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Gen F

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© Young happy girl in the bright multicolor lights is smiling and looking away. She hugs her boyfriend gently. Only his chin and neck are seen.

10 ans après notre rencontre, je me suis mise en couple avec mon meilleur ami

Voilà qui ne va pas asseoir la théorie de l’amitié homme-femme mais qui ne doit pas forcément la desservir: après 10 ans d’amitié, mon meilleur ami et moi tentons finalement une relation de couple.


C’est le genre de rencontre qui change une vie. Il y a près de 10 ans, alors que je venais tout juste de me mettre en couple, j’ai rencontré Sacha lors d’un concert. On a tout de suite accroché. Si bien que j’ai passé toute la soirée à boire des verres avec lui. Parmi les intuitions qui ne trompent pas, il y a cette aura qui émane de certaines personnes qui nous font immédiatement nous sentir en confiance. Sacha avait cet effet sur moi. Les sujets de conversation s’enchaînaient sans mal, naturellement.

Un peu trop peut-être. De mon côté, j’ai été un peu perturbée par cette rencontre. Quelque chose en moi était très attiré par lui mais je venais de m’engager dans une relation, ce qui m’a amenée à chasser ces pensées sans franchir le pas. Au fur et à mesure de nos retrouvailles, nous avons développé un lien particulier. Aujourd’hui, il n’a pas changé. Je lui voue une confiance aveugle, au point d’être capable de mettre ma vie entre ses mains. Je lui parle comme je me parle à moi-même; je peux tout lui dire, même mes pires pensées, sans filtre, sans inhibition aucune. Je sais que c’est réciproque.

On a partagé des coups de coeur, des ruptures, des doutes, des décès, des peurs, des blessures, des passions.


On s’est souvent dit que nous avions beaucoup de chance d’avoir cette relation privilégiée, authentique et honnête. Nous l’avons nourrie en nous disant la vérité en toutes circonstances.

Malgré tout, il y a toujours eu un arrière-goût dans chacune de nos relations. Un arrière-goût de « et si? ». Quand vous avez à vos côtés quelqu’un qui vous connaît comme personne d’autre, qui accepte vos failles sans les juger, c’est difficile de ne pas le comparer à votre couple. D’ailleurs, nos partenaires respectifs nous ont toujours détestés. Ils sentaient certainement le danger, même quand on se voulait rassurants. Nous-mêmes nous avons questionné plus d’une fois la possibilité de… Parfois, c’était plus présent, plus envahissant. Parfois pas. Souvent, je me suis convaincue que ce n’était qu’un frisson, une espèce de fantasme qu’on avait construit tous les deux, de se dire que ça matchait si bien entre nous que ça marcherait d’office sur tous les plans. Mais l’on arrivait à se convaincre que c’était passager. D’autant plus que nous avions bien conscience de nos différences, de nos chemins de vie qui ne se rencontraient pas forcément en dehors de ce « nous ».

Mais il n’y a rien à faire, quand je suis à ses côtés, je me sens bien et tout le reste disparaît. C’est un sentiment si étrange: un mélange de sécurité, de confiance absolue, de sérénité, d’humour à deux balles, de cerveaux qui fonctionnent en symbiose.

Les années se sont écoulées sans qu’on ne tente quoique ce soit. Vous n’imaginez pas le nombre de souvenirs qui nous habitent. Tous ceux qu’on a vécus ensemble et ceux qu’on s’est racontés, qu’on a oublié, qu’on s’est rappelés, qu’on a partagé encore et encore autour de beaucoup trop de bières et d’émotions contradictoires. De tous ces moments, même les pires, je n’en regrette aucun. Chaque mot, chaque larme, chaque seconde nous ont permis d’aller un peu plus loin dans le creux de notre être, de savoir qui on est, individuellement et l’un pour l’autre. De se remettre en question, d’évoluer, de se construire.

Vous imaginez bien qu’en dix ans, j’ai eu plusieurs relations de couple. Malgré tout, si quelque chose d’important se passait dans nos vies, c’était à lui que je voulais le raconter en premier, ce sont ses conseils que j’avais besoin d’entendre. À me lire aujourd’hui, je peux comprendre que vous trouviez ça étrange d’avoir entretenu ce lien ambigu en le catégorisant d’amitié. On a vraiment essayé de s’en convaincre, quitte à en souffrir parfois.

Il est ma plus belle occasion manquée.


Et puis un jour, suite à une rupture, mon instinct m’a poussée chez lui. Je n’en pouvais plus de ces relations qui foirent, qu’importe l’énergie que j’y mettais. Surtout qu’au lieu de ressentir du chagrin, l’entièreté de mon être se réjouissait de le retrouver. Tout me ramenait toujours à lui et il était temps que ça devienne réel.

Ce jour-là, on a fait l’amour pour la première fois. J’ai su que ça ne serait pas la dernière. 

On ne va pas se mentir, commencer quelque chose après près d’une décennie de sentiments réprimés, ça allait faire des étincelles, c’était sûr. Mais tant pis, on a pris le risque. Ça a demandé beaucoup de discussions, d’ajustements, de franchise mais surtout de lâcher prise. Quand on connaît les pires défauts de quelqu’un, la dynamique d’une relation n’est pas la même. La lune de miel est déjà passée, il n’y a pas de surprises qui surgissent comme après plusieurs mois d’un nouveau couple. Quelque part, c’est confortable. Mais c’est aussi déstabilisant parce qu’on mesure les risques. Le risque de tout perdre, de s’être trompés, le risque de souffrir et de tout gâcher.

Pourtant, mon coeur palpite quand je le regarde, différemment d’autrefois. Les sentiments d’amitié et d’amour se mélangent et créent un cocktail détonant. Je me surprends à l’observer comme si c’était la première fois. Je découvre ses grains de beauté et ses cicatrices, son corps nu dont je peux désormais me languir. On se laisse aller en douceur, sans avoir peur de se projeter loin. On se dit tout, comme avant, même si ce n’est pas plaisant. Je trouve ça tellement simple, tellement serein. Il me semble impossible de regretter une seule seconde que ce « nous » existe. Il a été ma plus belle occasion manquée jusqu’à présent. Il est désormais mon plus beau saut dans le vide. Je ne suis sûre de rien. J’imagine que c’est normal. J’accueille l’instant présent, en mesurant toute la saveur chaque seconde. Et tant pis s’il n’y a pas de demain parce que je sens en cet instant précis, que rien ne me ferait me sentir plus heureuse que son regard plongé dans le mien.

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