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FAUT QU’ON REGARDE: « La vie d’une petite culotte », le reportage bouleversant sur la mode

Justine Rossius

Stéfanne Prijot, 31 ans, a réalisé le documentaire « La vie d’une petite culotte et de celles qui la fabriquent », qui sortira au cinéma le 23 octobre.


 

Vous sortez de la douche et agrippez une petite culotte dans votre tiroir. Un geste on ne peut plus anodin que nous sommes des milliers à poser chaque matin, bien loin de nous douter du parcours qu’a effectué cette petite culotte pour atterrir dans notre armoire. C’est ce voyage tumultueux qu’a voulu retracer Stéfanne Prijot, dans son documentaire « La vie d’une petite culotte ».

5 intervenantes, parmi tant d’autres


Après avoir officié pendant des années dans des ONG et ASBL, Stéfanne Prijot et son comparse, Yann Verbeke, sont partis sillonner l’Asie pendant 1 an, à la recherche de ces femmes qui fabriquent nos culottes, jeans, cropped top et autres pièces de nos dressings. Le documentaire retrace ainsi le processus de fabrication à travers 5 intervenantes. « Il y en a énormément d’autres, mais j’ai choisi de me focaliser sur 5 femmes » souligne la réalisatrice. Il retrace d’abord l’histoire de Yulduz, agricultrice dans les champs de coton ouzbeks, privée de liberté d’expression. « En Ouzbékistan, les femmes sont opprimées. Lorsque je les questionnais sur la question du coton, elles me répondaient d’une même voix: ‘Le coton est l’or blanc du pays, la fierté de notre gouvernement’. Se rendent-elles compte à quel prix?

 

La prison à 14 ans


Viens ensuite l’histoire de Janaki, jeune fileuse Sumangli, qui a dû quitter les bancs de l’école pour l’usine. « Je ne peux plus rentrer dans une boutique de vêtements sans penser à elle… » raconte Stéfanne. « Là-bas, ce sont les compagnies elles-mêmes qui se rendent dans les villages pour proposer aux parents des Intouchables de prendre leur fille dans l’usine pendant 3 ans. Après ce laps de temps, les parents obtiennent l’argent pour payer la dot, qui équivaut à 400 € à peu près. Les filles y sont enfermées, littéralement, et travaillent 7 jours sur 7» explique-t-elle avant de rappeler, aussi, la toxicité de leur emploi, les fibres de coton s’infiltrant dans les poumons de ces fillettes qui ne rêvent pourtant que de jouer à la marelle…

D’Ousbékistan à la Belgique


Enfin, on s’immisce dans le quotidien de Mythili, une teinturière en Inde, rêvant de devenir maman, mais devenue stérile après avoir travaillé tant d’années avec des produits toxiques. Celui de Risma, une militante pour les droits des ouvrières en Indonésie et puis, enfin, plus proche de nous, celui de Pascale, la maman de la réalisatrice, qui tient un petit magasin de vêtements en Belgique. Lieu symbolique, à l’origine de cette idée de documentaire…

 

Mais d’où viennent mes vêtements?


« Petite déjà, j’étais toujours fourrée dans la boutique de maman » se rappelle Stéfanne, qui, au fur et à mesure qu’elle pliait les vêtements, a vu naître en elle un questionnement: « Je me demandais d’où provenaient ces vêtements. Alors qu’à la base, ma maman ne vendait que des pièces fabriquées en Belgique, petit à petit, les marques ont commencé à délocaliser la production sans même nous prévenir », raconte-t-elle. « Aujourd’hui, l’opacité du monde textile est gigantesque. Les conditions de travail sont atroces, et pourtant, nous n’avons jamais autant consommé de vêtements que depuis l’apparition des grandes chaînes ».

 

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Les humains ont-ils tous la même valeur?


Mais son envie de réaliser ce documentaire n’a pas seulement éclos lors des heures passées dans l’enseigne de sa maman. Après ses études d’animation socio-culturelle à l’IHECS, Stéfanne a entre autres travaillé chez Good Planet, pour créer outils pédagogiques pour enfants. C’est à leur contact qu’elle a réalisé que beaucoup de jeunes, entre 15 et 18 ans, ne réalisaient nullement l’impact de l’industrie textile: « Certaines réflexions m’ont marquée, comme celles d’enfants me disant que les femmes qui travaillaient en Chine méritaient leur sort. D’autres encore n’étaient pas d’accord pour dire que chaque être humain avait la même valeur. Ça m’a fait tiquer… ». Car c’est avant tout la question de la valeur des humains que pose ce documentaire: ce n’est qu’en observant enfin les visages de celles qui confectionnent nos vêtements que le changement peut naître. En réalisant, que là, en même temps que vous sortez de votre douche et enfilez votre culotte, une femme, à des milliers de kilomètres, enfile la sienne pour vivre l’enfer.

 

Le documentaire sera à voir dès le 23 octobre au Cinéma Aventure (Bruxelles). Plus d’infos par ici.

 

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