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Il y a 20 ans, la politique migratoire tuait Semira Adamu, étouffée par des policiers qui voulaient la faire taire

A l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de Semira Adamu, demandeuse d’asile nigériane déboutée, étouffée par des policiers qui voulaient la faire taire, des hommages seront organisés tout le week-end à Bruxelles. 

Semira Adamu n’avait que 20 ans lorsque ses parents lui ont imposé un mariage forcé avec un homme particulièrement violent. Elle n’avait que 20 ans et elle a fait le choix, eu le courage, de vouloir échapper à son destin.

Elle est arrivée en Belgique où elle a intégré le Centre 127 Bis. Une fois de plus, Semira Adamu a montré toute l’étendue de son courage en évoquant, à visage découvert, les conditions déplorables dans lesquelles elle vivait au centre fermé. Un centre qui a récemment réouvert ses portes et où, encore aujourd’hui, on enferme des familles avant de les renvoyer dans leur pays d’origine. Un centre où, ceux qui ont voulu fuir l’horreur, sont enfermés comme des prisonniers. Un centre où des enfants vivent cloisonnés, sans réellement se douter de ce que le futur leur réserve.

Semira savait ce qui l’attendait chez elle. Et, à cinq reprises, elle a tenu tête aux policiers qui tentaient de la renvoyer au Togo. Elle leur résistait. Jusqu’au 22 septembre 1998…

La technique du coussin

Sixième tentative de déportation après dix mois d’enfermement. Dans l’avion qui devait la ramener au Togo, Semira Adamu se met à chanter, provoquant la colère des policiers qui l’accompagnaient et qui, pour la calmer, ont plaqué un coussin sur son visage pendant de longues minutes. Onze minutes exactement. Jusqu’à l’évanouissement. A l’époque, cette pratique du « coussin » était légale, répandue.

Lorsqu’ils constatent que leur victime a perdu connaissance, les policiers l’emmènent à l’hôpital de Saint-Luc (Bruxelles) où son décès sera prononcé à 21h30. 6.000 personnes ont assisté aux funérailles de cette jeune fille de 20 ans, tuée sur sa terre d’asile. Cette terre où elle était venue chercher la sécurité, qui devait la sauver des atrocités qu’elle subissait chez elle.

Son histoire a forcé la démission du ministre de l’Intérieur de l’époque, Louis Tobback, et les législations en matière d’expulsion ont évolué. Après le décès de Semira, la technique du coussin, qui visait à faire taire les rapatriés qui s’opposaient à leur déportation en faisant du bruit, a été interdite. Quatre des cinq gendarmes en charge de l’expulsion de Semira Adamu ont été déclarés responsables de sa mort, en décembre 2003, par le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Et après…

Vingt ans après, la politique migratoire en Belgique pose toujours autant question et certaines décisions prises par le gouvernement manquent encore d’humanité. S’ils ont pour consigne de renvoyer les demandeurs d’asile déboutés dans la plus grande dignité, les services de l’ordre sont toujours autorisés  à avoir recours à la force en cas de « manque de coopération » mais seul l’usage des menottes et d’un gilet permettant d’immobiliser les bras est autorisé.

En 2017, 4651 personnes ont été renvoyées chez elle de manière forcée. Dans 20% des cas, le demandeur d’asile a dû être escorté. Les policiers qui accompagnent les personnes concernées par les procédures d’éloignement doivent les amener à l’aéroport. Si elles refusent de monter dans l’avion, elles retournent en centre fermé. Après trois tentatives, elles sont accompagnées par deux policiers qui les suivent jusqu’à ce qu’elles arrivent dans leur pays d’origine.

Ce week-end, le collectif Semira Adamu organisera des manifestations et des cérémonies en hommage de la jeune femme à Bruxelles.

  • Ce samedi 22 septembre au Parc Maximilien (de 17h à 23h)
  • Ce dimanche 23 septembre devant le Centre fermé du 127 bis (de 14h à 16h)

Quelques rues de la capitale ont aussi été changées par le nom de Semira Adamu.

Plus d’infos: ici.

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