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FAUT QU’ON PARLE: Pantone s’attendait-il vraiment à déstigmatiser les règles avec son rouge sang?

Pantone menstruatie
© Pexels

Si passé la pré-adolescence, en Occident, les règles ne sont (heureusement) plus un sujet de moquerie, dans d’autres régions du monde, elles sont parfois mortellement stigmatisées, plusieurs Népalaises ayant péri recluses dans des “huttes de menstruation”. La solution trouvée par Pantone pour briser le stigma? Sortir un nouveau rouge menstruation qui fait un peu tache.

C’est en association avec Intima, une société suédoise de produits d’hygiène intime, que Pantone a conçu son nouveau rouge, “couleur règles”, pour “responsabiliser et encourager les personnes, quel que soit leur sexe, à parler plus en détail de la menstruation”. Et si, sur le principe, l’initiative, bienveillante bien qu’un peu naïve, peut prêter à sourire, dans les faits, elle fait un peu grincer des dents aussi. Car à part offrir un joli coup de pub ultra #woke à Pantone, difficile de voir l’impact réel qu’aura ce nouveau dégradé de rouge sur la déstigmatisation des règles. Déjà parce que bien que selon Intima, la couleur est une “nuance originale de rouge qui représente un flux régulier de menstruations”, pardon, mais si notre flux de menstruations était d’un rouge aussi vif, probablement qu’on s’inquièterait un peu. Mais passons, on n’est pas là pour pinailler sur 50 nuances de rouge mais bien pour s’interroger sur le bien fondé de la campagne.

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Presenting “Period”, a new red shade created to break the stigma around menstruation and promote period positivity. Swedish healthcare brand @intimina came to Pantone Color Institute to develop this custom color in support of their global campaign to make menstruation more visible and normalize this most normal of bodily functions. “An active and adventurous red hue, courageous Period emboldens people who menstruate to feel proud of who they are. To own their period with self-assurance; to stand up and passionately celebrate the exciting and powerful life force they are born with; to urge everyone regardless of gender to feel comfortable to talk spontaneously and openly about this pure and natural bodily function.” Pantone Color Institute collaborated with @Intimina on the Seen + Heard campaign to create a red shade that is inspired by a steady menstrual flow. Pantone and Intimina worked alongside a gynecologist and consulted research published in Medical News Today to develop the shade, but by no means is this supposed to be an accurate depiction. Instead, we created a visual identifier of a red shade that would help @Intimina leverage the power of color to share their story.

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Le rouge Pantone fait tache

Et donc justement, quel est-il au fond? “Sans la stigmatisation entourant les règles, davantage de femmes pourraient échapper à la pauvreté, réaliser leur potentiel et renforcer leurs communautés. Cette campagne importante aidera à changer cela” a affirmé Jillian Popkins, directrice des politiques et du plaidoyer d’ActionAid UK dans un communiqué. Sans pour autant préciser comment, laissant la tâche à certains journalistes interloqués (nous, lectrice chérie) de sérieusement s’interroger. Qu’est-ce que Jillian, Pantone et leurs petits copains de chez Intima s’imaginaient accomplir en noyant la toile de rouge (soit-disant) sang? Prenons l’impact potentiel en Occident, où la campagne a fait tache d’huile sur les réseaux sociaux. Le petit Kevin de 5e B qui tirait les cheveux des filles en maternelle et a enchaîné sur les blagues hyper pénibles sur les règles en primaires va-t-il voir ce rouge Pantone sur son mur Facebook, avoir une épiphanie et arrêter de se prendre pour Nelson-des-Simpsons et de lâcher un immense “HAha” à la moindre tache (nullement menstruelle) aperçue sur les pantalons des filles de sa classe? Probablement pas, parce que non seulement il a été privé d’ordinateur après avoir cassé la fenêtre de la cuisine pour la 2e fois avec son ballon, mais en prime, il n’a aucune idée de ce que c’est, une épiphanie.

Votre ex Gaston-le-roi-des-beaufs sera-t-il poussé par cette vague de rouge vif à arrêter de demander “t’as tes règles” à toute femme qui a le malheur de ne pas succomber à son charme inexistant? Permettez-nous d’en douter”.

Et c’est sans compter sur le fait que la campagne n’atteindra vraisemblablement  jamais les régions où la stigmatisation des règles est la plus dangereuse, au Népal rural, par exemple, où filles et femmes meurent chaque année après avoir été bannies dans des “huttes de menstruation” lors de la semaine de leurs règles, ou chez les Yoruba, en Afrique, où il faut tenir la femme “impure” éloignée des esprits qui sont purs.

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Si cette nouvelle nuance Pantone a eu le mérité de déverser une vague de “règles”, “menstruations” et autres termes issus du champ lexical sur les réseaux sociaux, difficile d’imaginer quel impact véritable elle aura, si ce n’est d’offrir un très joli coup de pub au spécialiste des couleurs #Pinterest. Mais peut-être sommes nous simplement trop cyniques? Typique femme réglée, dirait Gaston.

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