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FAUT QU’ON PARLE: combien faut-il de féminicides pour prendre nos plaintes au sérieux?

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Alors que Fanny Appes a été poignardée dans un train hier, on se demande ce qu’attendent les autorités pour prendre les femmes au sérieux quand elles déposent plainte.

Elle aurait pu mourir à cause de la négligence. Heureusement, Fanny Appes est désormais hors de danger. Du moins tant qu’elle sera à l’hôpital, puisque son agresseur est toujours en liberté.

Fanny Appes a 30 ans. On aurait pu parler d’elle comme d’une future championne d’athlétisme. Son parcours aurait été brillant, acclamé par les Belges comme la nouvelle Nafissatou Thiam. Mais elle n’a pas pu aller jusque-là. Parce que Fanny a eu peur pour sa vie. L’ancienne athlète du club de Nivelles était en couple à l’époque avec un homme qu’on qualifierait de jaloux, un euphémisme.

Ce qu’ils appellent jalousie, ce joli mot qui inclut tout le champ lexical à bannir à tout prix des crimes passionnels motivés par l’amour, n’est en fait que le résultat d’une réalité bien trop établie: celles des femmes qui doivent appartenir aux hommes.

À cause de cette seule personne, d’un homme, elle a arrêté les entraînements, elle a perdu son travail, elle a déménagé, elle a craint pour sa vie, comme le confirment les propos de son ancien entraîneur: « C’est l’aboutissement d’un harcèlement qui dure depuis des mois. Elle avait perdu son travail à cause de lui, il essayait de la retrouver avant et après son travail. Elle avait aussi abandonné l’entraînement, elle avait peur qu’il ne vienne la retrouver. Elle était dans un état d’angoisse et de stress permanent. Elle avait déménagé et ne disait à personne où elle habitait. Le harcèlement était continuel : ça a commencé par des publications Facebook puis ça a été des coups… ».

L’athlète voit pourtant l’avenir lui sourire et amener une bulle d’air dans son quotidien. Elle va participer au championnat d’Afrique. Encore une fois, elle ne sera pas maître de sa propre destinée. Son compagnon déchire son passeport et l’empêche de s’y rendre. Fanny le quitte, et là commence la descente aux enfers.

Ce qu’elle traverse, on peut à peine l’imaginer. La peur de regarder son téléphone, le sursaut à chaque sonnerie, la boule au ventre en arrivant devant chez soi, le renfermement pour mieux se protéger, le silence pour ne pas inquiéter, et la peur qui ronge ce qui lui reste de vie chaque minute.

Parce que quand on vit dans la peur, on ne vit plus vraiment; on survit.

Pourtant, la jeune femme a fait preuve d’un courage sans faille et d’une bravoure qu’on ne peut que saluer. Elle a fait ce qu’on ne pourra jamais lui reprocher plus tard quand des idiots auraient pu retourner la situation contre elle. Elle a porté plainte. Pire, elle a porté plainte il y a SIX MOIS. Une demi-année. Et ça n’a strictement rien changé.

« Je redoutais cette agression, ça fait six mois que j’ai déposé plainte à Braine-l’Alleud et à Nivelles avec des preuves à l’appui mais rien n’a été fait. J’avais peur que quelque chose m’arrive mais j’ai tout fait pour me protéger, je regardais à gauche et droite en sortant d’un endroit pour être sûre qu’il ne soit pas là. J’ai changé de boulot, j’ai arrêté les entraînements. La police ne m’a pas aidée. On ne l’a jamais empêché de m’approcher, rien n’a été fait. Il y a une semaine, il m’a percutée avec sa voiture, j’ai fait une vidéo que j’ai publiée sur Facebook », explique-t-elle à la RTBF.

Et la suite, on la connaît. Hier, dans un train en gare de Linkebeek, il passe à l’acte. Il tente d’assassiner Fanny et la poignarde. Lui prend la fuite. Grâce à l’aide d’un passager qui lui donne les premiers soins, la jeune femme s’en sortira. Une chance énorme pour les autorités qui auraient pu être pointées du doigt bien plus sévèrement. Car ces plaintes déposées à la police de Braine-l’Alleud n’ont jamais abouti à une quelconque action visant à assurer sa protection. Le parquet du Brabant wallon n’a d’ailleurs encore fait aucun commentaire.

Comment est-ce possible de laisser une femme sans défense à la merci d’un homme qui la menace, qui est violent, qui est déjà passé à l’acte et dont les preuves ont été apportées aux seules personnes qui peuvent nous protéger dans la légalité? Combien de féminicides devons-nous recenser pour être entendues, écoutées, prises au sérieux, nous les femmes?

Je suis tellement en colère. Parce que ça aurait pu être évité. Parce que Fanny avait déjà dû faire preuve d’une force immense pour en parler, pour demander de l’aide. Parce que l’issue aurait pu être bien plus dramatique. Et elle l’a déjà trop été. 23 femmes sont mortes en Belgique l’année dernière, 149 en France, pour seule et unique raison de leur sexe. Et il ne s’agit même pas de chiffres officiels parce que cette réalité n’est encore que trop peu prise au sérieux. Combien faudra-t-il de femmes mortes parce qu’elles étaient femmes en 2020 pour que des mesures soient prises?

Combien d’entre nous doivent mourir pour que les autres n’aient plus peur?

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