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TÉMOIGNAGE: Marlène, 27 ans et haut potentiel, contredit les clichés sur les surdoués

Jim Michaelson
Jim Michaelson

Ils seraient arrogants, perpétuellement le nez plongé dans les livres, n’auraient pas d’amis et jamais mis les pieds dans un bar ou à une fête de leur vie… Les stéréotypes sur les surdoués sont tenaces. Mais Marlène est bien décidée à les démentir, elle qui se sent encore fréquemment incomprise par les autres.

“Bébé, mes parents ignoraient à quel point j’étais avancée comparée aux autres. J’étais leur premier enfant et ils n’avaient aucun point de comparaison. Jusqu’à mon entrée à l’école, où l’on a constaté que mes capacités dépassaient de loin celle de mes petits camarades. Je ne me doutais de rien à l’époque, mais j’étais intriguée par les réactions de mes copains de première maternelle. Je trouvais, par exemple, étrange qu’ils soient incapables de donner le nom de famille et le prénom de leurs parents. Mes professeurs ont vite compris que j’avais besoin d’une attention et de conseils particuliers. Vers mes 4 ans, on a réalisé que j’avais appris à lire par moi-même. Je m’intéressais à une foule de sujets et j’étais autorisée à emprunter les livres des bibliothèques des classes supérieures. Et l’on me donnait des ­activités en plus de celles des autres, pour que je ne m’ennuie pas.

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S’ennuyer en classe

Dès la deuxième maternelle j’ai eu le droit de lire mes propres bouquins à l’heure ou l’institutrice racontait une histoire à la classe, ainsi qu’à aider mes ­camarades qui allaient plus lentement ou rencontraient des difficultés. Je ­pouvais même parfois me rendre au ­tableau. Mais cela ne m’empêchait pas de m’ennuyer en cours et par moments, je n’aimais pas du tout aller à l’école.

À la fin de la troisième maternelle, on a conseillé à mes parents de me faire passer des tests de QI. Et les résultats ont été limpides. Je dépassais les 140, sachant qu’on est considéré comme ­surdoué dès 130.

On a proposé à mes parents de me faire sauter une classe, mais ils ont refusé. J’étais encore très petite physiquement et j’avais un ­développement moteur assez lent. Il était déjà inférieur à celui des élèves de ma classe, il y aurait donc eu un fossé énorme avec ceux âgés d’un an de plus. Mes parents ont donc préféré me laisser où j’étais pour me permettre de grandir aussi normalement que possible. Mais cela n’a pas totalement fonctionné.

Une soif d’apprendre

Ma soif d’apprendre était très forte. Au point que je commençais à étudier pour l’année suivante dès le milieu des vacances d’été. J’achetais des livres d’exercices (qui d’habitude servent à ­revoir une matière dans laquelle on ­rencontre des difficultés) destinés aux étudiants de deux classes au-dessus de la mienne. Et je devais me retenir de les dévorer en une journée. Il m’est même une fois arrivé de m’atteler à un planning de vacances que mon père ­devait réaliser pour son travail. Une tâche qui l’effrayait, mais qui m’a ­beaucoup amusée. Lorsque je suis ­entrée en secondaire, mes parents ­tenaient absolument à ce que je ­choisisse l’option Latin, mais j’étais bien plus intéressée par les Sciences ­humaines. Je me suis pliée à leur ­décision, mais mes points ont chuté en flèche. Il m’était impossible de me ­motiver à étudier un sujet que je n’avais pas choisi.

Éternelle étudiante

Après deux ans d’essai, ils m’ont finalement laissé changer d’orientation. Une fois à l’université, mes résultats ont crevé le plafond et rien ne semblait pouvoir m’arrêter. Étudier est devenu ma plus grande passion. J’ai réalisé un cursus accéléré et achevé en parallèle des études de communication et de philosophie. J’ai obtenu ces deux diplômes avec une grande distinction. Enfant, j’avais deux rêves professionnels : si suivre des cours pouvait être rémunérés, alors je ne souhaitais rien de plus qu’être une ‘étudiante ­éternelle’. Et si ce n’était pas possible, je voulais devenir journaliste chez Flair. Mais ma maman m’a encouragée  à poursuivre un cursus universitaire (rires), ce que j’ai fait, et je suis ­désormais en deuxième année de doctorat.

