Home Témoignages Témoignage: ces enseignants racontent leur pire expérience en tant que prof

Témoignage: ces enseignants racontent leur pire expérience en tant que prof

Une majorité des enseignants vous diront qu’ils ont le plus beau métier du monde. Mais certains doivent aussi affronter les insultes ou les agressions physiques. Ces 7 professeurs partagent la pire expérience qu’ils ont vécue sur les bancs de l’école.

Lise, 36 ans, a été agressée physiquement par un élève

« Nous étions partis en sortie scolaire avec les troisièmes années, pour visiter les anciens charbonnages. En sortant du bus, j’ai aperçu un garçon, qui n’était pas l’un de mes élèves, en train de fumer. Je suis allée le voir, lui ai demandé d’éteindre sa cigarette et lui ait dit qu’il y aurait une sanction. Je n’étais pas en colère, je me contentais juste de lui expliquer la situation. Et je considérais plutôt ça comme une bêtise que comme un incident sérieux. Nous avons ensuite assisté à une présentation, visionné un film sur l’histoire des mines et écouté des témoignages de mineurs, puis avons entamé la visite à proprement parler. L’atmosphère n’était pas vraiment au beau fixe, certains élèves étaient turbulents et indisciplinés, mais ma classe était respectueuse et calme, donc je trouvais l’excursion agréable.

Sous le choc

Par petits groupes, nous avons pénétré dans les étroits couloirs souterrains de la mine, et pu découvrir ces lieux exigus ou les mineurs passaient leurs difficiles journées de travail. A un moment, j’ai dépassé le garçon à la cigarette et deux de ses amis. Alors que de mon côté, j’avais classé l’incident du matin et j’étais passée à autre chose depuis longtemps, il semblait être encore en rage. Et avant de comprendre quoi que ce soit, j’ai reçu un coup dans les côtes. Cela s’est déroulé en une fraction de seconde et il m’a fallu du temps pour réaliser ce qui venait d’arriver.

Je n’avais pas la moindre idée duquel des trois m’avait frappé, et les garçons s’étaient évidemment empressés de partir. Je n’avais pas mal, alors j’ai d’abord tenté de minimiser l’incident dans mon esprit. Mais au fil de la journée, je me suis rendue compte que je n’arrivais pas à dépasser ce qui s’était produit. Un élève s’en était pris physiquement à moi, avec violence.

Heureusement, un autre professeur avait assisté à la scène et a pu me confirmer qu’il s’agissait bien de l’ado à la cigarette. Il a été renvoyé de l’école, mais mon traumatisme n’en a pas été pour autant guéri. Il a fallu longtemps avant que je parvienne à raconter cette histoire sans larmes ni boule dans la gorge. Car même si je n’avais pas eu si mal physiquement, une expérience comme celle-là vous ébranl. C’était il y a neuf ans, et je travaille toujours dans la même école. Et si ce garçon m’a fait perdre mon plaisir d’enseigner pendant un moment, j’ai depuis longtemps retrouvé le bonheur d’être dans ma classe, entourée de mes élèves adorés. »

Elsa, 23 ans, a été menacée par un petit garçon de maternelle

 » Il y a quelques mois, j’ai effectué un remplacement dans une classe de deuxième maternelle durant plusieurs semaines. Parmi mes petits élèves, il y a avait un garçon qui refusait d’écouter ce qu’on lui disait, et que j’ai donc fini par envoyer au coin. Il n’était pas d’accord et disait que sa maman allait venir me frapper. Je lui ai répondu que j’allais en parler à sa mère, ce à quoi il a rétorqué: « Alors mon papa va venir avec un couteau à l’école ». Je n’en croyais pas mes oreilles. Une fois les cours terminés, j’ai immédiatement contacté ses parents. La maman a nié en disant que son fils ne raconterait jamais une chose pareille, mais le père a rapidement admis qu’à la maison c’était compliqué, et qu’ils avaient beaucoup de difficultés à gérer leur enfant. Je ne sais pas ce qu’est devenu ce petit garçon, mais j’espère qu’il ne tournera pas mal. »

Muriel, 40 ans, a quitté l’enseignement après avoir donné cours dans une école Bruxelloise

