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Virginie Efira: « Est-ce qu’on aime uniquement les gens qui nous font du bien? »

Dans Un amour impossible, long-métrage adapté du roman de Christine Angot, Virginie Efira aborde un sujet douloureux: l’inceste.

Pourquoi avez-vous accepté le rôle de Rachel, cette mère de famille qui ignore que le père de sa fille la viole?

« Quand j’ai appris que Catherine Corsini adaptait ce livre de Christine Angot, que j’avais beaucoup aimé, j’ai demandé à la rencontrer. Je comprenais ce complexe d’infériorité dont souffre Rachel et qui l’aveugle au point qu’elle ne voie pas la souffrance de sa fille, Chantal. Elle pense qu’elle est malheureuse à cause d’elle, qu’elle est mieux chez son père. Moi aussi, j’ai longtemps douté de moi, de ma légitimité. Je dégage sans doute un truc qui doit donner l’impression que j’ai confiance en moi mais ce n’est jamais aussi simple pour personne. Surtout quand tu fais du cinéma ou de la télé! Les gens te définissent d’une certaine façon et tu finis par croire que c’est ce que tu es réellement. C’est compliqué de s’en défaire. De manière générale, je crois que la société nous enferme dans des cases dont il est difficile de sortir. »

J’ai longtemps pensé qu’il fallait que je sois drôle puisque je n’étais pas la plus jolie fille de la planète. »

La maturité a-t-elle renforcé votre confiance en vous?

« J’ai récemment revu ‘L’amour c’est mieux à deux’ et je me suis dit: « Waouh, je suis loin d’être formidable, c’est le moins qu’on puisse dire. Je n’ai rien pour moi. » Et j’avais quand même 30 ans! À l’écran, j’ai vu une fille paumée qui faisait des grimaces à la caméra. Je pense que j’ai appris à vivre dans le présent, à arrêter de me demander constamment ce que les autres allaient penser de moi. Ce qui ne fait pas de moi une comédienne géniale! L’expérience y est peut-être pour quelque chose. Je ne sais pas. Il y a des gens qui sont épatants à 20 ans. Je crois que j’ai eu un déclic après ’20 ans d’écart’. J’ai arrêté de me regarder, il n’y a rien de pire pour un acteur! Au début de ma carrière, quand j’étais invitée sur des plateaux télé, je me disais qu’il fallait que je sois vraiment très drôle car je n’étais pas la plus jolie fille de la planète. Sauf que je jouais un personnage. Je ne suis pas quelqu’un d’hyper marrant qui fait des vannes à table. La confiance en soi, toute seule, c’est compliqué. À un moment donné, il faut aussi que les autres vous disent des choses qui renforcent cette confiance, qui vous autorisent et vous aident à y croire. Puis, j’ai compris que rien n’était grave. »

Pensez-vous que Philippe (Niels Schneider, Ndlr), le père de Chantal dans le film, est la cause du complexe d’infériorité de Rachel?

« Oui, cette histoire est aussi celle d’un amour impossible entre un homme et une femme. Dès le début de leur relation, il l’infériorise, la rabaisse sur ses origines juives, refuse de l’épouser. Il lui dit des trucs horribles. Et elle accepte. Elle oublie l’humiliation et garde les souvenirs heureux. Elle n’a pas connu son père et il lui reste cette blessure originelle. Comme si elle savait qu’on allait l’abandonner. Elle aurait pu se marier avec quelqu’un d’autre, vivre une vie paisible. Mais, il l’a bouleversée. Il est séduisant, il n’est pas dans les convenances. Elle l’a aimé sincèrement. Elle est restée accrochée à lui, même quand il n’était pas là, même quand il lui a annoncé qu’il était prêt à en épouser une autre. Il n’y a que par l’indicible, il n’y a que l’inceste qui lui a permis de se détacher. »

Le film se déroule dans les années 50. Aujourd’hui, il est difficile de comprendre qu’une femme puisse se faire malmener de la sorte…

« Plus jeune, j’ai vécu des histoires d’amour où je me faisais un peu malmener moi aussi. Des années plus tard, les garçons sont revenus s’excuser de s’être comportés de telle ou telle façon. Mais, j’aurais pu choisir de partir. Est-ce qu’on fait toujours les bons choix? Je ne crois pas et je ne veux pas me blâmer pour ça. Est-ce qu’on n’aime que les gens qui nous font du bien? Avec du recul, j’ai appris que ce n’est pas parce qu’on comprend, qu’on tolère le point de vue, l’acte de l’autre, qu’il faut rester. Si on souffre, on a le droit de partir. »

On ne réussit jamais totalement la maternité »

Si c’est son père qui la viole, Chantal en veut particulièrement à sa mère. Comprenez-vous cette rivalité?

« Je n’ai pas la prétention de pouvoir comprendre les déséquilibres que cause l’inceste au sein d’une famille. Ce dont je ne doute pas, c’est que cette mère aime sa fille et tente de faire de son mieux. Elle ne s’est jamais posée en victime, elle est restée droite. Au fond, Rachel est quelqu’un de bien… mais elle a foiré. Je pense qu’on ne réussit jamais totalement la maternité. Mes parents ont été exceptionnels mais je leur en ai voulu pour certaines choses. Quand Rachel apprend que sa fille se fait violer par son père, elle refuse de nommer les choses. Elle a une infection des trompes. Sa fille refuse de lui parler. Elle ne supporte même plus d’entendre sa mère manger. J’y trouve une résonnance avec le mouvement Me Too. Le harcèlement sexuel existe depuis toujours mais le nommer a fondamentalement changé les choses. Dans le film, ce n’est que lorsque Chantal parle ouvertement de l’inceste à sa mère, que les choses bougent. »

Un amour impossible, actuellement en salles.

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