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Quand notre ambassadrice à Ryad y salue l’évolution “fantastique” des droits des femmes

Muslim woman with traditional black veil closeup, part of series

Si le nom de Dominique Mineur ne vous évoque rien, c’est que jusqu’ici, cette diplomate belge, ambassadrice à Ryad, avait peu fait parler d’elle. Jusqu’à ce qu’une interview dans laquelle elle salue les “changements fantastiques” en matière de droits des femmes en Arabie saoudite, du moins.

Et s’il semble logique que nos diplomates fassent honneur à leur fonction en promouvant les bonnes relations dans les pays où ils sont détachés, dans ce cas précis, l’accolade passe mal. C’est qu’il est en effet difficile de réconcilier Arabie saoudite et droits des femmes, plus encore de parler de “changements fantastiques” en la matière. Pour rappel, le pays est plutôt connu comme étant un des plus restrictifs au monde sur la question. Si les femmes y ont acquis à l’été 2018 le droit de passer leur permis de conduire, nombre de droits fondamentaux leur sont en effet toujours inaccessibles.

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Elles ne peuvent ainsi pas être détentrices d’un compte bancaire, sans être sous la tutelle de leur père, frère ou mari (même si elles sont majeures) et doivent leur demander leur permission pour exercer une profession, mais encore, pas n’importe laquelle.

Ryad dans le viseur d’Amnesty International

Interdit en effet pour une femme d’avoir des contacts (même simplement un contact visuel) avec d’autres hommes que les membres de leur famille, ce qui les prive d’exercer une variété de métiers. Elles ne peuvent pas non plus montrer leur chevelure et sont contraintes d’adopter l’abaya dans l’espace public. Pour les “changements fantastiques”, on repassera donc, ainsi que le rappelait à l’été 2019 Zoé Spriet, responsable des campagnes chez Amnesty International:

Les châtiments pour adultère existent toujours, le port obligatoire de cette grande abaya est aussi toujours d’actualité. Il y a donc toute une série de choses qui restent à acquérir pour les femmes, le combat est très long et malheureusement une grande partie des défenseurs des droits des femmes, qui ont notamment lutté pour le droit de conduire, sont en prison”.

Si la militante saoudienne pour les droits des femmes Loujain al-Hathloul vient d’être libérée après trois ans d’emprisonnement durant lesquels elle a été torturée et abusée sexuellement, de nombreuses militantes, parmi lesquelles Samar Badawi et Nassima El Saada, sont toujours derrière les barreaux. Et il n’y a pas que les droits des femmes qui soient mis en cause à Riyad.

Un exemple mal choisi

Dans un rapport publié le 4 mars dernier, Amnesty International rappelait pour sa part la nécessité de traduire en justice les responsables du meurtre du journaliste Jamal Kashoggi, après qu’un rapport des services secrets américains ait confirmé que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a donné son feu vert à l’opération visant à capturer ou tuer le journaliste.

Plus de deux ans après le meurtre cautionné par l’État de Jamal Khashoggi, sa famille n’a toujours aucune information sur le lieu où se trouve sa dépouille, tandis que de hauts responsables continuent de se soustraire à la justice et sont libres de poursuivre leur répression  brutale contre les dissidents pacifiques” – Heba Morayef, directrice du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient à Amnesty International.

Une exaction dont Dominique Mineur n’a pas fait mention dans son interview, accordée au média saoudien “Alekhbariya News” et épinglée par Pauline Hofman, journaliste au “Soir”. Un entretien dans lequel elle affirmait n’avoir “jamais reçu un tel accueil” ailleurs dans le monde, allant jusqu’à citer Riyad en exemple, le pays envoyant selon elle un nombre record d’ambassadrices à l’étranger. Des louanges qui passent mal pour Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International en Belgique, qui a épinglé les déclarations de l’ambassadrice sur Twitter.

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Et de rappeler dans un thread que la Belgique ne devrait pas tenir un double discours au sujet des droits humains mais bien plutôt montrer un soutien sans faille à leurs défenseurs, Loujain al-Hatloul en tête. Des messages restés sans réponse de la part du compte Twitter officiel de l’ambassade belge à Riyad, qui a repartagé l’interview de Dominique Mineur. Laquelle aura appris à ses dépens qu’on peut pêcher par excès de diplomatie.

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