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4 femmes nous parlent ouvertement de leur bisexualité

Manon de Meersman


Indécision, homosexualité refoulée, libertinage... Les clichés autour de la bisexualité sont nombreux. Or, il s’agit pourtant d’une orientation sexuelle, au même titre que l’hétérosexualité ou la pansexualité. 4 femmes bisexuelles ont accepté de nous parler ouvertement de ce sujet, en tordant au passage le cou aux stéréotypes qui collent à la peau de la bisexualité.


La bisexualité désigne le fait d’être attiré.e ou d’éprouver des sentiments d’ordre amoureux pour les hommes et pour les femmes. Bien que la définition soit simple, beaucoup de monde a encore du mal à comprendre cette orientation sexuelle, lui attribuant des étiquettes qu’elle ne mérite pourtant absolument pas. Souvent vue comme un entre-deux, la bisexualité jouit d’une incompréhension terrible au sein de cette société hétéronormée.

Comprendre sa bisexualité


Comprendre que l’on est bi peut chambouler une existence, en suscitant mille et une questions et un vrai besoin de compréhension de sa propre personne. « À 16 ans , j’ai rencontré une fille en internat. On était très fusionnelles, mais ce n’était qu’une amie pour moi, explique Celya*. Puis j’ai remarqué ses signes de drague. Je ne savais pas quelle était la limite en amitié et en amour lorsqu’il s’agissait d’une fille. Alors que quand il s’agissait d’un garçon, je le savais directement. Je me suis sentie complètement larguée au moment où j’ai commencé à ressentir de l’ambiguïté pour cette fille. Je savais pas quoi faire et j’avais peur de me ramasser un râteau.

Finalement cette fille m’a embrassée et ce que je ressentais au fond de moi s’est confirmé. Je n’étais plus curieuse mais je savais que j’étais attirée par les filles autant que les garçons. J’ai été envahie par un mélange de sentiments très étranges ».



Pour Raphaëlle*, la prise de conscience de sa bisexualité a été, au contraire, un moment naturel, loin d’être empreint d’interrogations à n’en plus finir. « Je m’en suis rendu compte au début de ma troisième secondaire, j’avais 14 ans. À mon cours de danse, j’ai rencontré une personne pour qui j’ai eu un coup de coeur et au premier abord, je pensais qu’il s’agissait d’un garçon. Mais il s’agissait d’une fille, au look très androgyne. Je ne me suis pas posée de questions et je me suis simplement dit: « J’ai un coup de coeur pour une fille, basta » », explique-t-elle. Mona*, quant à elle, a d’abord pensé qu’elle était homosexuelle, avant de comprendre qu’elle était bi. « J’ai d’abord cru que j’étais lesbienne parce que ma première expérience sexuelle était avec une fille vers l’âge de 13 ans. Même si j’ai ressenti très vite de l’attirance pour les deux sexes, je croyais que cette première expérience allait définir le reste de ma vie amoureuse et sexuelle. Et c’est un an plus tard, donc vers la fin de mes 14 ans, que j’ai réalisé qu’il était tout à fait possible d’aimer les deux », explique-t-elle.

La bisexualité, une orientation qui intrigue


On parle beaucoup de l’homosexualité, mais finalement très peu de la bisexualité. « Lorsque j’étais plus jeune, j’ignorais l’existence des autres orientations sexuelles. J’ai grandi en ayant pour modèle de l’amour celui d’un couple hétérosexuel, explique Celya. Un jour, j’ai été surprise en voyant une femme embrasser une autre. Ça m’a paru étrange. Puis, j’ai découvert la Gay Pride. Et c’est là où j’ai été assommée d’une avalanche de questions bouleversant ma vision du monde.

