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Deux films au casting de folie dévoilent un prédateur aussi dangereux qu’Harvey Weinstein

D’un côté Nicole Kidman, Charlize Theron et Margot Robbie. De l’autre Naomi Watts, Russel Crowe et Sienna Miller. Deux castings qui se lisent comme un who’s who d’Hollywood, et qui dénoncent l’histoire de Roger Ailes, créateur de la chaîne d’infos Fox News, et prédateur sexuel dans la veine d’Harvey Weinstein.

Comme lui, il était dans une position de pouvoir dont il semblait indétrônable. Comme lui, il en a usé pour abuser de ses collaboratrices, exigeant des faveurs sexuelles en échange d’avancements professionnels, celles qui avaient le courage de refuser se voyant immédiatement pénalisées. Comme Weinstein, Roger Ailes a également vu sa chute précipitée par la libération de la parole de ses victimes. Sauf que dans leur cas, le scandale a précédé d’un an l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo, et avait finalement fait relativement peu de bruit en Europe, tandis qu’outre-Atlantique, le retentissement du scandale Weinstein et des autres dénoncés dans la foulée l’aurait presque fait oublier. C’était sans compter sur deux films au casting de haut-vol et un documentaire consacré à l’affaire.

Faire entendre sa voix

Réalisé par Tom McCarthy et Alex Metcalf et divisé en mini série sur Showtime, The Loudest Voice suit de très près la vertigineuse ascension (et la chute retentissante) de Roger Ailes, incarné pour l’occasion par un Russel Crowe méconnaissable, bouffi et affublé de prothèses pour le faire ressembler au mieux à l’ancien faiseur d’opinion le plus puissants des States. Né à l’aube de la Seconde guerre mondiale dans une petite ville de l’Ohio, Roger Eugene Ailes a été consultant média pour les présidents républicains Bush senior, Reagan et Nixon, et en 1996, il est nommé président de Fox News lors du lancement de la chaîne d’info conservatrice. Un promontoire de choix, d’où il va passer 20 ans à faire et défaire l’opinion publique américaine, mais aussi les carrières de ses collaboratrices, selon qu’elles se montrent réceptives ou non à ses avances. À l’écran, Sienna Miller, méconnaissable elle aussi avec ses prothèses faciales qui lui font des joues tombantes, joue son épouse, tandis que Naomi Watts adosse le tailleur de Gretchen Carlson, l’intrépide journaliste dont les accusations ont contribué à faire tomber Roger Ailes. En juillet 2016, cette dernière porte plainte pour harcèlement sexuel contre son ancien patron, donnant ainsi le courage à des dizaines d’autres femmes de dénoncer également les agissements du magnat des médias. C’est ce moment, mais aussi la décennie qui l’a précédé, et où Roger Ailes régnait sur l’info américaine, que suit la mini-série de Showtime. L’occasion d’en apprendre plus sur la toute puissance de certains personnages sur la scène de l’information, mais aussi de se passionner pour les personnages complexes (pourquoi son épouse ferme-t-elle les yeux? comment n’a-t’il pas été dénoncé avant?) d’une série drôlement bien ficelée, dont le rythme soutenu n’est pas sans rappeler celui des programmes de Fox News. Si l’affaire a fait moins de bruit chez nous que le scandale Weinstein, la chute de Roger Ailes l’aura pourtant précédée d’un an, et aura contribué également à la libération de la parole qui aura donné son souffle au mouvement #MeToo. Dans une interview accordée au Hollywood Reporter, Naomi Watts a d’ailleurs souligné l’importance pour elle d’interpréter Gretchen Carlson, rappelant le courage qui a été nécessaire à la journaliste pour s’en prendre à un homme aussi puissant et virtuellement intouchable.

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Lâcher une bombe

Joli hasard de casting, dans la version cinématographique du scandale, c’est l’amie de longue date de Naomi Watts, Nicole Kidman, actrice australienne elle aussi, qui interprète Gretchen. À ses côtés, Charlize Theron, dans le rôle de Megyn Kelly, journaliste phare de la chaîne Fox News, qui dénoncera également Roger Ailes dans la foulée des accusations de sa consoeur. Selon elle, Roger Ailes se serait permis des remarques déplacées, mais aurait aussi surtout essayé à trois reprises de l’embrasser. Quant à Margot Robbie, elle interprète quant à elle le rôle d’une productrice fictive elle aussi victime de la prédation de son patron. Intitulé aptement “Bombshell”, pour les effets retentissants que l’affaire a eu sur la chaîne et le milieu médiatique, le film sortira le 29 janvier prochain.

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Envie d’en apprendre plus sur le scandale et ses implications d’ici là? Alexis Bloom a consacré un excellent documentaire au scandale, “Divide and Conquer: The Story of Roger Ailes”, disponible sur Amazon. 1h47 minutes d’autant plus haletantes que contrairement aux versions avec Naomi Watts ou Nicole Kidman, ici, rien n’est romancé, même si la réalité semble parfois incroyable. Manipulation, mensonges, pouvoir, privilège: le documentaire fascine. Et Roger Ailes alors, que devient-il? Ayant anticipé son renvoi en présentant sa démission, il est mort un an plus tard d’un hématome cérébral dû à une mauvaise chute. Lors de son enterrement, un de ses fils, ado à l’époque, avait profité de son discours d’hommage pour souligner qu’il tenait à “prévenir tous ceux qui s’en sont pris à mon père que je me vengerai”. Ses accusatrices, elles, avaient gardé le silence. Une marque de respect d’autant plus honorable qu’on peut se demander si elle était méritée…

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