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Comment dépasser la peur de revivre une blessure émotionnelle pour grandir?

Manon de Meersman


Les blessures émotionnelles sont au nombre de cinq: la trahison, l’abandon, l’humiliation, le rejet et l’injustice. Elles apparaissent au cours de notre enfance et nous marquent pour le reste de notre vie, s’immisçant dans nos pensées, nos choix, nos comportements, nos visions du monde. De ces blessures se dégagent une seule et même peur: celle de ne pas être aimé·e. Dès lors, comment parvenir à s’en détacher pour grandir et s’épanouir?


Les blessures émotionnelles constituent un outil de compréhension de soi-même qui a d’abord été mis en lumière par le psychiatre John Pierrakos et ensuite, par Lise Bourbeau dans l’ouvrage « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même ». Certaines personnes se sentiront concernées par une blessure, d’autres par deux, d’autres par trois, d’autres par quatre et d’autres encore, par l’entièreté des cinq blessures émotionnelles. « Ce n’est pas une tare. Simplement l’opportunité d’apprendre encore davantage, rassure Carole Rinaldi, coach en développement personnel, dans son livre « Blessures émotionnelles – Comment grandir de ce qui nous fait souffrir ».

Nous ne sommes pas condamnés à être les victimes impuissantes de nos blessures émotionnelles. Elles sont un tremplin à se découvrir, mieux s’ouvrir aux autres, et un contraste à apprécier les bonheurs simples de la vie. »


Nos blessures ne doivent pas être considérées comme une fatalité


Nos blessures émotionnelles sont ancrées au fond de nous, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut les considérer comme une fatalité. « Pour la plupart d’entre nous, elles ne se manifestent que ponctuellement au travers de réactions qui nous échappent ou d’attentes improbables à l’égard de notre entourage », explique Carole Rinaldi. Selon la spécialiste, ces attitudes nous montrent comment nous avons laissé les blessures émotionnelles marquer notre façon d’être. Nous avons chacun notre bagage, notre vécu et notre façon d’aborder le monde. Et l’ego occupe une place importante au sein de notre ligne de conduite. « C’est ce ‘moi protecteur’ qui tente de nous éviter de revivre la douleur associée à nos blessures. De quelle manière? En nous apprenant très tôt la méfiance, et parfois, le contrôle, l’évitement, voire la dissimulation », explique Carole Rinaldi. En effet, si cela semble nous protéger et nous réconforter en apparence, en réalité, cela nous bloque en partie. C’est ce qu’on appelle les croyances limitantes, soit celles qui s’entremêlent jusqu’à former « un prisme plus ou moins déformant au travers duquel nous filtrons le monde ». Par exemple, dans le cas de la blessure émotionnelle de l’abandon, la croyance limitante pourrait être: « Je ne me trouve pas assez bien tel·le que je suis, c’est pourquoi j’ai peur qu’on m’abandonne ». Autre exemple: dans le cas de la blessure du rejet, cette croyance limitante pourrait être: « Je m’estime nul·le, sans valeur et inintéressant·e, c’est pourquoi j’ai peur qu’on me rejette ».

En réalité, la douleur associée à nos blessures est encore si vive que chaque situation pouvant impliquer l’une d’elles nous effraie, nous freinant par peur de ressentir une nouvelle fois ce que nous avons ressenti précédemment. « Nous perdons de vue le fait que nous avons grandi et/ou changé et que nous sommes peut-être en mesure aujourd’hui d’aborder la situation extrêmement différemment », explique Carole Rinaldi. « Au fil des expériences plus ou moins désagréables que nous vivons, nos croyances limitantes se renforcent, se radicalisent et la stratégie de défense de l’ego se rode. Et souvent ça marche! En tout cas, dans un premier temps. Cette protection, cette stratégie de défense que nous mettons en place, c’est ce que Lise Bourbeau appelle un masque. » En effet, lorsqu’une des blessures est activée, nous nous mettons à adopter un comportement ne correspondant pas à la personne que nous sommes: on réagit d’une manière différente qu’en situation normale et on emprunte un masque. Mais vivre avec un masque n’est pas une chose saine: nous vivons dans la culpabilité, dans la peur ou encore dans la honte, en cherchant sans cesse à contrôler notre propre personne, en raison de notre ego et de nos croyances limitantes.

Lire aussi: « Les blessures de l’âme, ces masques qui empêchent d’être soi-même« 

Comment dépasser la peur de revivre une blessure?


« Elle est là, tapie dans l’ombre, qui conditionne bon nombre de nos actions: la peur de revivre nos blessures émotionnelles ou de les infliger aux autres, commence Carole Rinaldi. Parfois, elle nous étreint des années durant et nous empêche même de suivre nos objectifs et nos perspectives de vie, laissant la voie libre à d’autres formes de souffrance: les regrets et les remords. » En effet, dans son livre, Carole Rinaldi nous explique que 95% des patients en fin de vie qu’une infirmière a interrogés regrettaient de ne pas avoir osé devenir la personne qu’ils auraient aimé être. « Voilà qui en dit long sur l’importance de garder en tête les répercussions des choix discutables que l’ego nous pousse à faire parfois. Et des remords auxquels nous nous exposons en suivant aveuglément une voie qui ne nous convient pas », explique-t-elle. Lorsqu’on regarde objectivement les choses, nos blessures émotionnelles peuvent, en effet, nous empêcher de vivre de merveilleuses choses qui pourraient nous faire du bien et nous épanouir. Et pourquoi? Car nous avons peur... Nous redoutons nos blessures et ce qu’elles impliquent: l’abandon, le rejet, l’injustice, la trahison, l’humiliation... Alors que « nous tolérons de plus grandes douleurs encore sans même nous en rendre compte », éclaircit Carole Rinaldi.