Moi, la jeune adolescente curieuse, j’ai naturellement posé quelques unes de mes questions à ma mère. Sa réaction m’a alors brusquée et je réalise que non seulement parler de bisexualité et de sexualité tout court, c’est tabou mais en plus, je découvre que mon entourage est homophobe. »


poursuit Célya. C’est comme si la bisexualité faisait peur, comme si, parce qu’on l’évoque moins dans les journaux, les magazines et tutti quanti, elle était inconnue, ou presque, de la société. Comme si une incompréhension constante planait au-dessus de ce sujet, qui mérite pourtant autant d’attention que n’importe quelle autre orientation sexuelle puisqu’il s’agit d’une étape dans l’identité de la personne. « Les gens ne comprennent pas toujours ce que signifie être bi. Quand je leur dis que je le suis, ils me posent mille questions du genre: ‘Il y a bien un sexe que tu préfères, non?’, raconte Sofia*. Cette question me bute parce que cela montre directement que la personne ne fait pas l’effort de vouloir comprendre. Dans mes relations, je n’aime pas un homme et une femme en même temps. Je ne suis pas dans le polyamour comme certains peuvent le penser en faisant l’amalgame. J’aime juste un homme ou une femme à un moment donné et si ça se termine avec, j’aime une femme ensuite, ou un homme à nouveau. », raconte la jeune femme âgée de 26 ans.

Alors pourquoi est-ce si difficile de comprendre la bisexualité? L’entourage joue un rôle essentiel dans la façon dont la bisexualité va être vue, appréhendée et comprise.  « Je pense que tu aborderas ta bisexualité d’une manière différente si tu as grandi avec des parents fermés ou ouverts d’esprit. L’entourage joue un rôle fondamental car il n’y a rien à faire, mais quand t’es bi, tu ressens quand même ce besoin de faire un coming-out et d’expliquer que tu aimes à la fois les filles et les garçons, explique Sofia. J’ai personnellement été éduquée par une famille avec des croyances bien fondées et où le couple, c’était un homme et une femme, ni plus ni moins. Donc forcément, quand j’ai su que j’étais bi, j’étais déboussolée. Alors que si j’avais été dans une famille ouverte, je suis sûre que je ne me serais pas autant torturée l’esprit », confie-t-elle. Au contraire de Sofia et Celya, Raphaëlle* a eu la chance d’avoir des parents très ouverts. « J’ai grandi avec des parents ouverts d’esprit qui m’ont toujours répété depuis toute petite que l’on peut aimer n’importe qui, ce n’est pas un problème. Être bi, ça ne m’a pas posé problème du tout ». Pour Mona, avoir une famille ouverte d’esprit a également été une grande chance dans son acceptation de soi. « J’ai beaucoup de chance, mes parents sont des gens très ouverts, le sexe n’a jamais été un sujet tabou, au contraire, j’ai toujours pu poser toutes les questions que j’avais, notamment celle de la bisexualité. Je ne l’ai jamais annoncé de manière officielle, mais ils ont très vite compris. D’ailleurs c’est valable pour mon entourage, mes collègues, et mes ami(e)s », précise-t-elle.



Au-delà du cercle proche, la bisexualité peut parfois se heurter à des réactions concernant un entourage plus éloigné, comme les personnes côtoyées à l’école. Malgré ses parents ouverts et compréhensifs, Raphaëlle a eu des difficultés à parler de sa bisexualité à l’école, lorsqu’elle était encore en secondaires.

Comme j’étais dans une école catholique, je l’ai assez mal vécu. Je n’osais pas le dire et j’y ai fait mon coming-out seulement en rhéto. Et encore, je n’en parlais que si on me demandait vraiment. C’est au fur et à mesure des années que j’ai commencé à m’en foutre de l’avis des gens. Aujourd’hui, je le vis bien et je n’en suis pas du tout gênée ».


conclut-elle. Pour Celya, l’école a justement été un lieu de confiance, où elle a pu parler ouvertement de ses questionnements à l’une de ses professeures. « À mes 15 ans, j’ai eu une discussion ultra intéressante avec ma prof d’art plastique et de théâtre. J’ai appris avec elle ce que sont l’esprit critique et la liberté de penser et d’être. J’ai appris aussi que je pouvais avoir une vie privée au sein de mon entourage et qu’ils n’ont pas besoin de tout savoir sur moi. J’avais droit à mon jardin secret », explique-t-elle.

