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© Photo taken in Berlin, Germany

Pourquoi l’allaitement est quasi inexistant dans certains pays

Kathleen Wuyard

Bien que les bienfaits de l’allaitement pour mère et enfant ne soient plus à prouver, la pratique reste (très) marginale dans certains pays. Une question de choix personnel, certes, mais pas que, et c’est là que le bât blesse.


C’est une problématique importante sur laquelle Lilia Blaise, correspondante à Tunis pour « Le Monde », attire l’attention dans la vénérable publication. C’est qu’en Tunisie, le taux d’allaitement est parmi les plus bas au monde, avec 13.5% seulement des femmes qui donnent le sein à leurs bébés, et même pas un tiers des nouveaux-nés mis au sein tout de suite après la naissance. Différent pays, différente culture? Il est tentant d’utiliser ce raccourci pour expliquer le phénomène, mais selon les experts, la raison est à trouver ailleurs, du côté du congé maternité. Un congé extrêmement court: dix semaines seulement dans le secteur public et trente petits jours après l’accouchement dans le privé. Interviewée par Lilia Blaise,  Zahra Marrakachi, médecin et présidente de l’association Hanen, explique que le milieu professionnel n’offre pas un environnement adapté à la pratique de l’allaitement. Et il n’y a pas qu’en Tunisie que ça pose problème.

Des congés insuffisants


D’après les chiffres de l’OMS, dans le monde, seuls 40 % des enfants de moins de six mois sont allaités exclusivement au sein, et ce alors même que l’organisation recommande cette pratique. « L’allaitement est le moyen idéal d’apporter aux nourrissons tous les nutriments dont ils ont besoin pour grandir et se développer en bonne santé. Pratiquement toutes les mères peuvent allaiter, si elles ont des informations précises et le soutien de leur famille comme du système de soins. L’allaitement exclusif au sein est recommandé jusqu’à l’âge de six mois. De six mois à deux ans, voire plus, l’allaitement doit être complété par une autre alimentation » préconise l’Organisation Mondiale de la Santé. Et pourtant, dans de nombreux pays, l’allaitement est tout sauf un automatisme, et cela ne se limite pas à l’Afrique: d’après un rapport UNICEF de 2018, en Irlande, seuls 55% des bébés sont allaités, 63% en France, et en Wallonie, seuls 12% des enfants sont allaités exclusivement à 6 mois. La faute aux congés maternités? Aussi, mais pas seulement.

Un manque d’information


D’après le mensuel destiné aux soignants Education Santé, l’explication se trouve aussi dans un manque d’information des futures mamans. « Les gynécologues pensent-ils qu’il n’est pas toujours de leur ressort de promouvoir l’allaitement, considèrent-ils suffisamment l’importance d’entamer la réflexion le plus tôt possible ? Ne pensent-ils pas trop souvent que la discussion pourra avoir lieu au moment même ou peu après la naissance de l’enfant ? » s’interroge la publication, qui rappelle pourtant qu’en Belgique, « les mères se montrent en général très influencées par leur médecin ». Mieux informer, ménager un congé maternité plus respectueux de la pratique de l’allaitement… Et sauver des vies? D’après une étude publiée en 2016 dans la revue scientifique « The Lancet » et basée sur des données recueillies dans 164 pays, généraliser la pratique de l’allaitement sauverait plus de 800.000 enfants chaque année, et réduirait de 20.000 le nombre de décès dus au cancer du sein chez les mères.

Des chiffres qui font réfléchir, mais espérons toutefois qu’ils ne pousseront pas nos législateurs à suivre l’exemple des Emirats Arabes Unis, où l’allaitement est mandaté par la loi et où un père peut poursuivre son épouse en justice si cette dernière refuse de donner le sein à leur bébé. Parce que l’allaitement reste un choix que chacun·e est libre de faire, quand il ne s’impose pas de lui-même.

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