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TÉMOIGNAGE: “Je voulais une fille”, quand le sexe de bébé vire au dépit

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« Tout ce qui compte c’est que bébé soit en bonne santé ». Une phrase qui, pour certains parents, n’enlève rien à la tristesse d’avoir un garçon plutôt qu’une fille ou vice versa. Comment abandonner l’image idéalisée qu’on se faisait de cet enfant à naître? Julie, 29 ans, brise le tabou de cette déception souvent incomprise. Impossible pour elle de cacher sa déception lorsqu’elle a appris qu’elle était enceinte d’un deuxième petit garçon. Malgré son amour ­infini pour Charles, 2 ans, et Henri, 5 mois, elle a dû ­abandonner son rêve d’avoir une fille.

« Adolescente, je ne parvenais pas à m’imaginer un jour être mère. À cet âge, pour moi, avoir des enfants entravait juste la liberté, alors que je voulais profiter de la vie. Et puis ma vision a progressivement changé quand avec Bertrand, mon amoureux depuis mes 15 ans, nous avons ­commencé à construire notre avenir. Après avoir acheté une maison puis l’avoir rénovée du sol au plafond, j’ai senti mon horloge biologique tourner. Mais j’avais aussi très envie de ­progresser dans ma carrière. J’avais fait l’erreur de ne pas poursuivre mes études. Je tenais absolument à trouver un bon job avant de fonder une famille. Une fois que j’y suis ­parvenue et que nous nous sommes dit ‘oui’, le moment était le bon pour réaliser notre désir d’enfants. Mais cela risquait d’être compliqué. Je souffre d’une forme légère du ­syndrome des ovaires polykystiques qui se caractérise par un cycle ­d’ovulation irrégulier. Ça a donc été une merveilleuse surprise lorsque je suis tombée enceinte après quelques mois.

Avant même ma grossesse, j’avais déjà une petite préférence au niveau du genre. J’ai grandi avec une sœur et je suis la fille typique, super féminine, qui adore faire du shopping, porter de belles robes et des talons hauts.

Toutes mes copines étaient persuadées que je rêvais d’une petite fille, mais ce n’était pas le cas. Je désirais au contraire un garçon, car j’avais lu qu’ils étaient souvent plus proches de leur maman.

Heureuse d’avoir un fils

J’étais aux anges lorsque le test NIPT a montré que j’attendais en effet un petit garçon. J’avais hâte de le serrer dans mes bras même si la grossesse n’a pas été une période très agréable. J’avais peu de symptômes, mais je trouvais très difficile d’accepter de voir mon corps changer. De plus, mon beau-père est décédé quelques semaines avant le terme, ce qui a assombrit la joie de cette naissance imminente. L’accouchement n’a pas été simple, mais dès l’arrivée de Charles, j’étais sur un nuage et ­impatiente de le présenter à nos proches. Par contre, ma deuxième grossesse a été un véritable supplice, surtout lorsque j’ai appris le sexe de notre bébé. Au départ, je ne voulais qu’un enfant. Surtout que je n’aime pas être enceinte. Mais alors que Charles avait presque 1 an et que je m’apprêtais à vendre toutes ses affaires de nouveau-né, Bertrand m’a conseillé d’attendre un peu, car il se pourrait que je pense différemment quelques mois plus tard. Et il avait raison, car peu après, j’ai commencé à désirer un deuxième enfant.

Condamnée aux matchs de foot

Charles avait 1 an et demi lorsque je suis retombée enceinte. Même si j’étais très heureuse avec mon petit garçon, j’avais désormais une nette préférence pour le sexe de ce second enfant. Je voulais une fille. Une mini-moi. Je rêvais de tenues roses et de barrettes dans les cheveux. D’une petite princesse que je pourrais aider à choisir sa future robe de mariée,
un jour. Je ne voulais pas être la mère uniquement condamnée à se rendre aux matchs de foot de son fils tous les week-ends. Lors de la première échographie, la gynécologue a dit qu’elle n’osait pas l’affirmer avec ­certitude, mais qu’il semblerait que ce soit une fille. Mon cœur a fait des bonds. Je suis sortie du rendez-vous avec un immense sourire. Et il ne m’a pas quittée jusqu’aux résultats du test NIPT qui a révélé que mon bébé était en bonne santé, mais qui a aussi brisé mes espoirs en montrant que j’attendais un garçon. Je suis d’une nature calme et posée, mais là je ne pouvais cacher ma déception.

