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Mille petits riens, le roman coup de poing à lire de toute urgence

Jodi Picoult, certaines la connaissent peut-être via l’adaptation au cinéma de My Sister’s Keeper, d’autres, pour ses livres qui mêlent à merveille intrigue et coulisses de la justice. Et avec son dernier roman, “Mille petits riens”, l’auteure américaine frappe fort et dénonce l’injustice raciale qui gangrène les États-Unis. 

Le résumé: Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une em­ployée modèle, une collègue appréciée et respectée de tous mais aussi la mère dévouée d’un adolescent qu’elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d’octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer. Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la maternité sans lui. Kennedy a quant à elle renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d’avoir tué le bébé d’un couple raciste, elle se dit qu’elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d’avance ?

Roman vérité

Dès la lecture de la quatrième de couverture, le ton est donné, et on sait qu’on va être embarqué dans une histoire haletante. Bien écrit, bien rythmé, Mille petits riens est le genre de roman qu’on a du mal à reposer et qu’on se retrouve à dévorer jusqu’aux petites heures, en engloutissant les chapitres sans se soucier du réveil qui va bientôt sonner. Parce qu’en 2018, après les émeutes qui ont secoué les États-Unis, crânes rasés et drapeaux nazis à l’appui, le roman est plus réaliste que jamais. Parce qu’au regard des violences policières qui continuent d’entacher le pays, des bavures qui coûtent la vie à de jeunes afro-américains innocents, du racisme rampant du nouveau président; le livre est plus qu’un roman, c’est un véritable manifeste qui dénonce la réalité douloureuse et compliquée de tous ces Américains qui ont la peau plus foncée, avec toute la discrimination que cela entraîne encore dans le pays.

Ouvrir les yeux

Car non, en 2018, il n’est toujours pas aisé d’être plus foncé que la moyenne dans le “land of the free”. Une situation que Jodi Picoult a tenu à dénoncer, avec la complexité ajoutée qu’elle même est blanche de peau, et porte donc un regard extérieur sur la problématique. Un point de vue qu’on pourrait lui reprocher, mais qu’elle explique avec beaucoup de justesse dans la postface du livre. Ainsi, cela fait en réalité plus de vingt ans que Jodi Picoult planche sur le sujet. “Cela faisait quatre ans que mes romans étaient publiés lorsque j’ai eu envie d’en écrire un sur le racisme aux États-Unis (…) mais je n’arrivais pas à trouver le bon angle d’attaque. Je ne savais pas ce que c’était de grandir dans la peau d’un Noir dans ce pays. Qu’est-ce qui m’autorisait à écrire sur une expérience que je n’ai pas vécue? Cela dit, si je n’avais écrit que sur des thèmes que je connaissais, ma carrière aurait été aussi courte qu’ennuyeuse”. C’est ainsi que cette romancière à succès, diplômée d’Harvard et originaire d’une famille privilégiée, a décidé de créer le personnage complexe d’un suprémaciste blanc paumé, face auquel se retrouve une infirmière noire prise dans les rouages d’un système judiciaire défavorable aux personnes de couleur.

Mon objectif n’était pas de raconter le quotidien des personnes de couleur pour que celles-ci s’y retrouvent. Je voulais écrire cette histoire à l’attention de ma propre communauté -les Blancs- qui, si elle sait très bien montrer du doigt un skinhead néonazi en le traitant de raciste, éprouve davantage de difficultés à discerner les pensées racistes qu’elle porte en elle.

Un objectif plus qu’atteint, via la description de scènes quotidiennes auxquelles on ne prête pas attention, mais aussi grâce à la construction de personnages complexes, racistes malgré eux alors qu’ils sont convaincus d’être ouverts et tolérants. Si le roman de Jodi Picoult décrit l’Amérique et ses fractures, il raisonne ici aussi, et nous pousse à remettre en question nos propres comportements. Un livre coup de poing, qui touche au coeur et aux tripes, et qui sera bientôt adapté à l’écran avec nulles autres que Viola Davis et Julia Roberts dans les rôles principaux. En attendant l’adaptation, on le dévore et on fait passer le mot: Mille petits riens est une lecture nécessaire dont on ne ressort pas indemne et dont le souvenir reste longtemps après que la dernière page ait été tournée.

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