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La masturbation masculine doit être punissable de peine de mort

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Certes, cela peu paraître un peu excessif. Insensé, ridicule, fou, stupide, même. Mais finalement, pas beaucoup plus que d’interdire totalement l’avortement dans une démocratie moderne, même en cas de viol ou d’inceste.

C’est pourtant ce qui vient de se passer en Alabama, aux USA, où la gouverneure républicaine Kay Ivey vient de ratifier la proposition de loi interdisant l’avortement à tous les stades de la grossesse, même en cas de viol ou d’inceste. Alors que la proposition initiale avait déjà fait couler beaucoup d’encre (et de larmes?), l’opinion publique avait tenté de se rassurer en se convaincant qu’elle avait été votée par des hommes uniquement, et que la gouverneure, elle même détentrice d’ovaires, n’allait jamais la ratifier. Loupé. Lors d’une conférence de presse suivant sa décision controversée, à la question de savoir si elle n’aurait pas au moins préféré que la loi fasse une exception en cas de viol ou d’inceste, elle s’est contentée de répondre que “toute vie est précieuse”. Pas celle des femmes aux prises d’une grossesse non désirée, visiblement, considérées par cette loi comme de simple réceptacles à bébés, contraintes de donner la vie au prix de la leur: quel avenir pour une adolescente qui a dû mettre au monde l’enfant de son violeur?

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Il n’y a pas si longtemps encore, avant la dernière élection présidentielle, les Etats-Unis s’enorgueillissaient encore d’être “leader of the free world”, un modèle dans nos démocraties occidentales. Il n’en est plus rien aujourd’hui, cette loi dangereuse, injuste et rétrograde mettant l’Alabama sur un pied d’égalité avec le Sénégal, le Salvador ou l’Iran. Pour info, même en Corée du Nord, pourtant une tyrannie militaire où les libertés individuelles sont quasiment inexistantes, l’avortement est légal. Mais à trop vilifier l’Alabama, il ne faudrait pas en oublier la situation en Europe: l’IVG est toujours interdite en Andorre et en Irlande du Nord (sauf danger pour la santé de la femme), ainsi qu’à Chypre et en Pologne (exception faite des cas de viols et d’inceste ou de malformations foetales graves). L’île de Malte n’a quant à elle rien à envier à l’Alabama puisque l’avortement y est tout simplement interdit, quel que soit l’avancement de la gestation ou les conditions de la conception. C’est vrai, après tout, comme le dit Kay Ivey, “toute vie est précieuse”. Mais si on pense comme ça, alors il faut adapter les lois.

Un génocide à mains nues

Si un ovule tout juste fécondé, où le “bébé” ne ressemble qu’à un minuscule germe de soja, est considéré comme une vie humaine qui doit être protégé (avec, à la clef, prison et même peine capitale selon les pays pour celles qui osent porter atteinte à cette vie), alors c’est bien simple, ces mêmes Etats qui criminalisent l’IVG sans aucune exception possible doivent infliger la peine de mort aux hommes qui ont l’audace de se masturber. Imaginez un peu: suivant l’âge et la santé du sujet, l’éjaculat contient entre 20 et 200 millions de spermatozoïdes. Si on suit la logique des anti-IVG en la poussant dans ses derniers retranchements, cela représente 200 millions de vies humaines, tuées sans pitié et à main nues. Un véritable génocide qu’il faut arrêter à tout prix.

Grotesque, vous dites? Oui. Un peu comme un retour en arrière sur l’IVG, acquise âprement par des femmes et des hommes qui n’ont eu de cesse de lutter pour qu’on reconnaisse le droit des femmes à disposer de leur corps. Que certains s’opposent à l’avortement pour des raisons religieuses ou morales est inévitable, et il ne viendrait à l’idée de personne de les contraindre à avorter de force: cela ne serait rien de moins qu’une violation flagrante des droits de l’homme, ainsi qu’une forme de torture insoutenable. Comme, à l’inverse, imposer à une jeune femme qui a été violée, et qui est elle-même à peine sortie de l’enfance, de donner la vie. D’autant que quand on sait que l’oeuf ne s’implante véritablement qu’à la 4e semaine de gestation, et que le cerveau ne se développe qu’à 7 semaines, il est incompréhensible d’interdire l’avortement de but en blanc, quel que soit l’état d’avancement de la grossesse.

Mourir ébouillanté

L’Alabama peut sembler loin, et il est facile de s’offusquer à distance en se disant que tout de même, ces Américains, mais le fait qu’une des principales démocraties modernes (ou ce qu’il en reste) puisse bafouer de la sorte des droits acquis de longue date a de quoi glacer le sang, qu’on soit pour ou contre l’avortement. Difficile en effet de ne pas trouver dans la situation actuelle un écho glaçant aux paroles d’Offred, la Servante écarlate de Margaret Atwood.

La vérité, c’est que rien ne change instantanément. C’est comme une baignoire où la température augmente progressivement: avant même de s’en être rendu compte, on est mort ébouillanté.

Fort heureusement, ce qui bout surtout pour le moment, c’est la colère des femmes, des activistes, et des défenseurs de l’IVG. Parce que dans nos sociétés, défendre les libertés individuelles, c’est défendre les droits de tout le monde. Et qu’il vaut bien mieux bouillir de rage et se révolter que mourir ébouillanté.

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