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Témoignage: « Je souffre de TOC »

Barbara Wesoly
L'angoisse des microbes, l'obligation d'effectuer des rituels pour oser sortir de chez soi…,  des formes de troubles obsessionnels compulsifs qui dominent toute une vie et sont une véritable souffrance. À l'image de Mathilde qui se bat contre l'émétophobie, la peur de vomir.

« Je me souviens que, quand j'étais petite, mes parents devaient parfois me traîner de force à l'école. Je ne voulais pas y aller, j'avais une peur panique de vomir. Un jour, un garçon de ma classe a été malade et ça m'a terrifiée. C'est devenu une phobie, qui ne m'a plus lâchée. On appelle ça l'émétophobie. Pour contrôler cette peur, j'ai commencé à adopter des comportements compulsifs. Je ne mangeais plus de fromage car c'est ce qui avait rendu malade mon camarade de classe. Un jour, je suis devenue hystérique en apprenant que la pizza que je venais de manger contenait de la mozzarella. J'évitais les carottes comme la peste car un jour, ce n'était pas passé. Et j'avais toujours une bouteille d'eau et des calmants à portée de main.

 

Une épreuve quotidienne

Prendre le train ou le bus était pour moi un calvaire car je ne pouvais pas m'en échapper si quelqu'un était malade. Mais ça ne s'arrêtait pas là. J'ai commencé à me dire que je ne tomberais pas malade si je rangeais toujours ma brosse à dents au même endroit. Si ma mère me racontait tous les soirs exactement la même histoire issue de son imagination. Si j'évitais de marcher sur un carreau bien précis du carrelage. Si j'envoyais un baiser à mon réveil à des heures bien précises. Et si je tenais ma tête de travers et mes doigts croisés.

J'avais des rituels, une série de choses que je devais absolument faire pour me sentir en sécurité. J'étais persuadée que je tomberais malade si je ne m'y pliais pas. Et pour moi, tomber malade équivalait à mourir.

 

Pas de tabou

J'ai perdu de nombreux kilos car ma peur me rongeait. À la longue, on finit par avoir peur d'avoir peur. J'ai commencé à tout analyser dans ma tête. Parfois, je ne parvenais même pas à sortir. La seule chose qui me permettait de tenir le coup dans ces moments-là, c'était de savoir qu'un jour, ça finirait par passer. Heureusement, mes parents sont rapidement intervenus. Je suis très reconnaissante pour la compréhension qu'on m'a toujours témoignée. Ça n'a pas dû être facile pour ma sœur non plus. À un moment donné, je refusais même de l'embrasser avant d'aller dormir, parce qu'elle avait été malade. Ma famille m'a toujours accordé beaucoup d'attention et personne ne m'a jamais reproché mon comportement.

 

Une maladie comme une autre

J'ai consulté plus de quinze thérapeutes et mes parents ne s'en sont jamais plaints. Je culpabilisais car je leur coûtais vraiment beaucoup d'argent. Mais pour eux, c'était clair: une maladie mentale est tout aussi grave qu'un trouble physique et il faut la soigner. Le fait que les gens comprennent qu'un TOC est une affection comme une autre est très important à mes yeux. Si vous avez mal au ventre, on vous dit de vous reposer, d'un ton compatissant. Mais si vous avez peur, on vous dit de vous ressaisir, de vous comporter 'normalement'.

Les troubles psychologiques constituent encore un énorme tabou. Et oui, je me suis déjà sentie différente – quel enfant a peur des pizzas?! –, mais je n'ai pas honte de mon TOC.

 

Beaucoup de progrès

Je continue à prendre des médicaments. Quand j'ai essayé d'arrêter, j'ai dû sortir du bus au milieu de nulle part et ma mère a dû venir me chercher. Elle m'a trouvée en train de pleurer sur le bas-côté. Ces six derniers mois, je n'ai pas suivi de thérapie, mais je pense que je ferais mieux de recommencer. Non pas que je sois malheureuse – au contraire – mais je ne veux plus jamais laisser mes peurs dominer ma vie. J'ai déjà fait beaucoup de progrès. J'arrive à prendre le train tous les jours. J'arrive aussi à dormir chez mon copain sans avoir de crise de panique et je suis déjà partie en vacances avec sa famille. Auparavant, je n'aurais même pas osé y songer.

 

Avancer toujours plus loin

Mon prochain objectif: vaincre ma peur de l'avion, en vue d'un city-trip à Barcelone. Mes rituels feront toujours partie de ma vie, mais je les considère aujourd'hui comme mes petites habitudes un peu étranges. Je remplis toujours mon sac de cours des objets les plus grands aux plus petits. Je dis sept fois bonne nuit tous les soirs. Quand je lis un livre, je m'arrête à la page de droite si le numéro de celle-ci correspond à un multiple de sept. Je n'ai plus de crise de panique si mes rituels échouent. Ils font de moi celle que je suis. Ni plus, ni moins. »

 

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