Home Culture Livres Comment une liseuse électronique m’a rendue infidèle

Comment une liseuse électronique m’a rendue infidèle

Il n’y a pas si longtemps encore, j’étais entièrement dévouée aux livres de papier, adorant autant les lire que les accumuler, comme autant de beaux objets racontant chacun bien plus que l’histoire écrite sur leurs pages. Mais ça, c’était avant que je ne reçoive une liseuse électronique.

Pourtant, j’aurais pu jurer que jamais ô grand jamais je ne renierais mon allégeance aux livres, les vrais, ceux avec des mots, des pages, du papier, des jolies couvertures cartonnées. D’ailleurs, à la rédac’, quand Julie, notre responsable web, avait parlé de sa passion récente pour sa liseuse, j’avais roulé des yeux. Elle avouait avoir longtemps résisté, convaincue de l’infinie supériorité des livres de papier, avant de craquer et de réaliser que les livres électroniques, et plus précisément la capacité de transporter une bibliothèque entière dans un engin ne pesant pas plus de 300 grammes. Plus elle enchaînait les arguments en soulignant son statut d’ancienne inconditionnelle des livres, plus moi, je me disais que « Julie », si on reportait 3 lettres, ça faisait « Judas ». Abandonner le plaisir de tourner les pages, plier des coins (je sais, pas bien) et avoir une véritable bibliothèque débordant de livres colorés? No way. Et puis la Noël est arrivée, et avec elle, une liseuse offerte par ma marraine.

Addiction immédiate

Une petite merveille compacte, bien plus petite que ma iTablette qui s’avérait surtout iMpossible à manoeuvrer confortablement pour lire au lit, et donc une iMmense perte d’argent, sachant qu’il m’avait à l’époque fallu des mois pour trouver comment me désabonner à mon service de librairie en ligne. Mais je digresse. Une jolie petite liseuse compacte et ultra légère, donc, sur laquelle je me suis empressée de télécharger un livre dès que je l’ai déballée. C’est vrai, après tout, je venais justement de finir un livre (papier), donc avant d’en entamer un autre, rien de tel que de me blottir près de mon mec et tester un peu ce nouvel objet. C’était il y a dix jours, et depuis, j’ai lu 3 livres, tous électroniques, et je n’ai pas touché un seul des romans qui attendent sagement en pile sur ma cheminée que je les commence.

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Si je devais trouver les causes de cette addiction aussi subite que dévastatrice, je dirais que tout a d’abord été une question de prix. Bien qu’étant connue pour ne pas regarder aux prix quand je suis dans une librairie (et avoir une addiction coûteuse aux livres sous toutes leurs formes, qu’il s’agisse de romans, biographies ou recueils de recettes) là, la différence sautait immédiatement aux yeux: des livres moitié moins cher qu’en librairie en moyenne, avec parfois des baisses de prix spectaculaires. Par exemple, Educated, que j’avais envie de lire depuis des mois, à 10 euros au lieu de 30. Il n’en fallait pas plus pour que la graine du doute soit fermement plantée dans mon cerveau de papivore. D’autant qu’outre des différences de prix de taille, les livres de papier font difficilement le poids face à la légèreté d’une liseuse électronique.

Idée lumineuse

Finies, les crampes aux doigts et le bras endolori par mes contorsions pour trouver une position confortable pour lire au lit: ici, même les ouvrages les plus imposants tiennent dans la paume. Bonus, en prime: grâce au rétroéclairage délicat, je lis sans me faire mal aux yeux (adieu, lumière bleue) et je ne garde pas Chéri éveillé en prime en lisant sans lampe de chevet allumée. Hier encore, je jurais qu’on ne m’y prendrait jamais, et là, j’ai rejoint les hordes de convertis qui chantent les louanges des liseuses et entreposent une véritable bibliothèque dans un petit bout de plastique. Mais si c’est si génial, pourquoi est-ce que je me sens mal?

Esprit de Matilda, es-tu là?

Comme dans toute addiction, les effets positifs ont évidemment un revers et se paient en effets négatifs aussi. Ici, en l’occurence, je me sens infidèle. Ne parlons même pas du fait que j’ai complètement délaissé la pile de livres qui hier encore me faisait les yeux doux depuis ma cheminée et à qui je battais des cils avec anticipation en retour. Ni de la triste réalité de mes libraires habituels, qui doivent se dire que telle Ariana G., j’ai fini 2018 en mode « thank you, next » et tourné la page sur notre relation épanouie (et un peu ruineuse pour moi aussi). Non, la pire trahison je crois, c’est envers mon mini-moi, cette lectrice compulsive de Roald Dahl qui, dès l’instant où elle a dévoré Matilda il y a des années, s’est complètement et totalement identifiée à cette accro aux livres, la famille baltringue en moins.

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Si on m’avait dit à l’époque que je mettrais mes livres bien aimés de côté pour lire plutôt sur une tablette électronique, j’aurais halluciné. D’abord parce qu’en 1995, il n’y avait même pas l’internet ni les GSM, mais aussi et surtout parce que j’aurais trouvé ça complètement incompréhensible qu’on puisse vouloir lire autrement qu’avec le poids d’un livre en main, le toucher du papier et l’odeur incomparable d’un livre fraîchement imprimé. C’est en m’imaginant en version moderne (et légèrement plus éduquée tout de même) de Zinnia Verdebois que j’ai décidé de mettre mon addiction sous contrôle avant qu’il ne soit trop tard. Profiter du confort de la tablette pour lire au lit, pelotonnée dans le canapé ou noyée dans les bulles de mon bain? Oui. Toujours l’avoir dans mon sac quand je voyage pour prendre 4 livres pour le poids d’un-demi dans mon sac? Forcément. Continuer à accorder la priorité aux livres, les vrais, ceux de papier, et m’astreindre à alterner un livre sur la liseuse, puis un de ma pile? Oui, oui, et oui. Les grandes histoires d’amour sont comme ça, il est impossible de tourner la page, et même si après plus de 20 ans de monogamie stricte, je fais quelques infidélités à ma bibliothèque, il est hors de question d’envisager de la quitter, ou même de la remplacer.

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