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TÉMOIGNAGE: et le 2ème c’est pour quand? Déborah explique son choix d’avoir un seul enfant

Kristina Paukshtite - Pexels
Kristina Paukshtite - Pexels

De plus en plus de couples choisissent consciemment de ne faire qu’un seul enfant. Mais pourquoi exactement? Et qu’en est-il du bien-être de l’enfant, lui-même? Déborah, 36 ans, et son mari sont les heureux parents d’une fille unique et expliquent ce qui a motivé leur décision de ne pas lui donner de frères et sœurs.

« Mon mari et moi avons fait nos études universitaires dans la même ville. Nous nous sommes rencontrés en sortie.
Un vrai coup de foudre. J’étais en couple depuis quelques années, mais dès que je l’ai aperçu, j’ai eu l’impression d’avoir croisé l’homme de ma vie. J’avais 21 ans. J’étais ­encore aux études. Lui, avait déjà 25 ans. Il venait tout juste de commencer à travailler. Après sept ans d’amour, nous nous sommes mariés. À ce stade, aucun de nous n’avait envie de fonder une famille. Au début de notre histoire, nous n’avons pas abordé le sujet des enfants. En fait, jusqu’à ce que
je découvre que j’étais enceinte de notre fille, nous nous sommes même demandé si nous aurions des enfants un jour.

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours été très préoccupée par les questions environnementales et la ­sauvegarde de la planète. Et je sais que concernant la ­préservation des ressources ­naturelles, la ­surpopulation est un problème majeur. Plus nous mettons d’enfants au monde, plus nous l’aggravons.

L’idée qu’en l’espace de quelques années, un autre milliard de ­personnes va venir s’ajouter au nombre déjà présent sur la Terre me dépasse. Cette réflexion m’a vraiment ­amenée à me demander s’il était justifié de donner ­naissance à des enfants en ce moment.

Maintenant ou jamais

Dans notre cercle d’amis, on nous avait souvent demandé quand nous comptions nous y mettre. Nous étions les ­derniers à ne pas avoir d’enfant. Même quand nous étions entourés d’enfants, je n’avais jamais le sentiment que j’en voulais moi aussi. Mon mari ressentait la même chose. Pendant une assez longue période, nous avons vécu comme ça, dans l’attente du moment où nous aurions tous les deux le sentiment que c’était le bon moment. Mais ce sentiment n’est jamais venu. Comme nous n’avions pas totalement fermé la porte à la possibilité de devenir parents, c’est mon mari qui, en premier, m’a ­rappelé que si nous voulions franchir le pas, nous ne devions plus attendre des années. C’est notre horloge ­biologique qui, à un moment donné, nous a incités à nous lancer. J’ai réalisé que si je ne le faisais pas, je risquais de le regretter un jour. Quant à mon mari, il n’avait pas envie d’être un vieux papa. Il a quatre ans de plus que moi. Si nous souhaitions devenir parents, nous n’avions plus des tas d’années devant nous. C’était l’instant ou jamais.

Heureux d’être enfant unique

Mon mari est enfant unique, mais ce n’était pas un choix conscient de ses parents. Son père a une maladie héréditaire. Ils n’ont pas eu envie de prendre de risque en faisant un autre bébé. Dans mon entourage, de nombreuses personnes disent qu’ils n’ont pas aimé leur statut d’enfant unique. Pour mon mari, c’était différent. Il ne s’en est ­jamais plaint. Il a toujours été très sociable. Ne pas avoir de frère ou de sœur ne l’a jamais dérangé ou rendu malheureux. Son attitude m’a permis de me conforter dans l’idée qu’un seul enfant dans une famille, ce n’était pas forcément un problème. J’ai toujours été convaincue que si je parvenais à élever un enfant dans notre société actuelle, je pouvais déjà m’estimer heureuse !

Un bébé qui pleure

J’ai un frère de quatre ans mon aîné. Quand on est enfant, cette différence d’âge n’est pas anodine. Pendant notre enfance, il y a eu une période où les choses ne se ­passaient pas trop bien entre nous. Conséquence : je n’ai jamais idéalisé le fait de grandir avec un frère ou une sœur. Lorsque j’ai arrêté la pilule, il nous a fallu un an pour que je tombe enceinte et la grossesse s’est bien déroulée. Comme j’occupe un poste administratif, j’ai pu continuer à travailler jusqu’à deux semaines avant de donner ­naissance à mon bébé. Quant à l’accouchement, il s’est aussi déroulé sans problème. Le pire est arrivé après, dès que notre fille a vu le jour. Juste après sa naissance, elle a pleuré pendant une heure non-stop. Le ton était donné. Pendant les six premiers mois de sa vie, elle a à peine ­arrêté de gémir. Cette situation difficilement supportable nous a convaincus que nous voulions nous limiter à un seul enfant. Les premiers mois ont été très difficiles. Nous sommes passés par des périodes pénibles. Le pédiatre s’est immédiatement rendu compte que notre fille était une enfant hypersensible. Elle avait constamment besoin d’être en contact avec notre peau. Et pour couronner le tout, elle souffrait de reflux. La combinaison de tous ces facteurs l’amenait à pleurer en permanence. Comme mon mari est également ­hypersensible, nous avons ­rapidement pu détecter cela chez notre fille. Ce sont deux êtres à la fois extravertis et très sensibles, ce qui signifie qu’ils ont besoin d’être ­énormément stimulés, mais que lorsqu’ils doivent agir, ils ­deviennent rapidement très irritables.

Qu’est-ce que j’ai fait ?

Les premiers mois, je me suis sérieusement demandé pourquoi je m’étais lancée dans une aventure aussi folle. Heureusement, cette épreuve, nous l’avons affrontée à deux.

