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Les produits défrisants provoqueraient un risque accru de cancer de l’utérus ? Voici l’avis d’une experte

Ana Michelot
Ana Michelot Journaliste

Une récente étude menée par des chercheurs américains a révélé que les femmes utilisant des produits pour défriser leurs cheveux auraient un risque plus élevé de développer un cancer de l’utérus. Mais qu’en pensent les professionnels ? Nous avons consulté une experte.

Selon l’étude publiée dans le « Journal of the National Cancer Institute« , une utilisation de produits défrisants pour les cheveux qui dépasserait quatre fois par an, provoquerait un risque accru de développer un cancer de l’utérus. Loin d’être minime, cette augmentation du risque est conséquente comme l’affirme Alexandra White, auteure principale de cette étude : « Nous estimons que 1,64 % des femmes n’ayant jamais utilisé de produit de lissage capillaire auront développé un cancer de l’utérus d’ici leurs 70 ans, mais pour des utilisatrices fréquentes, ce risque augmente à 4,05 %. » La chercheuse met en garde : « La multiplication par deux de ce taux est inquiétante. » Des statistiques obtenues après avoir analysé les données d’environ 33 500 Américaines suivies pendant onze ans, parmi lesquelles 378 ont développé un cancer de l’utérus. Interrogée sur cette étude, Laura Polastro, gynécologue spécialisée en oncologie et cheffe de clinique adjointe à l’Institut Jules Bordet de Bruxelles, explique :

Il y a probablement un lien réel entre ce risque accru que l’on constate et les produits défrisants, car l’étude mentionne le nombre d’utilisations par an et montre que plus on en emploie, plus il y a un risque important. C’est un signal assez fort qu’il y a un lien entre ces deux éléments.

Lire aussi : Des produits de défrisage provoqueraient un risque accru de cancer de l’utérus

D’autres facteurs de risque pourraient aussi entrer en jeu ?

Mais la gynécologue ajoute qu’il est toujours difficile de déterminer si tel ou tel facteur est la cause unique du cancer : « Pour une patiente, dans un cas individuel, c’est très difficile de dire ‘Voilà votre cancer il est dû qu’aux produits défrisants que vous appliquez sur vos cheveux’ parce qu’il y a d’autres facteurs de risques qu’on ne connaît pas et il y a d’autres facteurs de risques qui sont connus comme l’obésité ou le diabète, etc… Donc pour une patiente en particulier, c’est toujours difficile d’établir la cause exacte de son cancer. » Selon l’étude, ce risque accru de cancer lié aux produits défrisants, toucherait en particulier les femmes noires. En effet, environ 60 % des femmes ayant déclaré utiliser des produits de défrisage dans l’année passée s’identifiaient comme noires. Et si d’un point de vue professionnel, on pourrait penser que là encore, plusieurs facteurs de risques entrent en jeu, l’étude a démontré le contraire, comme l’explique Laura Polastro : « Aux Etats-Unis, les statistiques montrent que les personnes noires sont davantage touchées par l’obésité, qui constitue un facteur de risque très important dans le développement des cancers de l’utérus, on pourrait donc penser que les produits défrisants ne sont pas le seul facteur qui accroît le risque de cancer des participantes, pourtant dans l’étude, ils l’ont bien pris en compte. » Elle poursuit :

« C’est-à-dire que si dans le groupe des patientes qui ont utilisé ce produit, il y avait des patientes atteintes d’obésité alors ils ont notifié qu’il y a ce qu’on appelle « un biais » puisque le fait d’être en obésité augmente de façon importante le risque de cancer de l’utérus. Ils ont pris ça en compte, puisqu’ils démontrent dans l’étude que même si on prend des patientes qui ne souffrent pas d’obésité, si elles ont utilisé des défrisants alors le risque est quand même plus important. »

La révélation de ce risque accru chez les personnes utilisant ce genre de produits a eu un retentissement mondial, au point que quelques semaines plus tard, une femme américaine atteinte d’un cancer de l’utérus, Jenny Mitchell, a décidé de porter plainte contre la marque L’Oréal. Elle dit avoir utilisé leur produit défrisant pendant près de 20 ans. L’avocat de cette dernière, Ben Crump a déclaré : « Nous allons sans doute découvrir que le cas tragique de Jenny Mitchell est un parmi tant d’autres pour lesquels des entreprises ont agressivement trompé les femmes noires pour augmenter leurs profits. » Bien que pour le moment, les recherches n’aient pas déterminé quel est le ou les composant·s présents dans ces produits qui seraient responsables de cet accroissement du risque, la gynécologue met en garde : « Je ne recommanderai pas l’utilisation de produits défrisants. »

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