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© Thomas Legrève

Tessa soigne des patients atteints de leucémie

Amandine de Harlez
Tessa, 43 ans, chef de service en hématologie, noue des liens forts avec ses patients atteints de maladie du sang. Des liens où la joie côtoie la souffrance.

Tessa Kerre est à la tête du centre de cellules souches de l'hôpital universitaire de Gand et est devenue une autorité dans son domaine, l’hématologie. "Quand j’étais petite, j'ai été gravement malade et j'ai dû subir une opération du cœur", raconte-t-elle. "À l’âge de 3 ans, on a découvert que j’avais un souffle cardiaque. Mes parents ont alors été confrontés à un choix très difficile. Soit on m’opérait, mais je risquais de ne pas survivre à cette opération très lourde. Soit on ne m’opérait pas, mais dans ce cas je ne vivrais pas au-delà de 35 ans. Heureusement, ils ont choisi la première option." À cette époque, je voulais être 'docteur pour les animaux'. Deux ans plus tard – je ne sais pas pourquoi – c’était devenu 'docteur pour les gens'! Et je n’ai plus jamais changé d’avis.

 

Annoncer de mauvaises nouvelles et dire adieu, c'est lourd à porter…

"Soigner des personnes atteintes de maladies du sang comme la leucémie ou d'autres cancers est effectivement stressant. Durant mes études, mes parents ont essayé plusieurs fois de me faire choisir d'autres branches de la médecine comme l'ophtalmologie et la gynécologie. Mais la complexité de l'hématologie m'a toujours fascinée. Ce qui m'intéressait aussi, c’est que comme les traitements sont parfois longs, on peut vraiment construire un lien avec ses patients. Même si c'est aussi ça qui rend les choses plus éprouvantes lorsque malgré nos efforts pour les guérir, doit finalement leur dire adieu."

 

Comment gérez-vous ces moments difficiles?

"Annoncer une mauvaise nouvelle à quelqu’un, on ne s'y habitue pas. Ça reste toujours une épreuve. Dans les périodes les plus dures, lorsque je perds plusieurs patients coup sur coup, je me dis parfois: 'Maintenant, ça suffit. Pourquoi n’ai-je pas ouvert un magasin de fleurs ou un café!".

Il m'arrive de devoir pratiquer une euthanasie. Et chacune me marque profondément.

Mais en même temps je trouve bien, en tant que médecin, de pouvoir permettre à ces personnes qui souffraient beaucoup de finir leur vie sereinement."

 

Vous arrivez à prendre du recul en rentrant chez vous?

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"J’accompagne certains patients depuis tellement longtemps que je connais presque tout de leur vie, et que j’ai également des liens avec leur famille. Alors, quand je dois me séparer d’eux, c’est très pénible. Je ne m’y fais jamais complètement. Mais j'essaie toujours de voir l’aspect positif des choses. Les gens qui viennent se faire soigner chez moi sont tous atteints d’une maladie souvent mortelle. Alors, chaque patient que je peux sauver est une victoire qui me console de la perte des autres."

 

Comment arrivez-vous à combiner votre travail de médecin et votre famille?

"En faisant des concessions. Nous n’avons jamais voulu prendre une nounou, par exemple. Mon mari a délibérément mis sa carrière de côté et il travaille souvent à la maison. Notre fils est né quand je faisais mon doctorat. Chaque jour, il était le premier enfant à arriver le matin à la crèche et le dernier à la quitter le soir. C’était souvent compliqué de tout organiser. Sans l’aide de mon mari, je n’aurais jamais pu faire cette carrière. J’en suis consciente."

 

Vous arrive-t-il de regretter d’avoir accordé la priorité à votre carrière?

"Mon mari et mon fils ont un lien très fort que j’envie parfois. Mais j’ai aussi une très bonne relation avec mon fils. Donc, je ne regrette pas mon choix. On ne peut pas tout faire. J’ai dû l’apprendre.”

 

Avez-vous d'autres passions que votre travail?

"J’aime tout ce qui touche à la culture, donc je visite souvent des musées et j’y emmène mon fils. J'ai aussi appris à aimer le jazz grâce à mon mari. J’ai même fait de la contrebasse pendant un moment, et j’ai joué dans un orchestre avec Bruno et Henri. Dans notre jardin de ville, j'ai une serre où je fais pousser quelques légumes et plantes aromatiques. Et dans la maison de vacances de mes parents en France, j’ai installé mon chevalet."

 

On ne peut vraiment pas dire que vous êtes un “professeur ennuyeux”…

"Je trouve aussi que c’est important. Je crois sincèrement que si je suis ouverte à beaucoup de choses différentes, cela fait de moi un meilleur médecin. Pendant les vacances, j'essaie aussi de lire autant que possible."

 

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