Les surdoués souvent enviés

Dès toute petite, j’ai compris que j’étais différente. Je ne me suis jamais vraiment sentie être une enfant et j’ai réalisé très jeune que mon cerveau ­fonctionnait différemment de celui des autres. De la même manière qu’une ­personne dyslexique suit une autre ­logique de réflexion ou qu’une personne autiste voit le monde via un prisme.

Si dans une conversation on m’affirme quelque chose qui n’est pas correct à 100 %, je ne pourrai m’empêcher de le remarquer. Mais j’oserai rarement le dire tout haut, de peur d’être considérée comme arrogante ou d’être incomprise. Il y a peu, j’ai participé à un quiz et j’ai laissé l’un de mes coéquipiers se tromper plusieurs fois tant il était convaincu d’avoir la bonne réponse. Je voulais à tout prix éviter qu’ils croient que je me vantais de mon intelligence. Mon QI élevé ne m’a jamais vraiment valu de harcèlement ou d’intimidation, mais j’ai malgré tout dû faire face à des remarques fréquentes sur le sujet. Je me rappelle très bien d’un camarade qui m’a un jour balancé : ‘j’aimerais que tu tombes malade pour que je sois le premier de la classe.’ Cette remarque m’a marquée et m’a convaincue de ne pas me présenter comme surdouée, de n’en parler à personne. Je n’aime pas non plus m’étendre sur les résultats de mes études supérieures. Lorsque j’ai reçu le prix de la meilleure étudiante à l’université, je me sentais comme une bête curieuse. J’étais fière d’avoir cette distinction, mais gênée d’en parler à d’autres. Je craignais qu’ils ne croient que je me considérais supérieure et que je tenais à me vanter de mes ­performances. Les surdoués sont ­souvent enviés. Même mon petit frère estimait injuste que je réussisse si ­facilement mes études supérieures alors que lui se retrouvait à galérer avec certaines matières.

Pas si différente que ça

Je veux tout savoir de ce qui se passe ­autour de moi. Si un de mes proches tombe malade, je me renseigne en détail sur ce dont il souffre. J’accepte difficilement de ne pas comprendre. J’ai besoin de connaître chaque chose avec précision. Lorsque je regarde la ­télévision, j’arrête constamment le ­programme pour glaner des infos sur ce dont on parle ou parce que je trouve qu’un élément de l’intrigue n’est pas convaincant et qu’il faut que j’y pense. C’est très fatigant, mais c’est plus fort que moi. Émotionnellement, je peux ­rapidement me sentir submergée par ce que je ressens et je prends les relations très à cœur. Il m’arrive par exemple de me sentir coupable de ma chance et de mon bonheur lorsque ceux que j’aime doivent affronter des difficultés. J’ai toujours le sentiment que je dois trouver un moyen de résoudre leur ­problème.

La plupart des gens ne ­comprennent pas mon fonction­nement. Et en tant que personne à haut ­potentiel, je me sens souvent ­incomprise.

Je n’ai toujours pas passé mon permis de conduire, car j’anticipe trop tout ce qui peut mal tourner sur la route et cela me fait très peur. J’ai rencontré l’amour de ma vie il y a sept ans, nous nous sommes mariés l’année dernière et je suis ­aujourd’hui enceinte de notre premier enfant. Mais les gens ont toujours à l’esprit le cliché de l’intello ringard, perdu dans son monde et incapable de se faire des amis. Pourtant moi aussi je suis ­accro à “Love is blind” sur Netflix et je me suis fameusement éclatée durant mes années d’études. Au final, je ressemble à beaucoup de filles de mon âge. J’ai juste un cerveau qui fonctionne ­différemment.”

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