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Pourquoi les élections au Brésil nous concernent toutes

Aerial panorama of Christ and Sugar Loaf Mountain, Rio De Janeiro, Brazil. Vintage colors; Shutterstock ID 421013719; Purchase Order: -

Entre la Belgique et le Brésil, il y a un peu plus de 9 000 kilomètres, donc a priori, on n’est pas trop concernées par leur vie politique, si? Faux. Si Jair Bolsonaro est élu ce dimanche, ce ne sera pas seulement un drame pour les droits des personnes LGBT et des femmes mais bien une catastrophe écologique dont les répercussions seront planétaires.

Nul besoin d’être calée en géographie pour avoir entendu parler de la forêt amazonienne. Grande de 550 000 000 d’hectares, elle compte près de 390 milliards d’arbres et 16 000 espèces animales différentes, ce qui en fait le plus grand réservoir de biodiversité au monde. Plutôt précieuse, donc. Sauf que si le candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro est élu, il envisage notamment d’ouvrir la forêt à l’exploitation minière, mais aussi de faire passer une autoroute à travers l’une des zones les plus protégées de la forêt amazonienne. Et ce Trump tropical ne s’arrête pas là puisqu’il a également déjà menacé de quitter l’accord de Paris si ses projets pour la forêt étaient remis en question. Pour rappel, selon le GIEC, si le réchauffement climatique global atteint comme prévu ne fût-ce qu’un demi degré de plus que les 1.5 degrés prévus d’ici à 2030, plusieurs centaines de millions de personnes seront exposées aux risques climatiques, avec des régions entières du globe rendues inhabitables. Or la forêt amazonienne est un des principaux poumons verts de la planète, dont les milliards d’arbres contribuent à équilibrer les rejets en agissant comme des « puits à carbone ». Il semblerait donc évident que tous les candidats à la présidentielle brésilienne fassent de sa protection une priorité de leurs programmes, mais pour Jair Bolsonaro, ce n’est pas si simple.

Programme violent

Il faut bien reconnaître que niveau programme politique, le candidat d’extrême-droite frôle la caricature. D’abord, pour son slogan: « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous », soit une évocation suprémaciste même pas si subtile que ça de l’hymne nazi « Deutschland über alles ». Et pour faire en sorte que le Brésil soit au-dessus de tout, Jair Bolsonaro a des idées bien arrêtées. Pour améliorer la sécurité au Brésil, considéré comme un des pays les plus violents au monde avec ses 63 880 homicides (soit 7 par heure) en 2017, il compte notamment libéraliser l’accès aux armes à feu pour la protection et la légitime défense des personnes et de leur propriété. Parce que la mesure a si bien marché aux Etats-Unis… Ah non, en fait. Mais il ne s’agit pas là du seul mauvais exemple que le Trump des tropiques veuille suivre: s’inspirant du président philippin Rodrigo Duterte, qui a mis son pays à feu et à sang avec sa chasse ouverte aux drogués, Jair Bolsonaro s’est également prononcé en faveur d’une carte blanche laissée aux policiers et militaires pour abattre des criminels présumés. Danger pour l’environnement, pour la libération des armes,… Déjà là, le candidat fait peur, mais quitte à vraiment ressembler à un méchant politicien de film, il ne s’arrête pas en si bon chemin.

Régime répressif

L’économie? Jair Bolsonaro veut notamment supprimer les droits des travailleurs et les faibles allocations dont ils bénéficient afin d’endiguer le chômage dans le pays. L’éducation? Il veut diminuer le nombre d’écoles publiques, jugées trop chères, et favoriser l’enseignement à distance. Les droits des minorités? L’homosexualité est « une porte ouverte vers la pédophilie », ses opposants politiques doivent s’attendre à « une purge comme jamais le Brésil n’en a connue » et l’écart salarial est normal car les femmes ont un « droit en plus » avec le congé maternité. Entre mépris des minorités, répression des dissidents et diminution de l’alphabétisation, Jair Bolsonaro réunit tous les ingrédients pour faire du Brésil un régime répressif et anti-démocratique s’il est élu président. Mais alors, personne ne va voter pour lui, si? Si: fort des 46% récoltés au premier tour, le candidat est même donné grand favori des présidentielles de ce dimanche.

Victoire des réseaux sur la démocratie

Un scénario catastrophe qui n’est pas sans rappeler celui de 2017 aux Etats-Unis, où, pour rappel, le candidat complètement liberticide et potentiellement cinglé est devenu président. Et comme aux States, au Brésil aussi, la popularité de Jair Bolsonaro s’explique en partie par une victoire terrifiante des réseaux sociaux sur la démocratie. Comme Trump avant lui, le candidat d’extrême-droite brésilien a en effet su tirer profit à merveilles des nouvelles technologies afin de propager son discours par le biais de petites phrases sensationnalistes susceptibles de buzzer. Avant les élections, Jair Bolsonaro était un député de seconde zone, principalement connu pour sa nostalgie de la dictature brésilienne. Mais grâce aux réseaux sociaux et à un répertoire visiblement illimité de sorties fascisantes, il a réussi à se hisser sur le devant de la scène. Et à devenir le grand favori à la présidentielle.

Les femmes à la rescousse

Alors que le vote n’est plus qu’à quelques heures, les opposants intensifient leur lutte contre une issue qui serait dangereuse non seulement pour le Brésil mais aussi pour la planète. Et les femmes, rassemblées sous le hashtag EleNão, soit « lui, non » sont en tête du mouvement, qui a fédéré pas moins de 3.9 millions d’internautes anti Bolsonaro. Une mobilisation qui pourrait bien changer la donne et éviter le pire: au Brésil, le vote est obligatoire, or les femmes représentent 52% du corps électoral, autrement dit, elles ont le pouvoir de changer la donne. Les femmes, garantes de la paix? On choisit d’y croire. Et d’espérer très fort que contrairement à la gueule de bois de janvier 2017, ce dimanche 28 octobre ne sera pas marqué par la montée au pouvoir d’un dirigeant populiste de droite supplémentaire.

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