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Les vacances sont-elles essentielles à notre santé mentale ?

Camille Hanot
Camille Hanot Journaliste


« Si je ne pars pas, je ne tiendrai pas le coup ». Entre véritable impact positif et illusion de bien-être, que nous apportent réellement les vacances en matière de santé mentale?



Un sondage réalisé auprès de 3 000 personnes sur les « intentions et adaptations de vacances à la suite de la crise du Coronavirus » met en lumière que si le Belge devra envisager de partir moins loin cet été, il n’est pas prêt pour autant à renoncer à ses vacances.

Se dorer la pilule sur une plage paradisiaque en Thaïlande, entreprendre un roadtrip sur les pistes sauvages d’Islande, découvrir les criques mystérieuses de la côte française, explorer les ruelles pittoresques des îles grecques, vivre la dolce vita à coup de spritz et spaghettis en Italie, enchaîner les randonnées vertigineuses à l’île de La Réunion… Ces escapades vous font rêver et sans l’une d’elles cette année vous pensez ne pas tenir le coup ? Les vacances sont-elles si importantes à notre bien-être que l’on ne peut imaginer en être privés ?

La réponse est plus complexe qu’elle n’y paraît comme nous l’explique d’emblée Catherine De Geynst – psychologue clinicienne, psychothérapeute systémique et victimologue. Oui, il y a de réels bénéfices liés aux vacances mais il est important de remettre les éléments dans leur contexte. Vacances ne veut pas dire voyage. Vacances vient de vacant du latin vacans et signifie « être libre inoccupé, vacant/ être inoccupé, oisif« . Voyage vient de viaticum, viaticus, via et signifie « Action de se déplacer par un chemin plus ou moins long pour se rendre d’une ville dans une autre, d’un pays dans un autre, d’un lieu dans un autre« .

Comme le déclare Catherine De Geynst:

Ce n’est pas tant la destination des vacances qui compte mais notre capacité à pouvoir tirer profit de ces jours off.


Les bienfaits des vacances sur la santé mentale sont loin d’être exclusivement dépendants des pays que nous visitons. « Envoyez quelqu’un de déprimé sur une plage paradisiaque de l’Île Maurice, il y a de grandes chances qu’il revienne toujours déprimé », explique-t-elle.

Les vacances et la santé mentale


D’un point de vue strictement psychologique, ce qui est bénéfique pour notre santé mentale en vacances, c’est d’abord de ne pas travailler. Ensuite de pouvoir se changer les idées, se défaire de sa routine métro-boulot-dodo et se sentir dépaysé.

La destination au sens strict du lieu où l’on pose ses valises est quant à elle une source de plaisir non négligeable mais pas indispensable. La course aux voyages exotiques, aux clichés paradisiaques, aux séjours aventuriers, aux apéros entre amis… sont autant d’éléments qui répondent d’abord à un impératif de la société. Il y a une pression sociale qui nous pousse à partir et nous fait croire qu’il faut partir pour se sentir bien/être quelqu’un de bien. Les vacances participent également à assouvir notre côté narcissique et mettent en jeu notre image de soi face au regard des autres. Au plus on va loin, au plus on découvre des choses que les autres n’ont pas découvert, au plus on poste des photos en guise de trophée sur les réseaux sociaux au plus on est cool – au plus on croit être cool ! Si Catherine De Geynst juge que ce mécanisme est on ne peut plus humain, elle émet un doute quant à son importance pour notre santé mentale.

Les vacances à l’heure du coronavirus


Et donc, quid de notre santé mentale cette année si on ne peut pas prendre la route des vacances ou si on la prend dans un climat anxiogène ? Elle ne devrait pas en pâtir estime la psychothérapeute systémique. « Mieux encore cela pourrait être bénéfique pour notre bien-être mais, si et seulement si, nous parvenons à développer certains mécanismes », explique Catherine. C’est-à-dire ?

« Ce qui est bénéfique pour notre santé mentale à long terme, c’est de pouvoir innover dans nos capacités d’adaptation, trouver des remèdes, du réconfort dans des activités, dans des lieux où on ne pense pas forcément en trouver. Comme nous avons déjà dû le faire à l’heure du confinement », explique Catherine. Aussi pénible la situation fût-elle à vivre, elle nous a poussé à trouver de vraies sources de plaisir et de distraction qui sur le long terme sont plus bénéfiques pour notre santé mentale que de courir de terrasse en terrasse ou de séance shopping en séance shopping, par exemple. Si Catherine reconnaît que nous avons besoin de plaisirs légers, elle remarque aussi qu’ils sont souvent des sources de plaisirs matériels, superficiels et de court terme. En d’autres mots, la situation du Coronavirus nous a permis d’être un peu plus dans l’introspection, dans le laisser-aller, dans l’acceptation de ne rien faire car nous n’avions plus accès à nos sources de distractions habituelles et que nous ne pouvions plus courir sans cesse à gauche et à droite.

Du point de vue des vacances, en restant cet été en Belgique, nous n’aurons pas d’autres choix que de trouver de nouveaux moyens que ceux qui nous sont habituellement proposés et que l’on adopte sans réfléchir pour être dépaysés et ralentir le rythme.

Les gens ont cette idée que c’est seulement en partant qu’ils peuvent se déconnecter, ne rien faire, voir du beau et de la poésie. C’est une fausse idée reçue. Tous ces éléments sont à portée de main : à nous, à vous de mettre la main dessus!


conclut Catherine De Geynst – psychologue clinicienne, psychothérapeute systémique et victimologue.





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