Pourtant, à bien y réfléchir, n’est-il pas aberrant de porter un masque qui, certes, plaira à certains mais pas à d’autres, quand nous pourrions obtenir exactement le même résultat, en étant simplement nous-mêmes? Tout cela, nous ne pouvons le réaliser qu’en acceptant de regarder nos peurs en face, et certainement pas en les niant et en essayant de nous convaincre que tout ira bien. »


Pour parvenir à dépasser sa peur de revivre une blessure, Carole Rinaldi conseille d’analyser ses expériences passées en se posant une série de questions, comme par exemple: « Comment ai-je agi jusqu’ici pour m’éviter de revivre un rejet, un abandon, une humiliation, une trahison ou une injustice? ».

Trouver l’équilibre entre les désavantages et les avantages


Et si on choisissait de dégager le positif dans ce qui nous paraît de prime abord négatif? « Il est important de prendre conscience que, lorsqu’on observe ou qu’on imagine une situation, on peut choisir de ne considérer que la partie vide, c’est-à-dire les désagréments. Mais on peut aussi choisir de s’intéresser à ses avantages. Lorsque nous regardons notre passé ou notre avenir uniquement depuis notre partie vide (vide, c’est-à-dire pleine de douleur, de culpabilité ou de rancoeur), nous nions ce subtil équilibre qui existe entre inconvénients et bénéfices et nous nous empêchons de voir en quoi le rejet, l’injustice, la trahison, l’humiliation ou l’abandon peuvent nous conduire sur le chemin qui peut se révéler idéal pour nous », détaille Carole Rinaldi.

Ne plus transposer ses peurs sur les autres


Il est fort probable que notre peur de revivre une blessure émotionnelle se ressente dans une relation. Carole Rinaldi nous propose de nous poser la suivante: « si nous ne pouvons pas rendre heureux quelqu’un qui ne le décide pas, comment pourrions-nous faire son malheur? ». Bien entendu, la spécialiste tient à nuancer le propos, en précisant que cela ne signifie pas que plus rien n’a d’importance et que nous pouvons poser les actes et les paroles de notre choix étant donné que le seul bonheur et le seul malheur dont nous sommes responsables, ce sont les nôtres. « Heureusement, la majorité d’entre nous faisons preuve de bonnes intentions et avons la volonté de prendre les autres en considération. C’est d’ailleurs pourquoi lorsque nous avons l’impression de blesser quelqu’un involontairement, nous ne sommes généralement pas fiers de la manière dont nous avons agi ou dont nos mots ont pu dépasser notre pensée. Nous en ressentons de la culpabilité. Voilà la preuve formelle de notre lucidité et de notre envie de nous améliorer. Pourquoi cette volonté de faire au mieux devrait-elle changer dès lors que nous nous libérons de notre peur de blesser? »

Accepter que ce n’est pas le bon moment


On peut très bien prendre conscience de ce besoin de surmonter ses blessures émotionnelles, mais aussi se rendre compte que ce n’est pas le bon moment pour s’en occuper. Notre esprit peut être occupé par d’autres soucis et notre corps peut ne pas être chargé en suffisance au niveau de ses batteries pour s’y attaquer. « Sans en faire une excuse pour battre en retraite ni attendre que soit parfait pour agir, il peut s’avérer plus approprié de s’organiser en conséquence et de respecter notre besoin de repos, explique Carole Rinaldi. Acceptons cette passivité temporaire. »

Entamer la « phase détox »


La « phase détox, » c’est ce moment où nous avons choisi de travailler sur nos blessures émotionnelles pour nous ouvrir à l’apaisement. « Nous sommes naturellement enclins à vouloir réitérer le plus souvent possible l’expérience de la gratitude, de la sérénité ou de la légèreté lorsque nous commençons à y goûter. » Il s’agit en réalité d’une étape de transition lorsque nous nous attaquons à nos blessures. « La détox nous permet de prendre conscience de nos ressentis et de ce qui se joue en nous à chaque instant. » Il s’agit d’une phase complexe, mais qui peut motiver en impliquant un changement. « Pour dépasser la ‘phase détox’ et accéder à l’étape suivante, il est important que nous nous connections le plus souvent possible à l’émotion nouvelle à laquelle nous voulons accéder. »

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Ce qu’il est important de retenir


À travers son ouvrage rempli de sens et de justesse, Carole Rinaldi nous guide et nous rassure quant à nos blessures émotionnelles. Elle nous rappelle qu’en réalité, nous avons peur de revivre une blessure émotionnelle lorsque nous ne voyons pas le sens, les apprentissages et les bénéfices que nous pouvons retirer de nos expériences désagréables.

Quand la peur de revivre nos blessures dirige nos choix, nous augmentons les probabilités de devoir y faire face à nouveau »,


explique Carole Rinaldi. Nous avons en permanence à choisir entre notre coeur et notre ego. Il n’y a cependant ni bon ni mauvais choix car chaque option recèle une partie d’inconfort. » C’est pour cette raison que la coach en développement personnel nous invite à nous remémorer les leçons du passé et à constater que, grâce à elles, nous sommes aujourd’hui dans des conditions favorables pour affronter et dépasser les éléments qui nous font peur. À partir de là, la machine est lancée: nous pouvons nous mettre à tout doucement exploiter pleinement notre potentiel et enfin, accéder à une version libérée de nos croyances limitantes et de cette terrible peur de ne pas être aimé·e.



Merci à Carole Rinaldi d’avoir accepté de partager des extraits de son livre « Blessures émotionnelles – Comment grandir de ce qui nous fait souffrir » aux Éditions Larousse, 2020, pour la rédaction de cet article. 



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