Home Lifestyle Société « L’homophobie bienveillante », cette discrimination dont vous êtes probablement coupable

« L’homophobie bienveillante », cette discrimination dont vous êtes probablement coupable

Avec ses déclarations récentes sur Thomas, le candidat gay de « L’Amour est dans le pré », Karine Le Marchand crée la polémique sans le vouloir. Car c’est là le principe même de l’homophobie bienveillante, ces propos qu’on dit sans penser à mal mais qui ne sont pas moins discriminants pour autant.

Alors que L’Amour est dans le pré s’apprête à faire son retour sur les écrans en France, Karine Le Marchand s’est prêtée au jeu de l’interview pour Le Parisien. Et ses propos sur Thomas, un agriculteur gay qui participe à l’émission, passent mal.

C’est un homme extraordinaire, très loin des clichés dont on peut affubler les homos quand on ne les connaît pas, c’est-à-dire très efféminés, qui font du bruit et beaucoup de moulinets avec leurs bras. Même si je n’ai rien contre ces homos-là, ce n’est pas ce que je voulais.

Il n’en fallait pas plus pour déclencher une polémique et voir la présentatrice accusée d’être homophobe. Sauf que ce dont il s’agit ici est plus complexe puisque Karine Le Marchand s’est rendue coupable d’homophobie bienveillante. Comme vous, quand vous piaillez d’un ton aigu que vous adorez votre BFF homo parce qu’il n’y a rien à faire « eux, ils ont vraiment le sens de la fête », ou que votre Tati Michèle dit que son collègue de bureau, lui, est vraiment charmant, « d’ailleurs, ce n’est pas une folle, si on le sait pas c’est impossible de dire qu’il est gay ». L’intention n’est pas méchante, mais le résultat, lui, l’est, entre discrimination déguisée et perpétuation de clichés éculés.

Un phénomène expliqué à merveille par GreyA en commentaire d’un article de Madmoizelle dédié à la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie:

C’est le genre de commentaires qu’on accepte sans broncher parce qu’on considère que notre entourage pense juste à nous, mais c’est clairement homophobe au final.

Dans son cas, ces remarques ont fait écho à son coming out à l’adolescence: « on m’a dit de faire attention à ne pas ressembler à une lesbienne, de ne pas trop laisser mes copines me tenir la main ou m’enlacer pour ne pas passer pour une lesbienne,… Bref, ça partait de l’idée que « faut pas faire fuir les garçons ». Alex Batel, étudiante en droit et fille d’un papa qui « aime les hommes » a quant à elle confié à Libération que « de la maternelle à l’université, les petites phrases m’ont heurtée, parfois même alors qu’elles se voulaient bienveillantes ».

Ainsi, aux camarades «gay friendly» nous rassurant par un «ça ne se voit pas du tout chez ton père» ou s’exclamant «ça doit être trop coooool !» on est tenté de répondre : «Non, papa ne sort pas les frous-frous et les bas résille en rentrant du travail.»

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Et il n’y a pas que dans les remarques que cette homophobie peut prendre forme, l’homophobie bienveillante étant aussi marquée par une attitude de prudence outrancière, notamment dans les médias. Ainsi que l’expliquait le spécialiste du FN Octave Nitkowski à Slate en 2014, « Lorsqu’il est question d’hétérosexualité, chacun fait la différence entre l’orientation sexuelle et la vie intime. Mais dès lors qu’il s’agit d’homosexualité, tout le monde s’indigne excessivement, ne parvenant pas à faire la différence entre orientation sexuelle, qui peut être publique, et vie intime, qui relève alors de la vie privée ». Autrement dit: on traite l’homosexualité comme une information hypersensible, alors même qu’en Belgique par exemple, l’homosexualité n’encourt plus de sanctions depuis la révolution française et le Code Napoléon, soit 1795, et elle n’est plus pénalisée depuis 1972. Et pourtant, l’homophobie, elle, refuse de disparaître.

Changer de regard – et de propos

La solution pour vous assurer de ne pas empirer le problème en vous rendant coupable d’homophobie bienveillante? Transposer l’homosexualité par l’hétérosexualité dans vos propos, et vous demander si vous le diriez quand même. Sachant qu’il y a peu de chances que vous décriviez un ami d’ami en disant « mais si, tu sais bien, l’hétéro là, d’ailleurs je me demande s’il préfère être au-dessus ou en dessous quand lui et sa meuf font l’amour », ou bien que vous affirmiez adorer votre BFF parce que « même si elle est hétéro, c’est génial, elle n’adore pas le rose et les films à la guimauve ».

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