Préserver son jardin secret


Et ce jardin secret, il est important. Pour se protéger, se préserver, se cultiver, grandir et s’épanouir. À l’instar de l’homosexualité, la bisexualité peut parfois susciter le besoin de faire un coming-out. Mais ce n’est pas toujours le cas. « Au niveau de mon entourage, lorsque je rencontre quelqu’un, je ne ressens pas le besoin de lui dire. Cela vient naturellement dans la conversation et les personnes le comprennent. Je ne le dis pas directement. C’est tellement naturel et normal que je ne considère pas important de le mentionner à chaque fois. À l’époque, j’avais juste fait mon coming-out auprès de mes meilleures amies », explique Raphaëlle. « Je ne me suis pas sentie obligée de faire un coming-out, mais j’en ressentais plutôt le besoin, raconte Sofia. J’étais en paix avec moi-même, mais j’avais vraiment ce truc au fond de moi qui me disait: ‘Faut le dire à tes proches’ et ce, afin de me sentir vraiment bien jusqu’au bout ».

Pour Celya, ne pas tout dire, ce n’est pas mentir, mais plutôt avoir sa part de vie privée. « Au niveau de ma famille, je n’en parle pas forcément. Personnellement, je sais que mes parents sont ouverts d’esprit, mais le reste de ma famille est plutôt old-school et ça poserait des questions. Je ne ressens pas le besoin de leur dire car je ne suis pas dans une relation avec une fille en ce moment. Si c’était le cas, je leur dirais. Mais je n’ai jamais eu de relation assez sérieuse que pour le dire officiellement. Ma mère le sait et mon père s’en doute, mais on n’en parle pas plus que ça. Je ne considère pas que je le cache, explique-t-elle.

Pour éviter des discussions stériles avec des personnes de ma famille, je préfère ne pas en parler. Aussi, je suis quelqu’un qui sépare beaucoup vie privée et familiale. Cela fait partie de ce que je n’ai pas forcément envie de partager avec eux et pour l’instant, ça ne vaut pas le coup. »


confie-t-elle.

La bisexualité, une orientation empreinte de clichés


Si la bisexualité peut mener à des débats stériles, c’est justement parce qu’elle subit au quotidien des tonnes de stéréotypes. « Je vis super bien ma bisexualité, mais la seule chose qui peut me déranger, ce sont les stéréotypes que certains peuvent avoir. Je pense par exemple à des remarques masculines du type: « Ah donc toi, tu aimes les plans à 3! » », explique Raphaëlle. Mais le cliché le plus récurrent à propos de cette orientation sexuelle est sans nul doute celui à propos de l’indécision. Les bisexuels, des personnes indécises? Absolument pas. « Pour moi, c’est comme si on disait à un mec hétéro qu’il est indécis parce que il s’est mis avec des femmes aux cheveux blonds et des femmes aux cheveux bruns. Ce sont des caractéristiques physiques, ça ne veut pas dire que tu es indécis pour autant, poursuit Raphaëlle. Tu peux avoir des goûts variés et pour les bisexuels, c’est pareil.

Oui un homme et une femme ne sont pas pareils, mais plein de facteurs font que tu te mets avec une personne ou une autre. Dire que les bisexuels sont indécis, c’est juste résumer les gens à leur sexe et à ce qu’ils ont entre les jambes alors qu’il y a plein d’autres facteurs. Tout n’est pas blanc ou noir, il y a plein de nuances de gris et tout est acceptable. »


explique-t-elle. « Je pense qu’être indécis c’est ne pas savoir quoi choisir entre la tarte à la myrtille et la tarte à la framboise, mais on n’en tombe pas amoureux pour autant. Les sentiments sont bien plus complexes, c’est triste de les réduire à  »un non-choix  » », exprime quant à elle Mona. « Les personnes qui critiquent de manière malveillante sont juste malheureusement envahies par une haine non-fondée, constate Celya. Cette haine crée un fossé entre-eux. Et ma devise dans ce cas de figure c’est ‘avant de supposer, connais les faits. Avant de juger, comprends la cause. Avant de blesser quelqu’un, mets-toi à sa place. Avant de parler, pense' ».

