Home Lifestyle Faut qu'on parle FAUT QU’ON PARLE: non, les pédophiles n’apportent pas « de la tendresse »

FAUT QU’ON PARLE: non, les pédophiles n’apportent pas « de la tendresse »

Sur LCI, l’Abbé Alain de la Morandais a été questionné sur les mesures à mettre en place dans l’Église pour lutter contre la pédophilie. Sa réponse, entre autres: ce ne sont pas des viols, les gamins ont besoin de tendresse. Euh, pardon?!

Les langues se délient de plus en plus au sein de l’Église : début mars, la chaîne Arte sortait un reportage glaçant qui dévoilait les témoignages de plusieurs sœurs agressées sexuellement par des ecclésiastiques abusant de leur autorité. Dans le même temps, Frédéric Martel, journaliste français, sortait « Sodoma, enquête au cœur du Vatican » : le résultat d’une enquête menée pendant quatre ans dont la conclusion est la suivante : l’Église serait une institution formée majoritairement d’homosexuels. Évidemment, ici, ce n’est point l’homosexualité des prêtres qui posent problème, mais plutôt l’énorme hypocrisie qui entoure ce secret, puisqu’elle a beau être si « omniprésente », l’homosexualité n’est toujours pas tolérée dans l’Église et ne peut être affichée publiquement. Vous le voyez, le non-sens?!

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Des propos intolérables

Quoi qu’il en soit, l’Église fait du bruit dans le sillage médiatique. Lundi 18 mars, le cardinal Barbarin remettait sa démission au Pape François, qui l’a tout bonnement refusée. Pour rappel, le cardinal Barbarin avait été condamné le 7 mars à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agressions pédophiles imputées par le père Bernard Preynat à des scouts dans les années 1980/1990 et dont il avait été informé par une victime en 2014.

Pour commenter l’événement, LCI avait invité l’abbé de la Morandais. Le religieux de 84 ans a été questionné sur les solutions à mettre sur pied pour combattre la pédophilie dans le monde ecclésiastique. Question à laquelle il a répondu comme suit : « Les évêques ont prétendu mettre des cellules de prévention. Mais comment fait-on de la prévention? On ne sait pas! La pédophilie est une énigme psycho-scientifique. Et moi ça me pose beaucoup de questions », a-t-il commencé. Et il aurait dû s’arrêter là, car le reste de sa réponse est hallucinante:

On a toujours l’impression que c’est un viol, qu’il y a de la violence. Mais au départ, je ne crois pas. D’après les échos que j’ai eus, les confidences, un enfant cherche spontanément de la tendresse de la part d’un homme ou d’une femme (…) et souvent ce sont des gamins en frustration de tendresse »

Les propos ont bien évidemment — et bien fort heureusement — fait réagir les chroniqueurs, qui lui ont répondu « La responsabilité est chez l’adulte quand même, on ne peut pas dire l’inverse ». Ce à quoi il a rétorqué : « Bien entendu. Mais le gamin va chercher de la tendresse. Vous avez tous observé qu’un gamin vient et qu’il vous embrasse sur la bouche… ».

Viol = violence

Alors, oui, monsieur l’abbé, vous avez raison: les enfants recherchent la tendresse. Mais non, monsieur l’Abbé, un viol, ce n’est pas de la tendresse. Guess what, ça en est même la parfaite antithèse. Observation marrante: dans violence, il y a viol. Définition du viol, selon Larousse (bah oui, ce n’est pas écrit dans la Bible): rapport sexuel imposé à une personne sans son consentement. Un petit bout cherche de la tendresse, le câlin d’une maman, la main dans les cheveux de papa, mais sûrement pas les doigts d’un prêtre glissés dans le slip, ni l’engin d’un abbé dans la culotte. Vous voyez la différence?! Avec ces propos, vous ne faites qu’entretenir l’idée fausse et destructrice que la victime d’un viol est en partie coupable. Comme une nana qui se ferait violer: « parce qu’elle a mis une jupe trop courte » et qu’elle l’a, par conséquent, bien cherché. La culpabilité, c’est ce qui empêche des milliers de personnes victimes de violences sexuelles d’en parler. C’est ce qui détruit des vies.

L’abbé de la Morandais s’excuse

Fort heureusement, l’Abbé s’est excusé « auprès de ceux que ses paroles ont pu blesser ». Dans un communiqué transmis à l’AFP par son éditrice, il a écrit :

« Une polémique est née de propos que j’ai tenus. Des propos que certains ont interprétés comme une manière de dire que les enfants sont responsables du fléau dont certains d’entre eux sont victimes. Je tiens à indiquer haut et fort que mon expression – confuse et incomplète, je le reconnais et le déplore – et la manière dont elle a été perçue ne reflètent en rien ce que je pense. Les agresseurs sont bien les adultes. Et les enfants des victimes innocentes », poursuit l’abbé, qui assure avoir lui-même « à plusieurs reprises alerté et dénoncé […] différents comportements pédophiles au sein des institutions religieuses, ainsi que l’aveuglement ou les silences coupables dont la hiérarchie parfois les couvrait ». Espérons que ce genre de dérapage ne se reproduise plus sur antenne et que les témoignages des victimes viennent peu à peu couvrir le bastringue des défenseurs des violeurs.

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