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Le coup de gueule d’une naturopathe face à certaines cures de jus détox

Camille Hanot
Camille Hanot Journaliste

S’alimenter du petit-déjeuner au souper avec 6 jus durant 1 à 3 jours dans l’espoir de perdre du poids, gagner en énergie et vitalité, détoxifier son corps, renforcer son système immunitaire, voilà les nombreuses promesses des cures de jus detox. Mais nous veulent-elles vraiment du bien? Emmanuelle du Charlat, naturopathe fait le point.


« On vend des cures de jus detox qui ne sont pas des cures de jus detox. (…) Avoir pour ratio ¾ de poire pour ¼ de céleri dans un jus, c’est honteux. (…) Nous faire boire un lait végétal aux dattes à 22h pendant une cure de 3 jours, c’est juste ahurissant et encore, je ne parle pas des dégâts sur les dents. (…) Promettre de perdre 2 kilos en 3 jours, c’est entraîner les gens dans des processus néfastes » commente d’emblée Emmanuelle du Charlat, naturopathe, installée à Uccle.

Certes, la naturopathe n’y va pas par quatre chemins quand il s’agit de parler des cures de jus mais attention, non loin d’elle l’idée de toutes les décrier. « Il y a de très bonnes cures et les bénéfices sont réellement prouvés. Ce que j’ai dans le collimateur, ce sont les cures qui font miroiter monts et merveilles, qui promettent de venir donner intrinsèquement des bénéfices, sans jamais rappeler que l’alimentation équilibrée, ça n’a rien à voir avec le fait de faire une cure de jus une fois par an » explique-t-elle. Son but ? Remettre l’église au milieu du village soit les cures de jus dans leur contexte! 

 

Les cures de jus sont-elles néfastes ?


« Non au contraire, les cures bien pratiquées sont totalement bénéfiques » répond d’emblée Emmanuelle. « D’autant plus qu’aujourd’hui, même si on fait attention à son alimentation, on ne sait pas exactement ce que l’on mange. Les étiquettes ne sont pas faciles à comprendre, le bio nous vient de l’autre bout du monde, une majorité des produits sont transformés et saturés… Bref, inévitablement, l’organisme s’encrasse. Et l’alimentation n’est pas la seule responsable. Il y a également l’environnement, la pollution, le manque d’activité physique ou encore le facteur stress qui est polluant pour l’organisme. Les cures permettent donc de mettre le système digestif et l’organisme un peu au repos. Pour prendre une image claire, c’est comme faire la vidange d’une voiture. Tous les ans, on emmène sa voiture chez le garagiste, le principe des cures, c’est ça et c’est très bénéfique ».

Le problème n’est donc pas la cure mais bien la façon dont celle-ci est emballée et, pour certaines, composées.


Aujourd’hui, on vend des cures en mode potion magique – faites donc une petite cure de jus avant l’été et à vous le bikini body. « Non, non, non » insiste Emmanuelle. « Une cure de jus detox doit être instituée et envisagée dans un processus de transformation. La notion de compréhension est essentielle! Pourquoi on fait ça ? Qu’est-ce que ça va nous apporter ? Quel changement ça peut impliquer ? La cure se doit aussi d’être encadrée – comment s’y préparer ? Comment réagir post-cure ?... Dans le cas contraire, on se retrouve avec des clients font des crises curatives sans même savoir ce que c’est et pourquoi ils en sont victimes…

Une crise curative, c’est quoi ?