Mon mari a pris la décision de ne pas tout miser sur sa carrière, histoire de pouvoir passer suffisamment de temps avec nous. Il m’a énormément soutenue. J’ai aussi toujours pu compter sur notre famille et sur nos amis. Sans tout ce soutien, j’aurais sombré. Quand notre fille avait environ six mois et qu’elle a commencé à gagner en autonomie, nous l’avons sentie moins frustrée et plus ­heureuse. Nous avons appris assez rapidement comment gérer au mieux sa sensibilité. À l’âge de 5 ans, elle dégage une vraie joie de vivre. Autour de nous, je voyais que les parents des copains de notre fille faisaient d’autres bébés. À plusieurs reprises, je me suis posé la question : avais-je raison de ne pas lui donner un frère ou une sœur ? Avais-je le droit de la laisser seule ? Pourtant, au fond de moi, j’étais convaincue qu’un enfant suffisait à mon bonheur. En avoir un en bonne santé était déjà une chance. Pourquoi deux ? En plus, je savais que je ne pourrais plus supporter un deuxième bébé qui pleure sans cesse. Je ne pense pas que nous aurions pu surmonter ça à nouveau.

Fiers de notre choix

Nous n’avons bien sûr pas été épargnés par les questions insistantes de notre entourage qui se demandait quand nous allions enfin penser à faire un deuxième enfant. Aujourd’hui, alors que notre fille a 5 ans, on nous pose ­encore cette même question. En fait, quand j’y réfléchis, elle ne m’a jamais ennuyée. Je suis très fière d’avoir fait ce choix que j’ai toujours défendu avec ferveur, sans pour autant juger les autres. J’en parlais régulièrement avec une collègue, elle-même enfant unique, un statut qu’elle a assez mal vécu. Elle n’a donc pas lésiné sur les moyens pour tenter de me convaincre de faire un deuxième ­enfant. De mon côté, mes arguments étaient toujours les mêmes. Depuis toujours, il me paraissait écologiquement irresponsable de vouloir mettre plus d’enfants au monde. Nous sommes déjà tellement nombreux. J’étais ­convaincue que nous avions raison et qu’il n’était pas question que je revienne sur ma décision. ­D’ailleurs, je sais que je n’aurai ­jamais aucun regret.

Il y a toujours eu des gens qui ont tenté de nous convaincre que notre fille ne serait jamais épanouie en tant qu’enfant unique, mais si nous nous fions à l’avis de ses ­professeurs et de nos proches, elle est totalement heureuse.

Que des avantages

La meilleure amie de ma fille vient d’avoir une petite sœur. Il lui arrive donc de penser que, contrairement à elle, sa copine aura toujours un ami avec qui jouer. Pour ­compenser ce manque éventuel, nous l’emmenons ­souvent à la plaine de jeux, près de la maison. L’occasion pour elle de rencontrer des petits de son âge. Elle est très ­sociable et noue rapidement des contacts. Pendant les vacances, même si elle est plus que bienvenue chez ses grands-parents, nous faisons le choix de la mettre à la ­garderie. Quand cette question de l’enfant unique vient sur la table, elle n’embraye pas forcément. On sent que ça ne la touche pas particulièrement. Et quand je lui explique que si elle avait un frère ou une sœur, elle devrait nous partager, elle nous fait comprendre que la situation ­actuelle lui convient parfaitement. Il lui arrive de nous dire qu’elle aimerait un frère ou une sœur, mais pas aussi ­souvent que je l’avais craint.

L’absence d’un deuxième ­enfant signifie que mon mari et moi devons souvent jouer avec notre fille. En tant que parent, vous apprenez à renouer avec votre propre enfant intérieur.

Être enfant unique ou parent d’un enfant unique présente des ­avantages, mais aussi des inconvénients, mais pour moi, ce sont les avantages qui priment. Nous pouvons donner à notre fille tout ce dont elle a besoin et lui accorder toute notre attention. On ne doit jamais l’envoyer balader sous prétexte que nous devons nous occuper de son frère ou de sa sœur. Nous avons pu tisser des liens très étroits avec elle. Je pense honnêtement qu’avec sa personnalité, cette situation est celle qui lui convient le mieux.

Un vrai tabou

Sur des forums, quand je lis des commentaires comme : ‘J’en ai déjà cinq, mais j’ai hâte d’en faire un sixième’, il m’arrive de m’énerver. Je dois me retenir pour ne pas ­répondre à ces femmes que sur le plan environnemental, leur comportement est irresponsable. Grandir dans une grande famille peut avoir son charme. Mais à l’heure ­actuelle, ce choix est-il encore responsable, socialement et financièrement ? À mon avis, faire le choix de ne mettre qu’un seul enfant au monde reste très tabou. Je connais peu de gens qui choisissent de se limiter à un bébé. Et ceux qui le font ont du mal à en parler ouvertement. Cela me surprend parfois. J’imagine que certains couples ­aimeraient s’exprimer sur le sujet, mais ils se taisent par crainte de la pression sociale et de l’image idéale d’une famille avec deux enfants. Lorsque notre fille a besoin qu’on s’occupe d’elle, l’un de nous deux est toujours là pour lui parler ou jouer. Financièrement, nous pouvons lui donner presque tout ce qu’elle demande. Du coup, on a parfois tendance à exagérer. Mais quoi que je fasse, je garde toujours à l’esprit que notre fille ne doit pas devenir une enfant gâtée. Je n’ai aucune envie que, plus tard, elle s’attende à ce que tout le monde soit à son service. Nous faisons en sorte de lui inculquer de vraies et belles valeurs. Nous accordons une grande importance aux bonnes ­manières. Nous voulons qu’elle soit reconnaissante pour ce qu’elle possède. Si c’est le cas, tout ira bien, non ? »

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