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FAUT QU’ON PARLE: de l’horrible vote « pour ou contre le viol conjugal » de Fun Radio

Fun Radio, comme son nom l’indique, on ne l’écoute pas pour l’information de fond ou même des commentaires un tant soit peu intelligents, mais au moins, c’est marrant. Jusqu’à ce que ça dérape: « Charlotte ne supporte pas que son mec lui fasse l’amour la nuit quand elle dort. Vous trouvez cela normal ? On en parle ce soir à 22h » annonçait la radio sur son compte Twitter. Sauf que pour rappel, le viol conjugal n’est pas ouvert à débat.

Parce que donc, comme son nom l’indique, il s’agit d’un viol. Petit rappel pour ceux (coucou Fun Radio et l’équipe de l’émission Lovin’Fun) qui n’auraient pas bien intégré, aux yeux de la loi, le viol est « tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui n’y consent pas ». Oui, même si la personne qui le commet partage votre vie et votre lit, que vous êtes persuadée de l’aimer et que lui aussi. Non, être en couple ne donne à l’autre aucun droit sur le corps de sa partenaire, et certainement pas celui de lui faire l’amour quand elle dort.

Abominable cauchemar

La première fois que ça m’est arrivé, j’ai cru à un mauvais rêve. Avant de m’endormir ce soir-là, le mec avec qui j’avais la (très) mauvaise idée de sortir à l’époque m’avait fait comprendre de manière assez pénible et insistante qu’il était « chaud ». Sauf que moi, en l’occurence, pas du tout, son insistance avait achevé de me refroidir, et en plus, j’étais crevée. J’avais enfilé mon pyjama, éteint la lumière, et plongé dans un sommeil réparateur, brutalement interrompu quand j’ai été réveillée par la surprise aussi immonde que douloureuse d’être pénétrée à sec, et sans aucun consentement. Sur le moment, j’étais tellement sonnée que je n’ai pas réagi, mais cette nuit là, je n’ai pas réussi à me rendormir. Je me sentais à la fois salie, triste et en colère, sauf que j’avais l’impression de ne pas pouvoir me plaindre, que c’était normal après tout de satisfaire les attentes sexuelles de son mec. Il allait malheureusement me falloir encore pas mal de temps après cette agression avant de me débarrasser de cet abominable porc, et le cauchemar de cette nuit là n’est pas resté un événement isolé. Sauf qu’à l’époque, on était à des années de #MeToo, j’avais honte, et je ne savais pas à qui en parler, encore moins que je pouvais porter plainte.

Pas de devoir conjugal

Pourtant, ainsi que le rappelle la Fédération des centres de planning familial, il s’agit bien d’une agression en bonne et due forme et non d’une forme perverse de devoir conjugal. Qui d’ailleurs, n’existe pas aux yeux de la loi.

Le viol conjugal est une notion qui reste taboue dans nos sociétés actuelles. Cela s’explique principalement par la notion de « devoir conjugal », qui est encore très présente dans les esprits. Mais il est important de rappeler que cette notion n’a aucune valeur légale en Belgique. Dans la partie du Code civil consacrée aux mariages, il n’y a aucune mention du devoir conjugal et le viol conjugal est condamné par la loi depuis 1989.

Et de rappeler que près d’un viol sur deux a lieu au sein du couple. « On estime aussi qu’une femme sur quatre subit, à un moment ou à un autre de sa vie, des violences sexuelles de la part de son partenaire. Dans la plupart des cas, les personnes qui obligent leur partenaire à avoir des rapports sexuels avec eux pensent agir légitimement vu le lien intime qui les unit ».

Il est important d’insister que le fait d’être en couple ne remet pas en cause l’importance de la notion de consentement. Être intimes, avoir des rapports sexuels fréquents, habiter ensemble ou être marié(e)s ne justifie pas d’obliger son/sa partenaire à avoir des rapports.

Si on outrepasse la consentement de l’autre, il y a viol. Ce qui explique pourquoi la « Charlotte » de l’émission de Fun Radio « ne supporte pas que son mec lui fasse l’amour la nuit quand elle dort ». Parce que c’est du viol, donc. Et ce qu’on trouve anormal, c’est que la radio française croie bon de demander à ses auditeurs si eux trouvent ça normal ou pas.

Culture du viol

Si 297 personnes ont cru bon de répondre qu’ils trouvaient le viol conjugal normal avant que le post soit supprimé, fort heureusement, la question posée par l’émission a très vite suscité une levée de boucliers, à laquelle la Secrétaire d’état française Marlène Schiappa n’a pas hésité à participer.

Face à la tornade déclenchée sur les réseaux, la chaîne s’est empressée de supprimer le post et de présenter un simulacre d’excuses; tweetant que « ce n’est pas parce que l’on est en couple que nos corps sont à la disposition de l’autre. Le consentement est nécessaire, même dans une relation amoureuse! D’autant plus lorsque la personne dort, et n’est pas en mesure de dire NON ». Un tweet qui peine à convaincre après la question initiale. Question qui pose d’autant plus problème que la majorité des auditeurs de l’émission ont entre 13 et 19 ans et qu’en France, « 8% des jeunes filles âgées de 15 à 17 ans disent avoir déjà été confrontées à des rapports forcés ou à des tentatives de rapport forcés ». Des chiffres tout sauf drôles, voire même, aussi tristes qu’une grande chaîne de radio prête à tout pour choquer, quitte à contribuer à la culture du viol au passage.

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