J’ai jeté mon GSM et je me suis mise à pleurer en me demandant à haute voix si je pourrais un jour me réjouir d’avoir cet enfant. Je ne voulais pas d’un second fils, je voulais une fille…

Je suis consciente que dire une telle chose est presque impensable, mais sur le moment, j’avais l’impression de voir s’envoler tous mes rêves. Bertrand affirme encore aujourd’hui qu’il ne m’avait jamais vue comme ça et qu’il ne savait pas comment réagir. Lui aussi aurait bien aimé avoir une fille, mais ayant perdu ses deux parents assez jeune, il était avant tout ­heureux que notre famille s’agrandisse. Et que ce soit un garçon ou une fille n’avait pas d’importance pour lui. De mon côté, j’étais désespérée. Au point de ne plus vouloir voir Bertrand, car c’est l’homme qui détermine le sexe du bébé. Je lui ai reproché de ne pas être capable de me donner une fille.

Mère indigne

Et puis, ma meilleure amie qui était enceinte comme moi de son deuxième enfant, m’a annoncé qu’elle attendait une petite fille. Cela a rendu ma déception encore plus grande. Heureusement, j’ai pu lui confier mes sentiments. Même si elle ne vivait pas la même chose, comme Bertrand, elle a tenté de se mettre à ma place. Mais tout le monde n’était pas capable de comprendre ce que je ressentais. Ma mère m’a un jour dit qu’elle ­élèverait mon enfant à ma place si je n’en voulais pas. Comme si j’avais échoué jusqu’ici et que je ne méritais pas le titre de maman. J’étais terrifiée à l’idée de ne pas savoir créer de lien avec mon bébé et j’ai donc demandé l’aide d’un professionnel. Je voulais pouvoir lui donner tout mon amour
à sa naissance. Cet enfant méritait d’être aussi bienvenu et chéri que son frère. Mais lorsque j’ai confié ce que je ressentais à une psychologue, elle m’a dit qu’elle n’était pas en ­mesure de m’aider. J’ai donc dû ­traverser cette épreuve seule, ne connaissant personne qui vivait la même situation. Heureusement, ma sage-femme a été d’un grand secours.

Un sentiment de perte

Tout au long de ma grossesse, j’ai tenté de me préparer à l’arrivée d’un deuxième fils et à l’idée d’une maison remplie de garçons. J’ai vécu des hauts et des bas. J’ai longtemps ­refusé d’acheter de nouveaux ­vêtements pour bébé, car il était trop dur de voir les rayons d’à côté remplis de tenues roses. Ma grossesse se déroulait malgré tout assez bien, jusqu’à ce que j’apprenne que bébé était placé en siège et qu’une  césarienne serait la seule option. Quand Henri est venu au monde, je n’ai pas ressenti les mêmes sentiments qu’avec Charles. Je suis
tombée immédiatement amoureuse de mon bébé, mais je n’étais pas sur un petit nuage. Et je l’admets, il a fallu plusieurs semaines avant que j’arrive à développer un véritable lien avec mon enfant. Mais par contre, je peux le dire avec certitude, je ressens le même amour pour mes fils. Et je suis extrêmement reconnaissante d’avoir deux fantastiques petits garçons.
Je ne peux imaginer la douleur que l’on doit ressentir à ne pas pouvoir être parent, même si je suis toujours triste en pensant à la petite fille que je n’aurai jamais.

Je n’ai pas choisi d’éprouver ce sentiment, mais j’ai besoin de l’exprimer, sans craindre d’être jugée. Et je n’y peux rien, à chaque nouvelle annonce d’une grossesse chez un proche, je ne peux m’empêcher d’espérer que ce ne sera pas une fille, pour ne pas être encore confrontée à ce que je ressens.

Malgré tout, je n’échangerais mes petits gars pour rien au monde, même pas contre une fille. Henri et Charles sont les amours de ma vie, même si le sentiment de perte est toujours là. Je dois apprendre à le gérer. C’est une lutte intérieure que je dois mener. Le chagrin ne disparaîtra peut-être jamais totalement, mais j’essaye de le transformer en quelque chose de positif. Je suis ainsi en train de créer une ligne de vêtements pour les mères et leurs petits garçons. Et puis, quand Henri et Charles se jettent dans mes bras, mon cœur de maman fond, même s’ils ne sont pas des filles. Je veux plus que tout être une bonne maman et offrir à mes enfants une maison remplie de ­bonheur. Même si j’espère ­secrètement que quand ils seront plus grands, ils m’inviteront à boire un café et à papoter, comme des filles le feraient. »

Comprendre la déception liée au sexe de son enfant

« La déception à l’annonce du sexe de son enfant n’est pas une maladie ou un trouble », rassure la psychologue Elisabeth Vink, elle-même maman de trois enfants.