« C’est lorsque quelqu’un se lance dans une cure de jus et se retrouve avec d’horribles maux de tête, des boutons, des insomnies, des maux d’estomac… Bref, avec un tas de répercussions loin d’être chouettes. De plus, la crise curative peut d’autant être forte si on passe d’un coup d’une alimentation normale, carnée à une alimentation liquide durant 3 jours… Alors oui, aujourd’hui, on trouve en guise de mode d’emploi des conseils et des avertissements mais qui sont ceux qui prennent vraiment ces éléments au sérieux ? »

À noter: la crise curative n’est pas négative. Au contraire ! « Elle signifie que notre terrain est encombré et qu’il nécessite d’être nettoyé mais peut-être pas dans un premier temps avec une cure de jus de 3 jours qui va potentiellement nous rendre malade... »

Le deuxième problème: la composition


Si la cure doit faire partie d’une réelle réflexion, elle doit aussi absolument être de qualité. C’est un deuxième point encore plus touchy. « Quand je vois que dans certaines cures, certains jus contiennent 3x plus de fruits que de légumes, ça m’ahurit ! Alors oui, c’est du fructose (bon sucre) mais quand on fait une cure, on cherche notamment à éliminer le sucre car de manière générale nous en mangeons beaucoup trop. Il n’est donc pas judicieux de se retrouver avec des ratios ¼ d’épinards pour ¾ de pommes. Le goût du jus sera, certes, meilleur au goût mais en tout cas pas pour la santé » explique Emmanuelle.

Comment déceler les bonnes des mauvaises cures?


« C’est bien là, le problème » déclare notre naturopathe. « Ce n’est pas facile car si on a souvent la liste des ingrédients des jus, on n’a pas les quantités. Dans l’idéal, il faudrait que les concepteurs soient plus honnêtes sur les étiquettes mais ce n’est pas gagné. » Voici quelques recommandations:

  • Demander l’avis d’un spécialiste


Passer par quelqu’un – un naturopathe, un nutritionniste pour choisir sa cure. « Mais encore une fois, ce n’est pas forcément une garantie. En effet, ce n’est pas notre métier de base de vendre des cures de jus car nous travaillons plus sur une alimentation équilibrée récurrente, sur des accompagnements alimentaires à long terme« .

  • Poser des questions


Pourquoi ne pas avoir l’audace de demander aux gens qui vendent la cure exactement la composition ? Pousser plus loin que le message marketing, c’est un premier pas.

  • Attention à l’index glycémique


« J’ai la conviction également qu’il faut mettre le focus sur l’index glycémique. C’est-à-dire qu’il ne faut pas bannir le sucre mais plutôt le mauvais sucre que l’on détecte grâce à l’index glycémique. Grosso modo, plus l’index glycémique d’un produit est élevé moins il est bon pour l’organisme car il déclenche des réactions en terme d’insuline qui à terme peuvent provoquer du diabète » explique Emmanuelle.

Dans le viseur de la naturopathe, on retrouve notamment les laits végétaux bourrés de dattes soit le fruit avec l’index glycémique le plus haut. « Il y a un non-sens total d’inclure dans des cures un lait végétal aux dattes à 22h ! Conseiller à des gens de se bourrer de sucre à 22h quand on est en cure, c’est honteux! »

  • Veiller à la palette de couleurs


Il faut également veiller à ce que la cure soit riche dans les aliments qu’elle propose. On dit souvent qu’un caddie équilibré, c’est un caddie multicolore. C’est le cas aussi pour les cures de jus. On a besoin d’une multiplicité de légumes pour multiplier les nutriments, vitamines et antioxydants.

Le message à garder en tête


« Oui les cures, c’est un petit nettoyage bénéfique mais ce n’est pas un mode d’alimentation. Les cures sont à faire à un moment T pour nettoyer l’organisme, pas avec le but de nous faire maigrir ou quoi que ce soit d’autres. Il faut envisager la cure comme un coup de pouce à faire parmi tant d’autres choses pour atteindre un équilibre, une hygiène de vie et une bonne santé! Une cure ne viendra pas désencrasser totalement votre organisme si vous ne mettez rien d’autre en place. Gardez en tête qu’il y a trois pôles qui sont interdépendants pour votre hygiène de vie globale: l’alimentation, le sport et la gestion du stress ! » conclut Emmanuelle du Charlat.

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