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Derrière le goût sucré de vos fraises se cachent viols et femmes exploitées

girl pick strawberry for fun in farm; Shutterstock ID 68587681; Purchase Order: -

Qui dit arrivée du printemps dit également retour des fruits rouges, et de leur goût délicieusement sucré… Derrière lequel se cache toutefois une réalité amère: viols, femmes exploitées, le véritable coût des fraises d’Espagne est particulièrement cher payé.

Et pourtant, elles sont tellement irrésistibles, ces fraises bien rouges et charnues, qui arrivent en rayon avant les fraises belges, et seraient même parfois un peu plus sucrées que celles-ci, soleil oblige. Sauf que la réalité de leur production est tout sauf ensoleillée. Ce dimanche dimanche 14 avril, le quotidien britannique The Guardian a publié une enquête tout sauf appétissante sur les conditions de travail des femmes marocaines recrutées pour la cueillette des fraises en Espagne. Un « travail » qui s’apparente en réalité plus à une forme d’esclavagisme moderne.

Chaque année, l’Espagne exporte pas moins de 400 000 tonnes de fraises au reste de l’Europe, ce qui représente des gains à hauteur de 580 millions d’euros. Un pactole juteux, dont les femmes qui font le sale travail ne voient pas la couleur. Ainsi que le révèle l’enquête réalisée par Annie Kelly pour le Guardian, les ouvrières qui travaillent dans les exploitations de fraises enchaînent les journées de 12h, sans pauses, et sans avoir la certitude que leurs employeurs les rémunéreront pour leur travail. Pire: si elles sont jugées pas suffisamment productives, il leur arrive d’être privées d’eau ou de nourriture. Et il s’agit là malheureusement du moindre danger qui attend ces femmes marocaines quand elles traversent la frontière espagnole pour la récolte des fraises.

« Incroyable dans un pays si riche »

Logées à plusieurs dans des conteneurs étroits et insalubres qui ne sont pas sans rappeler une cellule de prison, les ouvrières n’ont souvent pas accès à une hygiène de base, forcées d’utiliser douches et toilettes en mauvais état. Autant de conditions qui font d’elles des proies faciles: si certaines avouent avoir été violées, d’autres racontent qu’on a tenté de leur échanger eau et nourriture contre des faveurs sexuelles, voire pire encore, qu’elles ont été forcées à se prostituer avec des hommes de la région qui venaient exprès chaque nuit dans la ferme où elles travaillaient. Samira Ahmad, une ancienne ouvrière qui a accepté d’être interviewée par Annie Kelly, avoue avoir entendu des rumeurs décrivant les conditions de travail horribles qui l’attendaient en Espagne, mais ne pas y avoir cru: « cela ne me semblait pas possible que de telles choses arrivent dans un pays aussi riche ». Et pourtant.

Quand j’ai traversé la frontière pour aller travailler, j’étais une héroïne pour mes proches, qui n’avaient jamais eu la chance de travailler dans un pays aussi riche. Cela s’est avéré être la pire décision que j’ai jamais prise (…) Nous étions entièrement isolées, nous ne parlions pas la langue, et nous étions en position de faiblesse complète, exactement comme nos employeurs le voulaient.

Quoi de plus simple, en effet, que d’abuser de femmes désespérées, ayant besoin d’argent pour nourrir leur famille, et ne comprenant pas un mot du contrat en espagnol qu’elles ont signé? Une situation parfaitement inadmissible que dénonce Alicia Navascues, activiste au sein du groupe de défense des droits des femmes Mujeres 24. « Ils recherchent délibérément de la main-d’œuvre vulnérable et bon marché au Maroc, des femmes qui viennent des zones rurales, qui ne comprennent que l’arabe et, donc, ne peuvent pas comprendre leurs contrats écrits en espagnol, et encore moins défendre leurs droits ».

Le meilleur moyen de leur venir en aide? Arrêter de financer l’industrie des fraises espagnoles, et donc de donner sans le vouloir notre argent pour contribuer à de l’esclavage moderne. Certes, les fraises du pays arrivent un peu plus tard en rayon et sont un peu plus chères, mais au moins, quand vous les mangez, ni les femmes, ni la planète (ah ben oui, quand on importe ses fruits…) ne payent. Et ça, ça vaut bien quelques dizaines de cents en plus par ravier de fraises.

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