Il existe un tabou social très fort autour de cette question, alors qu’en réalité, c’est bien plus ­fréquent qu’on ne le pense. Ce type de déception a été présent à toutes les époques et dans toutes les cultures à travers le monde, et peut avoir de nombreuses ­explications.

Il est difficile de quantifier clairement le nombre d’hommes et de femmes qui la vivent. D’autant que le phénomène n’a pas encore été étudié scientifiquement et qu’il comprend divers degrés de ­gradation. Certains encaissent juste un peu le coup sur le moment en ­apprenant le sexe, alors que pour d’autres, il s’agit d’une terrible peine. C’est un double dilemme. D’un côté, la société peut amener à croire qu’une famille n’est vraiment complète que quand on a une fille et un garçon. Le fameux ‘choix du roi’. Voire, de ­manière plus archaïque, la volonté d’avoir un ‘héritier mâle’ pour perpétuer la lignée. Et les gens n’hésitent pas non plus à émettre des opinions. Un homme qui annonce qu’il va avoir une ­quatrième fille reçoit souvent une tape dans le dos ­compatissante de ses amis. On ­demandera également à des parents qui ne font que des garçons s’ils vont malgré tout continuer à tenter le coup… sous-entendu d’avoir enfin une fille. Mais ceux qui osent ­eux-mêmes ­exprimer leur déception sont par contre jugés et blâmés. »

Avons-nous le droit d’être déçu par le sexe de notre futur enfant, alors qu’il y a tant de gens qui désespèrent de devenir parents un jour ?
« ‘Soyez heureux d’au moins être capables d’avoir des enfants’ est l’une des réactions que je rencontre le plus fréquemment. Je peux comprendre ce point de vue, ayant connu moi-même des problèmes de fertilité et perdu un enfant durant l’une de mes grossesses. Si vous vous battez corps et âme pour concevoir un bébé sans succès et que vous entendez de futurs parents se plaindre que leur enfant à naître soit une fille plutôt qu’un garçon, il est ­normal que vos cheveux se hérissent.

Soyons clairs : la déception liée au sexe d’un bébé n’est en rien comparable à l’impossibilité de donner la vie ou à la douleur de perdre son enfant. Mais ceux qui ressentent cette désillusion en souffrent vraiment et ressentent de la honte. Ils se demandent pourquoi ils ne sont pas capables d’être reconnaissants pour ce cadeau de la vie et s’ils arriveront à aimer leur enfant.

Si en plus, la société leur renvoie l’image d’être un mauvais parent à cause de ce sentiment, la culpabilité grandit. C’est le même principe qui rend compliqué de faire son deuil. Lorsque la peine n’est pas comprise par les proches, on ne reçoit que peu ou pas de soutien et on se sent très seul. Mais il est toujours ou presque possible de trouver un ­chagrin plus grand encore que celui que l’on vit. Il ne devrait pas y avoir de peines acceptables et d’autres pas. »

Comment gérer cette déception ?
« Tout d’abord en acceptant de ressentir ses émotions. Vous n’avez pas choisi de les éprouver et il n’est pas possible d’en faire fi, même si vous le souhaiteriez. Éprouver de la déception face au sexe de votre futur enfant ne fait pas de vous une mauvaise personne. Et ne signifie abpas que vous n’aimerez pas votre bébé. Il est essentiel de ­comprendre que la tristesse que vous ressentez à la pensée de cet enfant que vous n’aurez pas et l’amour que vous ressentez pour votre bébé à naître, sont deux choses totalement différentes. Et l’un n’empêche pas l’autre. Osez parler de vos sentiments à quelqu’un en qui vous avez confiance. Pour certains, la ­déception disparaît durant la grossesse ou à la naissance. Pour d’autres cela survient plus tard voire jamais. Mais vos émotions évolueront. Donnez-vous le temps nécessaire et soyez ­bienveillante envers vous-même. »

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