« J’ai travaillé durant vingt ans au sein d’une école qui accueillait de nombreux jeunes immigrés. J’ai commencé là-bas alors que je venais à peine de terminer mes études. J’ai adoré donner cours aux étudiants en technique et en professionnel. Et je préférais encore mes élèves de professionnel, car ils étaient particulièrement directs et spontanés. Ils n’avaient pas leur langue dans leur poche mais je tirais une énorme satisfaction de mon travail. Lorsque mon mari et moi avons choisi de déménager, j’ai du chercher un autre emploi. Je pensais que mes années d’expérience me permettraient de trouver directement un autre poste ailleurs mais cela n’a pas du tout été le cas. Sur la cinquantaine de lettres de candidature envoyées, je n’ai reçu qu’une seule réponse, d’un établissement à Bruxelles. Mes étudiants m’ont alors presque traitée de folle. Je n’ai pas compris et n’ai pas fait attention à leurs paroles. La réalité s’est avérée mille fois pire que leurs avertissements.

Là-bas, les jeunes venaient en cours sans farde, ni livre, ni même un stylo. Le respect des professeurs? Inconnu au bataillon. On se serait cru dans un film sur les enseignants de New York et du Bronx. Ils jouaient de la musique, blaguaient entre eux et m’ignoraient totalement, quand ils ne me snobaient pas ou ne me riaient pas au nez.

Et les filles de ma classe étaient encore pires que les garçons. Elles étaient capables de s’approcher de moi, leur visage à un centimètre du mien, par pure intimidation.

Des douleurs d’angoisse et de stress

Il m’est arrivé plus d’une fois de quitter ma salle de classe complètement désespérée, pour éviter de fondre en larmes devant les élèves. Après une semaine, j’étais déjà totalement épuisée, aussi bien physiquement que psychologiquement. J’ai tenu le coup jusqu’à la fin de l’année en prenant des antidépresseurs et des anxiolytiques. Il m’arrivait de pleurer la nuit, oppressée par l’angoisse et le stress. Mon mari m’a vue totalement dépérir. Je n’avais jamais eu d’autre métier que celui d’enseignante, et je ne m’imaginais pas faire autre chose. Mais durant cette période je me suis contentée de penser à tenir le coup, un jour à la fois. J’ai fini par démissionner et j’ai repris des études dans une autre branche. C’était fini pour moi de donner cours. On pourrait doubler mon salaire, je ne remettrais pas pour autant un pied dans une salle de classe.  Il ne reste rien de la prof passionnée que j’étais. Je sais que j’ai joué de malchance et que toutes les écoles bruxelloises ne sont pas comme celle-là. Mais cela ne m’empêche pas d’être furieuse contre cet établissement d’avoir ainsi brisé ma carrière toute tracée. Et il me reste deux ans d’études avant de pouvoir entreprendre ma deuxième carrière, loin des cours de récré et des bancs de l’école. »

Sacha, 28 ans, a été menacée et suivie par un élève

« L’année dernière, pour la première fois de ma carrière, j’ai été menacée en tant que professeur. Un garçon à qui je donnais cours s’est approché tout près de moi, après un incident pourtant banal. Mon cœur a commencé à battre trop vite lorsqu’il m’a murmuré: «Alors, comment ça se passe dans votre nouveau chez vous, à côté du parc?» Cela peut sembler innocent, mais je venais tout juste de déménager. Même mes collègues ne connaissaient pas encore ma nouvelle adresse, alors que lui savait exactement ou j’habitais. Ce même jour, je l’ai revu à l’arrêt de bus, après les cours. Il s’est posté près de moi, avec un large sourire et lorsque mon bus est arrivé, il y a pris place aussi, alors qu’il n’avait aucune raison de se rendre dans mon quartier. Je suis sortie à mi-parcours et j’ai appelé mon amoureux pour qu’il vienne me chercher. J’étais effrayée et dès le lendemain, je me suis rendue dans le bureau du directeur. Il a été convenu que ce garçon ne serait plus autorisé à entrer dans ma classe jusqu’à la fin de l’année. Et depuis ce moment, il a gardé ses distances. Heureusement, car cet événement m’a déjà suffisamment fait peur. »

