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FAUT QU’ON PARLE: non, les victimes de violences conjugales ne sont pas responsables

Depuis le 4 janvier, la polémique enfle en France après la révélation d’un jugement inacceptable: une victime de violences conjugales rendue paraplégique par son compagnon n’a reçu qu’une compensation partielle. En cause: elle serait « partiellement responsable » de ce qui lui est arrivé.

Avant de se laisser déborder par nos sentiments, prenons la définition de « victime » recensée par le Larousse. Il s’agit d’une personne « qui a subi un mal, un dommage », ou « qui pâtit, qui subit les effets d’une situation, d’événements, de choses néfastes ». Une description qui colle bien à Aïda (prénom d’emprunt), victime pendant des années des violences de son compagnon, jusqu’à un jour particulièrement néfaste de 2013 où il l’a défenestrée. La vie de la jeune femme originaire du Mans se brise, littéralement: elle devient paraplégique, et décide d’attaquer son ex-compagnon en justice. La définition de justice? « Principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité », et dans le cas du tribunal, « action par laquelle le pouvoir judiciaire reconnaît le bon droit de quelqu’un ». Sauf qu’en ce qui concerne le Fonds de garantie des victimes (FGTI), justement, Aïda n’a pas droit a recevoir l’entièreté de son indemnisation.

Une vie brisée

Pour comprendre comment ce Fonds pourtant chargé de prendre en charge les victimes justifie cette décision abjecte, il faut remonter à la nuit du 24 août 2013. Ce soir là, la police intervient dans l’appartement que partagent Aïda et son compagnon après que ce dernier y ait agressé un ami. La police recommande à la jeune femme de passer la nuit ailleurs, mais il n’y a plus de train à cette heure-là, le taxi est trop cher et le seul hébergement que lui trouve le 115 est à 30 minutes à pieds. Aïda décide alors de rentrer chez elle: après tout, son compagnon a déjà été violent, mais jamais au point qu’elle nécessite une hospitalisation. Sauf que ce jour-là, il la jette par la fenêtre du 2e étage. Aïda ne marchera plus jamais. Lors du procès en 2016, son ex est condamné à 15 ans de prison, tandis que la Cour d’assises fixe 90.000 euros de provision pour l’indemnisation d’Aïda. Une somme que le FGTI refuse aujourd’hui de payer dans son entièreté: il y aurait responsabilité partagée, et si Aïda n’était pas rentrée chez elle ce soir-là, le drame ne serait pas arrivé.

Exemple dangereux

Une position dangereuse, non seulement aux yeux de la jurisprudence, mais aussi et surtout parce qu’elle risque de renforcer encore un peu plus l’isolement des victimes de violences conjugales. Dès que la situation de ces dernières est connue, elles sont en effet confrontées à un refrain (bien pensant, mais simpliste) de la part de leur entourage: « quitte le ». Sous-entendu: « si tu restes, c’est ta faute si tu te fais frapper ». Résultat, les victimes mentent, camouflent les coups, tout pour ne pas laisser voir à leurs proches que la situation continue alors même qu’elles refusent de quitter le domicile conjugal. Parce que ce n’est pas si simple, quitter son agresseur demande de parvenir à briser son empire, mais aussi d’avoir les moyens psychologiques et financiers de recommencer sa vie ailleurs, sans son tortionnaire. Cela demande de croire en soi, croire qu’on en vaut la peine, qu’on mérite mieux qu’un quotidien fait de coups et de peurs. En annonçant à Aïda qu’elle était partiellement responsable de ce qui lui était arrivé, le FGTI n’a pas porté qu’un coup à elle, mais bien à toutes les victimes, auprès des quelles il va renforcer encore un peu plus la croyance qu’elles n’ont que ce qu’elles méritent. Une dangereuse aberration, qui ne les invitera pas à se sauver.

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