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Lionel Shriver Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes DR Kathleen Wuyard

Flair Book Club: que vaut le Lionel Shriver dont toute la presse parle?

Kathleen Wuyard

Ces dernières semaines, impossible d’ouvrir un magazine féminin ou généraliste sans tomber sur la couverture vert vif du dernier Lionel Shriver dans les pages lecture. Un buzz mérité? On a dévoré le roman pour le savoir.

Confession: on n’en était pas à notre premier Lionel Shriver, loin de là, et outre le battage médiatique autour de la sortie en français du livre, l’excitation était à son comble pour déterminer si l’auteure de « Propriétés Privées », « Les Mandibule » ou encore « Il faut qu’on parle de Kevin » avait une fois de plus réussi à écrire un roman qui dérange autant qu’il ravit avec « Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes ».

Le résumé


Un beau matin, au petit-déjeuner, Remington fait une annonce tonitruante à son épouse Renata : cette année, il courra un marathon. Tiens donc ? Ce sexagénaire certes encore fringant mais pour qui l’exercice s’est longtemps résumé à faire les quelques pas qui le séparaient de sa voiture mettrait à profit sa retraite anticipée pour se mettre enfin au sport ? Belle ambition ! D’autant plus ironique que dans le couple, le plus sportif des deux a toujours été Renata jusqu’à ce que des problèmes de genoux ne l’obligent à la sédentarité. Qu’à cela ne tienne, c’est certainement juste une passade.


Sauf que contre toute attente, Remington s’accroche. Mieux, Remington y prend goût. Les week-ends sont désormais consacrés à l’entraînement, sous la houlette de Bambi, la très sexy et très autoritaire coach. Et quand Remington commence à envisager très sérieusement de participer à un Iron Man, Renata réalise que son mari, jadis débonnaire et volontiers empoté, a laissé place à un être arrogant et impitoyable. Face à cette fuite en avant sportive, leur couple résistera-t-il ?

Et en 3 mots-clés?


#couple

#dépassement

#cancelculture

Pourquoi on a aimé


Tout qui a subitement découvert les plaisirs de la course à pied après avoir juré que jamais on ne l’y prendrait ne manquera pas de s’identifier dès les premières pages, tant à l’enthousiasme de Remington qu’au scepticisme de sa femme, car ainsi qu’elle l’affirme dans le premier chapitre, personne n’aime vraiment courir, même les personnes qui s’y attèlent régulièrement: cela reste avant tout une question de volonté et de discipline.

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Il est question de ça, dans ce roman au ton mordant, mais aussi des défis qu’on s’impose dans notre société de la performance à outrance, ainsi que des autres écueils de notre époque, à commencer par la cancel culture. Furieusement d’actualité, les thématiques abordées ont aussi un fil rouge plus universaliste, celui du couple et de l’équilibre délicat à maintenir quand on s’aime depuis des années et que parfois, l’un change et l’autre pas. Servis magistralement par l’écriture drôle, intelligente et incisive de Lionel Shriver, ces thèmes ô combien d’actualité font de « Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes » un de ses romans les plus distrayants, bien loin de la pénombre de « Il faut qu’on parle de Kevin ». Un peu trop, même, parfois: sans rien spoiler, on regrette un peu la fin, convenue. Mais pas au point de nier que le buzz actuel que s’offre Lionel Shriver dans la presse est plus que mérité.

À qui il va plaire


La réponse facile est: les accros aux défis sportifs, qui pourront tour à tour s’identifier à Remington et ses camarades ou reconnaître leurs proches en Serenata. Mais de manière plus générale, tout qui s’intéresse à la complexité des relations humaines, adore l’écriture ironique et conspue la cancel culture adorera ce roman brillant – et vraisemblablement, le reste des écrits de Lionel Shriver aussi.

« Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes », Lionel Shriver, 384 pages, Belfond, 22€,  plus d’infos ici.

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