Sandrine, 24 ans, a du affronter la crise de colère et les insultes d’un élève de 9 ans

«J’ai un diplôme d’institutrice maternelle, mais à cause de la pénurie de postes, j’ai commencé à travailler l’année dernière en tant que professeur de primaire. En janvier, j’ai ainsi entrepris de donner cours à une classe de troisième comptant plus de 30 élèves et dont la moitié sont immigrés. Lors d’un contrôle, l’un des enfants a voulu aller aux toilettes. Je lui répondu qu’il pourrait s’y rendre dès qu’il aurait rendu sa copie, ce qui ne lui a pas du tout plu. Il a commencé à tirer les rideaux, a refusé de continuer son interro et insisté une nouvelle fois.

Lorsque j’ai redit non, il a explosé, hurlant et m’insultant dans sa langue puis m’a jeté une chaise.

Il a alors été pris en charge par le coordinateur et l’infirmière. J’ai demandé au reste de la classe s’ils avaient compris ce qu’il m’avait crié. Selon eux, il m’avait traitée de salope et a dit que je pouvais aller en enfer. Dire qu’un enfant d’à peine neuf ans peut prononcer ce genre de paroles et vous jeter une chaise à la figure… Je suis restée sans voix, clouée sur place. Il a reçu une punition appropriée et je n’ai heureusement plus eu de souci avec lui depuis, mais je garde malgré tout à l’esprit ce dont il est capable. »

Elsa, 23 ans, n’aurait jamais cru être confrontée à la violence en tant qu’institutrice primaire

« Je donne cours dans une classe de cinquième primaire. La semaine passée, je surveillais la cour avec un collègue lorsque j’ai soudain entendu crier. Deux élèves de ma classe était en train de se battre. L’un serrait son camarade à la gorge tandis que l’autre tentait de lui envoyer un coup de poing. J’ai d’abord pensé laisser mon collègue gérer la situation. Puis il a reçu une gifle au visage. Je suis intervenue et avec beaucoup de difficultés nous sommes finalement parvenus à séparer les deux garçons. Je les ai ensuite convoqués pour entendre la version de l’histoire de chacun. L’un deux m’a deux fois attrapé à la gorge pour mimer les gestes de son camarade. Ca m’a beaucoup choquée. Cela n’a duré que quelques instants, mais il serrait à chaque fois. Cela me fait peur et je me demande si l’éducation qu’ils reçoivent n’est pas trop laxiste. De mon temps, toucher son professeur aurait été considéré comme un fait grave, aujourd’hui les parents ne s’en tracassent même plus. »

Au contact des élèves, Leslie, 31 ans, a compris qu’elle n’était pas faite pour être prof

« Je venais d’avoir mon diplôme lorsque je suis tombée sur une offre d’emploi comme professeur de morale dans le secondaire. Cela m’a directement semblé bien. Pourtant la réalité s’est avérée dure, très dure. Le directeur m’a accueillie en m’expliquant que ma tâche principale était de garder les élèves en classe. J’avais 22 ans, pas la moindre expérience et les ados m’ont marché sur la tête. J’ai découvert que lancer des boulettes de papier ne signifiait pas seulement balancer des feuilles froissées mais aussi mâcher celles-ci avant de les mettre dans un stylo et de les envoyer.

Dès que je commençais à noter quelque chose au tableau, je me retrouvais avec des boulettes collantes et humides dans les cheveux, sur mes vêtements et au sol tout autour de moi.

Je les forçais à nettoyer leurs mauvaises blagues. Après avoir trainé les pieds, ils finissaient par tout ramasser. Il y avait aussi un élève qui mimait des mouvements sexuels devant moi pour faire rire la classe. J’étais stupéfaite, décontenancée. Je l’ai immédiatement envoyé chez le directeur mais j’ai du continuer mon cours avec les joues rouges et le visage en feu. Après deux mois, j’ai fini par réaliser que tout le monde n’était pas né pour enseigner. Avant de donner cours, je m’imaginais devenir proche des élèves et changer leur existence. Au final, ce sont eux qui ont changé la mienne. Je sais aujourd’hui que le rôle de professeur n’est pas fait pour moi, pas plus que le contact avec les adolescents.  »

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