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Pourquoi le deuil d’un animal de compagnie ne devrait pas être tabou

Justine Rossius

Ces petits êtres poilus débarquent dans votre vie et vous voilà enveloppés d’amour! Ce n’est pas pour rien que les animaux de compagnie sont indispensables à de nombreuses personnes. Mais que faire le jour où ce fidèle ami disparaît soudainement ? Comment gérez-vous le deuil d’un animal de compagnie, dans une société qui ne laisse pas suffisamment de place à cette tristesse?

Depuis que j’ai adopté un adorable petit chien, une crainte s’est emparée de moi: que se passera-t-il quand cette boule d’amour disparaîtra? Quand cette joie sur pattes ne sera plus là pour me faire la fiesta au pied du lit ou pour se poser sur ma poitrine pour me consoler? Quand on adopte un animal, on sait que viendra un jour où il·elle s’en ira. Et c’est douloureux. Certaines personnes traversent une période de deuil pendant des mois entiers après la mort d’un animal de compagnie. De l’extérieur, cela peut sembler excessif. « Ce n’était qu’un animal après tout » peuvent penser certain·e·s, laissant aux endeuillé·e·s le sentiment d’une douleur illégitime. Or, il ne faut pas avoir honte de ce chagrin.

Une étude britannique a montré que, pour la plupart des propriétaires, la perte d’un animal de compagnie est similaire, dans presque tous les domaines, à la perte d’un être cher. 80% des propriétaires considèrent donc leur animal comme un membre à part entière de la famille. Pourtant, le deuil d’un animal de compagnie est encore souvent tabou dans notre société. On a même du mal à utiliser le mot « deuil » lorsqu’il s’agit d’un animal. Comme il n’existe pas de rituels pour affronter la perte d’un animal de compagnie, tel des funérailles, par exemple, leur mort – et donc nos sentiments de deuil – sont minimisés. Ce qui est totalement injustifié, affirme Lieve Dosogne, conseillère en perte d’animaux de compagnie. Psychothérapeute de formation, elle travaille depuis plus de 15 ans en tant que thérapeute comportementale pour chiens. Lieve est l’une des premières en Flandre à offrir des conseils en matière de deuil aux personnes qui ont perdu un animal de compagnie. « L’accompagnement du deuil après la mort d’un être humain est largement accepté, mais les personnes confrontées à la perte d’un animal de compagnie ne sont guère comprises. Les gens plaisantent sur leur chagrin, mais c’est souvent ce qui entrave leur ‘processus de deuil' ».

Lieve s’entretient d’abord avec chaque client pendant une heure à une heure et demie afin qu’il puisse raconter son histoire. « C’est souvent suffisant. Le fait que je les écoute avec respect fait beaucoup pour eux. Les gens ont souvent honte de leurs sentiments de deuil. Ils ont peur de parler de leur chagrin. Mais il est là, quoi qu’en pensent les autres. »

L’échelle du deuil selon l’animal

On ne peut pas comparer la mort d’un être humain et celle d’un animal, mais on peut comparer les sentiments de deuil qui l’accompagnent. En outre, il existe une sorte de classement tacite des « deuils autorisés » : les gens sont plus susceptibles de comprendre que vous ayez du chagrin pour votre chien, votre chat ou votre lapin que pour des animaux qu’ils considèrent comme moins affectueux ou moins intelligents, tels que les hamsters, les oiseaux, les poissons et les reptiles. Mais lorsqu’on est en deuil, le type d’animal n’a pas d’importance », rétorque Lieve. Les gens projettent souvent une partie d’eux-mêmes sur leur animal de compagnie. Les propriétaires leur attribuent toutes sortes de caractéristiques qui sont en fait humaines plutôt qu’animales. C’est pourquoi on peut aussi avoir une relation étroite avec un canari ou un poisson rouge ».

Le deuil comme miroir d’un autre

Les experts estiment que la plupart des propriétaires font le deuil de leur animal en 8,5 mois en moyenne. Il n’est donc pas si étrange de pleurer la perte de ces poilus après six mois. Mais certaines personnes souffrent plus gravement que d’autres de la perte d’un animal de compagnie. « C’est souvent parce que le chagrin qu’ils ressentent dans le processus affecte également d’autres chagrins » explique Lieve.

Par exemple, un animal de compagnie peut être le dernier lien tangible avec un membre de la famille décédé ou peut avoir aidé une personne à traverser une période difficile, comme une dépression. La perte est alors très lourde.

Parfois, il s’agit aussi d’un deuil oublié. La mort d’un animal de compagnie peut donc faire surgir beaucoup de choses, même des problèmes et des émotions qui n’ont rien à voir avec l’animal en tant que tel. Les personnes ayant une telle expérience ont besoin de plus d’accompagnement. »

D’autant plus que les personnes qui ont perdu leur animal n’osent pas en parler autour d’eux: « Mes clients n’osent pas parler de leur chagrin, et certainement pas à des personnes qui ont subi une perte différente ou plus importante. Mais c’est absurde. Bien sûr, la mort d’un être humain et celle d’un animal ne sont pas comparables, mais les sentiments de chagrin qui l’accompagnent le sont. Un chagrin reste un chagrin. »

« Tu n’as qu’à en prendre un autre »

À ceux qui perdent un animal, on rétorque souvent qu’ils n’ont qu’à en adopter un autre, pour le remplacer, comme si tout animal était interchangeable. Qu’il suffisait de le remplacer comme un vulgaire lave-linge, dépourvu d’âme ou de personnalité. « L’acquisition d’un nouvel animal est très facilement conseillée par les autres, mais les personnes en deuil n’en ont pas tous l’envie », explique Lieve. « La meilleure chose que vous puissiez faire pour soutenir un propriétaire est de l’écouter. En outre, le besoin d’un nouvel animal est très individuel. Une personne va débarquer au refuge dès le lendemain du décès, une autre ne voudra plus jamais prendre un animal de compagnie. Il s’agit donc d’un choix difficile. Un nouvel animal peut vous distraire de votre chagrin, mais il peut aussi vous y confronter. En tout état de cause, il ne s’agit pas d’un remède tout fait ».

Accepter son chagrin

Alors comment gérer au mieux vos sentiments de deuil ? « Acceptez le chagrin. Vous avez le droit d’avoir du chagrin et de pleurer, car c’est la seule façon de traiter le chagrin. Mais au bout d’un moment, il faut aussi lâcher prise. Il est important de ne pas s’enliser dans le chagrin, mais de lui donner une place.

J’encourage mes clients à chérir leurs souvenirs, par exemple en faisant un livre de photos ou en écrivant un poème, même si les autres trouvent cela idiot. Cela permet de rendre les souvenirs tangibles.

Par ailleurs, il n’est pas non plus bizarre de faire son deuil si votre animal ne meurt pas, mais disparaît de votre vie d’une autre manière, par exemple après un divorce. Lorsque les propriétaires doivent se séparer d’un animal, pour quelque raison que ce soit, ils éprouvent exactement les mêmes sentiments de perte, explique Lieve. Et ce chagrin a aussi le droit d’être là. »

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