Un autre cliché qui colle à la peau de la bisexualité peut également être celui de l’infidélité. Parce que oui, c’est bien connu, être bi, c’est avoir deux fois plus de choix, n’est-ce pas? « Ce n’est pas toujours facile d’être en couple avec une personne qui n’est pas bisexuelle. Cela peut créer des soucis au début, explique Raphaëlle. Par exemple, j’ai été avec des hétéros qui avaient peur que les relations avec une femme me manquent. Ils avaient peur de ne pas me suffire et je sais que ça les inquiétait », explique-t-elle. « J’ai été avec des mecs dont la bande de potes n’arrêtait pas de les charier en leur disant: ‘Eh mec, fais gaffe hein, elle va loucher sur ta soeur aussi’ ou des vieilles remarques du genre. C’est vraiment lourd. Et on n’a pas toujours la force de leur expliquer que ce n’est pas parce qu’on peut aimer les deux sexes qu’on va tromper la personne avec qui on est pour une du sexe opposé », raconte Sofia.

Il y a une sorte de tabou à briser à propos des relations entre un bi et un hétérosexuel car il y a une peur de partager ses ressentis. Il y a aussi des clichés sur l’infidélité des personnes bisexuelles comme s’il y avait plus de menaces. La personne peut avoir des a priori et il faut en parler pour dédramatiser. »


ajoute Raphaëlle.

S’assumer fièrement et tel qu’on est


Aujourd’hui, Sofia, Celya, Raphaëlle et Mona assument fièrement leur bisexualité au quotidien. « À l’heure actuelle, je le vis bien et je le revendique, je me bats pour les droits de la communauté LGBTQI+ chaque jour », explique Raphaëlle. Mais avant d’en arriver là, le chemin peut être semé d’embûches. « J’ai remarqué au fil du temps que ma bisexualité a évolué, explique Mona. Ma première relation et donc mon premier amour a été une fille, mais elle m’a brisé le cœur très facilement et donc j’ai vraiment eu très peur de sortir à nouveau avec une fille. J’ai donc mis les sentiments de côté pendant quelques années, et je n’ai entretenu que des histoires physiques avec les filles. Et puis finalement j’en suis même venue à douter de moi, et à croire que je n’étais pas vraiment bisexuelle. Mais si, alors j’ai mis un peu d’ordre, j’ai fait des nouvelles rencontres, et j’ai trouvé comment concilier ce mauvais souvenir avec le présent.

Aujourd’hui je vis une histoire d’amour avec un homme, et il m’arrive parfois de rencontrer des femmes. Tout est très clair pour tout le monde, tout se fait dans le plus grand respect, et tout le monde est heureux. C’est comme ça que je me suis réconciliée avec cette partie de moi. »


confie-t-elle. « Lorsque je me suis mise avec une fille, il s’est passé mille choses en moi. Soulagée d’avoir eu réponse à mes questions que j’avais enfouies en moi. Terrifiée par le processus d’acceptation pour l’assumer plus tard. Enthousiaste et heureuse de vivre de nouvelles choses. Mal à l’aise, lorsque je pensais à ma famille. Anxieuse de voir ma vie faire un virage de 360°. Mais aujourd’hui, grâce à tout ça, j’ai eu le courage de faire mon coming-out à ma meilleure amie. J’avais peur que notre relation change sachant qu’on en avait jamais discuté, mais elle était contente pour moi et c’est tout ce qui compte. Une fois le cap franchi, j’ai pu beaucoup mieux vivre ma bisexualité », explique Celya.

À propos de la bisexualité, Celya a d’ailleurs quelques conseils à donner à toutes ces personnes qui se posent encore des questions à propos de leur orientation sexuelle et de qui ils sont. « J’ai trois conseils à donner à ceux qui se cherchent encore: entourez-vous de personnes qui sont ouvertes d’esprit et empreintes de bienveillance, puis laissez-vous vivre sans laisser la peur vous paralyser. Le monde n’a pas besoin de savoir quelle est votre orientation sexuelle, car le principal c’est d’être heureux ».

*prénoms d’emprunt et témoignages anonymes.



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