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© sexual harassment and bullying over upset and depressed woman

48 % des hommes pensent qu’une victime peut être en partie responsable de son viol

Justine Rossius

La semaine dernière, Amnesty International sortait les résultats d’un grand sondage réalisé en Belgique sur le viol. Parmi les (trop nombreux) chiffres qui nous ont interpellées, on note ceux concernant la soi-disant responsabilité d’une victime quant à son agression.

Selon la grande étude d’Amnesty International et SOS Viol, réalisé par l’institut Dedicated sur le viol et les violences sexuelles en Belgique, la question de la responsabilité de la victime souffre encore de préjugés bien négatifs.

Par exemple, 48 % des hommes et 37 % des femmes sondé·e·s estiment que des « circonstances atténuantes » liées au comportement de la victime peuvent exister dans certains cas, rendant cette dernière en partie responsable de son agression.


La notion de « victim blaming »


Parmi ces prétendues « circonstances atténuantes », on retrouve malheureusement non sans surprise le fait de porter des vêtements sexy (pour 16 %). Comme si l’apparence physique jouait un quelconque rôle dans le drame. Et ce cliché a la vie dure: et on ne peut que tristement rappeler le récent dérapage de Mimie Mathy sur le plateau de « Quotidien ». Suite au départ d’Adèle Haenel aux Césars (après la victoire de Polanski), la comédienne a expliqué ce qui suit, prouvant que ce raccourci « physique => viol » est encore présent dans de trop nombreux esprits:

Je comprends tout à fait, je n’ai pas été violée, j’ai eu cette chance. En même temps, je n’ai pas le même physique, donc je suis un peu à l’abri… ».


Lire aussi: La réaction de Mimie Mathy au départ d’Adèle Haenel des Césars passe mal.

D’ailleurs, toujours selon le sondage, plus de 80 % des sondé·e·s pensent que les femmes sexy/provocantes, les femmes belles et les victimes de violence conjugale sont plus souvent exposées à la violence sexuelle.

16 % estiment également qu’une victime peut être en partie responsable d’un viol si elle n’a pas dit explicitement non au rapport, et ce chiffre monte même jusqu’à 20 % chez les jeunes. 14 % pointent du doigt les comportements provocants et 12 % le fait que la victime se soit rendue volontairement chez le violeur.

 

La responsabilité incombe à l’auteur des faits


Des préjugés qu’il serait amplement temps de détruire, car qui dit responsabilité dit aussi sentiment de culpabilité chez la victime. Une culpabilité qui va pencher dans la balance lorsqu’il sera temps, et d’en parler et de porter plainte. La notion de responsabilité inclut une implication de la victime qui expliquerait le passage à l’acte. Rappelons encore et encore, jusqu’à ce que les victimes en soient convaincues, qu’elles ne sont « que » victimes. Que le seul responsable d’un crime tel que le viol, c’est l’auteur du viol. Rien ne peut justifier qu’un homme prenne possession de votre corps sans que vous soyez consentante, et ce même si vous avez enfilé votre mini-jupe préférée pour sortir, si vous vous êtes baladée à 3 heures du matin seule en rue, si vous avez trop poussé sur le gin to’, si vous avez dansé collée-serrée avec votre bourreau. Même si vous n’êtes pas parvenue à articuler un « non, je ne veux pas ». Derrière ces résultats de l’enquête d’Amnesty International persiste l’idée que c’est à nous de faire attention, de ne pas « allumer » le violeur, de ne pas tenter le diable. Car, c’est bien connu, les violeurs ne peuvent pas contrôler leurs pulsions. Si l’acte a été rendu possible en raison d’une infirmité, ou d’une déficience physique ou mentale de la victime, c’est un viol. Et c’est la justice qui le dit, puisque le viol est défini par l’article 375 du Code pénal comme étant :

Juridiquement, le viol est défini par l’article 375 du Code pénal comme étant : Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui n’y consent pas, constitue le crime de viol. Il n’y a pas consentement notamment lorsque l’acte a été imposé par violence, contrainte ou ruse, ou a été rendu possible en raison d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale de la victime.


Si vous pensez avoir été victime d’un viol, parlez-en. Trop de coupables sont protégés simplement par la culpabilité des victimes. Et il est temps que ça cesse.

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