes, c’était mon signe astro. Je suis cancer, ascendant balance, soit de nature douce, rigolote et sociale, avec une touche rêveuse et romantique. Autant dire que cette description me suffisait amplement pour justifier mon empathie extrême et ses conséquences – positives comme négatives, précisons-le. Le 16Personnalities m’explique que « les gens sont attirés par les fortes personnalités et les Protagonistes dégagent authenticité, préoccupation et altruisme. Ils n’ont pas peur de se lever et de prendre la parole quand ils sentent qu’il y a une chose qu’il faut dire. Ils trouvent naturel et facile de communiquer avec les autres, surtout directement, et leur intuition aide les gens de personnalité ‘Protagoniste’ à toucher tous les esprits, que ce soit par l’intermédiaire des faits et de la logique ou de l’émotion pure ». Je suis perplexe. Je continue ma lecture.



Et là, frissons. « Ils ont une énorme capacité de réflexion et d’analyse de leurs propres sentiments, mais s’ils s’impliquent trop dans la situation critique d’une autre personne, ils peuvent souffrir d’une sorte d’hypocondrie émotionnelle, voir les problèmes des autres chez eux-mêmes, essayer de réparer chez eux-mêmes une chose qui fonctionne bien ». Je m’y reconnais. À 1000%. Plus la lecture avance, plus je mets des mots sur la personne que je suis. Pourquoi ça me choque? Car je n’avais jamais décrit moi-même la façon dont je pouvais réagir face à des situations du genre que je vivais. Bien sûr, je me pose des questions, je réfléchis, je remets en question, j’analyse et je me lance parfois dans des introspections de grande envergure, mais la lecture de mon profil me passionne. Jusqu’à ce que je me rends alors compte que cela va faire 25 ans que je vis avec moi-même et qu’en fait, j’en oublie parfois de m’analyser au fil de mes évolutions. Comme si je savais naturellement qui j’étais au fil de mes expériences d’année en année... Alors que dans le fond, non. Suite à ce test, je me suis alors posée mille questions: qui suis-je? Qu’est-ce qui prédomine dans ma personne? Ne me suis-je jamais posée ces questions auparavant? – spoil: bien sûre que si! Mais aussi et surtout, une interrogation est venue se poser par-dessus les autres en repensant à ces vérités criantes soulevées par le questionnaire:

Est-ce vraiment nécessaire de savoir qui on est? »


Le sociologue François de Singly s’est également posé cette question, celle de savoir s’il était nécessaire de « se trouver ». Selon lui, cette expression renvoie à une conception sous-entendant que l’individu n’a qu’à chercher au fond de lui pour y trouver la réponse. « Une conception qui a largement dominé dans notre culture occidentale », précise-t-il au magazine Psychologies. « Or, à côté, il en existe une autre, qui consiste à voir l’individu comme un être en devenir constant. Sans ‘moi caché’, il se réinvente au fil de ses expériences », explique-t-il. Notre personne évolue. Qui sait, dans 10 ans, ce test m’attribuera une autre personnalité. Si je me retrouve dans la personnalité du Protagoniste, c’est certainement parce qu’il s’agit de qui je suis aujourd’hui. Pas de qui j’étais il y a 5 ans, ou de qui je serai dans 10. C’est ce que le sociologue appelle la « logique du chemin », où « l’individu contemporain ne veut plus se ‘trouver’ une fois pour toutes, mais se chercher en faisant route », précise François de Singly.

Un test utile, mais à prendre avec des pincettes?


En découvrant ce test il y a quatre ans, Camille s’est également retrouvée face à des questionnements et des prises de conscience. « Lorsqu’une amie m’a envoyé le site, j’ai passé le test et je me suis mise à lire la description de ma personnalité, ENTP, soit l’innovateur, explique-t-elle. Et là j’ai appris plein de trucs, alors que pourtant, je n’accorde d’habitude que très peu de crédit à ce genre de questionnaires. Je me suis retrouvée dans plein de choses, dont des aspects sur moi-même que je n’avais jamais conscientisés: certaines de mes façons de réagir étaient en fait liées à un certain type de personnalité que j’avais ». Depuis ce moment-là, Camille s’amuse à faire passer le test à toutes ses nouvelles connaissances. « Ce test permet de comprendre des éléments que tu n’as pas compris sur certaines personnes de ton entourage. Tu apprends pourquoi telle ou telle personne agit de telle ou telle manière », explique Camille. « Par exemple, je l’ai fait faire à ma mère et son type de personnalité présentait le besoin d’aider les autres en permanence; justement un point sur lequel j’étais déjà entrée en conflit avec elle auparavant. Je ne m’étais jamais rendue compte que quand je refusais son aide, ça pouvait être blessant pour elle. Cela permet de relativiser et de ne pas prendre mal la réaction de son entourage lorsqu’il dit ou fait quelque chose. On fonctionne différemment et le test le confirme en nous en faisant prendre conscience. »

C’est un test intéressant à faire faire lorsqu’on est dans un travail de groupe, par exemple. Il permet de cibler les points forts et points faibles de chacun et de s’organiser en fonction dans la répartition des tâches »


précise Camille, qui nuance tout de même malgré tout ses propos: « Il faut tout de même préciser que le test du MBTI est un test qui doit normalement être réalisé par des psychologues et que ce test en ligne 16Personalities n’est pas suffisant pour expliquer concrètement en quoi un type de personnalité colle mieux à une personne qu’à une autre ».



Récemment, dans un article de Vox, ce test du MBTI a d’ailleurs été décrié par Joseph Stromberg, pour qui le questionnaire est « totalement dénué de sens ». « Le test a été développé dans les années 1940 sur la base des théories totalement non testées de Carl Jung et est maintenant complètement ignoré par la communauté des psychologues. Même Jung a averti que ses ‘types’ de personnalité n’étaient que des tendances grossières qu’il avait observées, plutôt que des classifications strictes, explique le journaliste scientifique.

Plusieurs analyses ont montré que le test est totalement inefficace pour prédire la réussite des gens dans différents emplois, et qu’environ la moitié des personnes qui le passent deux fois obtiennent des résultats différents à chaque fois. »


L’article met en lumière le fait que le test se base sur une binarité des dimensions. « Le test est entièrement construit sur la base que les gens sont tous l’un ou l’autre. Il arrive à la conclusion en posant aux gens des questions telles que « Vous avez tendance à sympathiser avec les autres » et en leur offrant seulement deux réponses directes : ‘oui’ ou ‘non », explique Joseph Stromberg. L’auteur conclut d’ailleurs son article en expliquant que les résultats présentés sont vagues, de telle sorte qu’ils permettent à chacun de s’y retrouver.

Malgré cette analyse pointue et détaillée qui démonte ce test, ce que je retiens, c’est que non, en effet, ce questionnaire ne m’a pas définie. Nuance: il m’a permis de réfléchir à qui je suis, à mon rapport aux autres, à comment j’aborde mes relations amoureuses et mon travail dans le secteur professionnel. Et ce peu importe qu’il soit véridique ou non, il m’a permis de mettre des mots sur la personne que je suis aujourd’hui en me donnant des clés. Il m’a permis aussi de comprendre, en échangeant nos résultats avec mes amis, pourquoi certains agissent d’une telle ou telle manière. Bien entendu, ce n’est pas un test de personnalité qui va nous dire qui nous sommes, mais il peut y participer et nous ouvrir la porte à des réflexions inattendues sur qui nous sommes.

Crédits photo: J_art via Getty Images


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